‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 52 sur 81 · CH. H. — MULTIPLE VARIETE DES LOUANGES · texte numérisé non relu

CH. H. — MULTIPLE VARIETE DES LOUANGES

VOUS seule, pure; vous seule, belle; vous seule, élue ; vous seule, aimée parmi toutes les créatures ». Et ailleurs : « Salut, ô seule Mère de Dieu, plus pure que tout rayon ; plus pure que toute pureté... Votre suavité l'emporte sur toute suavité ; votre noblesse sur toute noblesse ; votre trésor spirituel sur tous les trésors ». « Personne n'est immaculé comme vous, ô Notre-Dame... Il n'y a que vous d'immaculée ». Et encore : « Pas d'autre lis que vous parmi les épines ; pas d'autre colombe entre les mortels ». C'est, ô Vierge, « que vous êtes plus sainte incomparablement que toutes les vertus; c'est que seule vous avez toute pureté, toute humilité, toute beauté » (i).

De même donc que, tout à l'heure, on niait de Marie les perfections des créatures, parce que ces perfections, comme elles sont en elles, sont trop éloignées de la sublimité des siennes, voici qu'on lui attribue à elle seule ces mêmes perfections, parce que le degré dans lequel les autres chefs-d'œuvre de la grâce, c'est-à-dire les Saints, en sont enrichis, est comme néant devant sa plénitude. De là, pour finir, cette acclamation de Jean le Géomètre : « Je vous salue, la première; je vous salue, la seule » (2).

III. — Il est temps dépasser au procédé symbolique. Ce serait un travail sans fin de vouloir suivre les liturgies des différentes églises, les Pères et les écrivains ecclésiastiques dans l'usage qu'ils en ont fait pour glorifier la Mère de Dieu. Tout ce que le ciel et la terre ont de beau, de grand, de pur et de riche, ils l'ont proposé comme type, symbole et figure de Ma-

(i) Cf. Passaglia, de Imrnac. Concept., t. I, p. i495-i5i3. (2) XaTfe TipÛTin, Kxtps [xo'vr,. Hymn. ad Virg., P. G. cvi, 868.

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rie : le soleil, la lune, la lumière, les fleurs, les fruits, les animaux eux-mêmes, ceux-là du moins chez qui respirent la grâce, la noblesse et la beauté. Après la nature, ce sont les objets sacrés du culte hébraïque qui leur ont ouvert une mine inépuisable d'images; comme le tabernacle de l'alliance, l'urne d'or où Moïse avait renfermé la manne, le temple et l'autel, l'encensoir d'où monte une fumée d'encens vers le trône de Dieu.

Ce n'est pas tout. Les livres de l'ancien Testament viennent les uns après les autres leur offrir à l'infini les types de Marie : types expressément voulus de Dieu, types imaginés par la piété des hommes; types fournis parles choses ou par les personnes. Voulezvous quelques exemples? Voici d'abord un passage de saint Jean Damascène, où cette manière de louer Marie se présente dans toute sa richesse :

« Elles vous ont vue les filles de Jérusalem, c'està-dire, de l'Église, et vous ont proclamée bienheureuse ; et les reines, c'est-à-dire, les âmes des justes, vous loueront éternellement (i). Car vous êtes ce trône royal sur lequel les Anges contemplent assis leur Maître et leur Créateur. Vous êtes un Eden spirituel incomparablement plus saint et plus divin que le paradis antique : l'hôte du premier était l'Adam terrestre; en vous habite le Seigneur descendu des cieux. L'arche fut autrefois votre figure, à vous en qui nous a étéconservée la semence du monde nouveau; carvous avez engendré le Christ, salut du monde... Le buisson ardent, les tables gravées du doigt de Dieu, l'urne d'or, le candélabre, la table des pains de proposition,

(i) Gant. VI, 8.

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la verge d'Aaron avec sa floraison miraculeuse, vous représentaient et vous annonçaient. De vous, en eff'et, a paru dans sa chair la flamme de la divinité, le Verbe du Père, la très suave et céleste manne, le nom qui est au-dessus de tout nom, la lumière éternelle et inaccessible, le pain de la vie divine, le fruit né de vous sans humaine culture.

« Quoi plus? Cette fournaise de Babylone.tout à la fois flamme dévorante et rosée, ne vous préfiguraitelle pas, vous et îe feu divin caché dans vos entrailles? Manifestement vous fûtes signifiée par la tente d'Abraham; car, au Verbe de Dieu, habitant dans votre sein comme en son tabernacle, la nature humaine a off'ert, de votre sang très pur, un pain cuit sous la cendre au feu de la divinité, je veux dire, ses prémices les plus précieuses, le corps et l'âme qu'il s'est unis pour notre salut. Encore un peu, et j'oubliais l'échelle de Jacob, comme s'il n'était pas manifeste que vous fûtes symbolisée par elle. Le patriarche la vit joignant par ses deux extrémités le ciel avec la terre, et les Anges montaient et descendaient... Et cette échelle, c'est vous, ô Vierge; vous, notre médiatrice ; vous, par qui Dieu lui-même est descendu jusqu'à nous, afin de s'unir à notre nature et de faire de l'homme un voyant de Dieu; vous qui avez réparé la rupture entre la terre et les cieux ». Le saint ne s'arrête pas là. Il voit Marie dans la toison mystérieuse de Gédéon, dans la montagne prophétique de Daniel, dans la porte fermée qui laisse passer le Seigneur et pourtant ne s'ouvre pas (i).

(i) s. Joan. Damasc, hom. i in Dormit- B.M. Virgin., n. 8 et 9. P. G., xcvi,7ia, 718.

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Lisez, en particulier, les nombreuses homélies des Pères orientaux sur le mystère de la Présentation de la Vierge au temple, et vous serez émerveillés de l'abondance avec laquelle ils développent ce thème, surtout par l'application symbolique qu'ils font à Marie du temple, des 'parties du temple et des instruments sacrés renfermés dans son enceinte.

Comme spécimen plus complet de ce mode symbolique de louanges, je traduis une page de saint André de [Crète. Elle n'est 'peut-être pas très remarquable au point de vue oratoire, mais elle est instructive. « Voyez, dit-il à ses auditeurs, de combien de noms la Mère de Dieu fut honorée, dans combien d'endroits les saintes Ecritures ont manifesté sa gloire. Nos Livres saints l'appellent tour à tour, vierge, tabernacle, prophétessCj couche nuptiale, maison de Dieu, temple saint, autel propitiatoire et table sacrée. Elle est encore pour eux l'encensoir et l'urne d'or, le Saint des saints, la gloire des Chérubins, les tables du Testament, la vierge sacerdotale, le diadème de la beauté, la corne de l'huile de l'onction, le sceptre royal, l'albâtre '^el le candélabre. C'est le paradis, le buisson ardent, la ^Vierge d'isaïe, la terre sainte où germe la Vérité, l'arche, le trône, le livre et le tome. C'est la reine, le jour, le ciel, l'Orient, la cité de Dieu... » ; énumération que le saint poursuit longtemps encore, sans la couper, comme je l'ai fait, pour la rendre moins monotone (i).

Du reste, les autres Pères donnent à l'application de ces types une tournure plus littéraire et, surtout.

(i) s. Andr. Cret., Serm. de Nativit. B. V. Matris Dei, P. G xcvii,

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ils mettent plus en évidence leurs allusions perpétuelles à la Sainte Ecriture. Tels sont, par exemple, Jacques le Moine, George de Nicomédie, Jean archevêque d'Euchaïtes ; tel encore Hésychius, patriarche de Jérusalem, qui s'écriait dans un sermon sur Sainte Marie, Mère de Dieu : « Il est juste que toute langue bénisse la Vierge Mère de Dieu, et s'efforce, autant qu'il est en elle, d'imiter Gabriel, le prince des Anges. C'est pourquoi celui-ci lui dit humblement Ave^ je vous salue; celui-là l'acclame comme celle de qui le Seigneur a reçu la chair qui le rend visible au monde. Un autre la nomme mère de la lumière; un autre, l'étoile de la vie; un autre, le trône de Dieu; un autre, un temple plus grand que le ciel; un autre, un jardin qui sans culture humaine a porté sa fleur et son fruit, une tourterelle sans tache, une colombe immaculée (i). Est-ce tout? Non. C'est encore pour d'autres une nuée pleine d'une pluie vivifiante, un écrin riche d'une perle plus éclatante que le soleil, un navire chargé de marchandises d'un prix inestimable, un trésor capable d'enrichir le monde, une lampe ayant en elle-même la source perpétuelle de sa lumière, une arche mille fois plus vaste et plus illustre que celle de Noé, puisque la Trinité tout entière descend en elle, le Père pour la couvrir de son ombre, le Saint Esprit pour la sanctifier et le Fils pour y établir sa demeure. Voyez donc, ô mes Frères, combien grande, combien

(i) Jacob. Monach., Oralio pro Concept. SS. Deiparae, n. i-4. P. G. cxxvn, 544> sqq ; t. Oral, m SS. Deiçjenit. nativit., n. 6, 7, et in ejus Praesentat. P. G. cxxvn, 544, sqq.; 676 ; Georg. Nicomediens. Oral, de Ingressu B. V. in templum; it., or 5 de eod. arguni. P. G , 1421, sq. ; 1417, sqq.; Joan. Euchait. arch., serin, in Dorrnition. SS Deiparae, passim.P. G. cxx, iio4; S. Tarasius Constant., in SS. Deipar. Praesentat. n. 12. P. G. xcvin, 1496; etc.

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admirable est la dignité de la Mère de Dieu!... C'est po irquoi tous les prophètes, ô Vierge, chantent vos louang-es. Ils vous appellent la Vierge de Jésus, pour signifier par là cette virginité que rien n'a pu blesser ni ternir. Ils vous comparent au buisson ardent, qui brûlait et ne se consumait pas, parce qu'il vous représentait vous et le Fils unique de Dieu (i) ». Ce sont toutes les figures prophétiques que dans son enthousiasme l'orateur fait défiler successivement devant son auditoire; mais, il faut le dire, avec une prolixité que nos Latins n'ont jamais connue.

Les chants liturgiques des Grecs ne nous offriraient pas une moins riche moisson de types et de symboles que les homélies de leurs auteurs sacrés. J'en appelle à l'ouvrage que j'ai tant de fois cité sous le titre de Pietas Mariana Graecoriim. Presque à chaque page et pour chaque jourde l'année, la bienheureuse Vierge est invoquée sous un nom symbolique, emprunté le plus souvent aux Ecritures. Et pourquoi s'en étonner, puisque ces mêmes chants des J/e/zee?5 nous assurent qu'elle est « digne de recevoir à l'infini des appellations d'honneur», et qu'elle « doit être louée de toutes manières et par toutes les bouches » (2).

Il ne faut pas croire que, dans cette matière, les Latins se soient laissé dépasser par leurs frères d'Orient. Si l'on ne trouve pas dans leurs discours de ces tirades interminables dont j'ai donné quelques traits, ils ne se montrent ni moins féconds ni moins variés,

(i) Hesychius, patr. Hieros.. Sermodc S. Afaria Dsip., P. G. xciii, 4^>o, 199. Cf. S. Ephraern.. Or.de Laudibas Dzi genit. M. 0pp. t. III, (lat. el graece), p. 675. sqq. ; S. Procl., Lnudalio S . M.. Genit. Dei, n. 17. F. G. Lxv. 753-758.

(2) Pietas Mariana Graec, P. I, n. 161: n. i83; coll. nn. 186, 18 ,

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quand il s'agit de rappeler et d'expliquer les figures de la Mère de Dieu. Ils sont rares, au moyen âge, les orateurs qui parlent de Marie, sans la célébrer dans ses innombrables types, comme la Mère Vierge, comme la médiatrice, comme la sainteté, la pureté, l'innocence et la beauté même. Saint Bernard est trop connu pour qu'il soit besoin de le signaler. Qu'on parcoure les œuvres du bienheureux Ogier (i), de Geoffroy de Vendôme (2),d'Absalon de Springiersbach (3) et des scrmonnaires de la même époque, et l'on verra s'ils ont voulu céder aux Grecs l'honneur d'avoir ainsi glorifié Marie.

A côté des monuments oratoires, une foule d'autres opuscules vont au même but, comme le Miroir et la Louange de la bienheureuse Marie, attribués l'un et l'autre à saintBonaventure (4);comme les Contemplations de Kaiymond Jordan, \es Louanges de la bienheureuse Vierge par Richard de Saint-Laurent, le livre de la Couronne de la bienheureuse Vierge, parmi les apocryphes de saint Ildefonse (5).

Nous devons nous hâter et laisser en chemin bien des richesses épirses dans les hyinnss et les cantiques où nos pères aimaient à offrir, avec une simpli-

(i) Beat. Oger., sermo in Assampt. et serin, paneg. B. M., P. L. ci.xxxiv, loii, sqq.;

(2) Goffrid. Vindocens., serni. in Purifient., P. L. clvii, 268, sqq.

|3) Absalou, abbas Spriack., serm. 43, de Assunip., P. L. ccxi, 240, sq.

\4j L'Opuscule ayant pour titre : Laus B. Mariae (0pp. S. Bonav^, éd. Vives, t. XIV. p. 181. sqq.) applique à Marie 19 figures bibliques et termine chacune des applications par une très dévote prière.

(5) Liber de Corona B. Virr/.. olim adscriptus S. Hildef. , P. L. xcvi, 283, sq. Voici le début de ce petit livre : « Impono illi (Mariae^ quamdam coronain auream. duodecim lapidibus insignitam, sex praeclaris luminibus splendidam, sex floribus odoriferam, et omni suavitate respersam ». L'opuscule a été inséré dans la Summa aurea, t. V, p. 1257, sqq.

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cité délicieuse, ce genre de louanges à la Reine du ciel. On les trouverait en abondance dans les Recueils de ces productions de la verve chrétienne et populaire (i), écloses à la chaleur d'un tendre et filial amour pour Marie.

A cette occasion, je dirais volontiers avec l'auteur de la Vierge Marie vivant dans l'Eglise (2) : « Comment sacrifier la séquence Salve, Mater Salvatoris, ce charmant collier de perles d'Adam de Saint-Victor, un des joyaux les plus gracieux de l'écrin liturgique de Marie, qui valut, dit-on, à son auteur un miraculeux remerciement de la Reine du ciel »; si cette ravissante composition n'était pas trop longue pour trouver ici sa place? Au moins faut-il remarquer, au sujet d'une œuvre à la fois si poétique et si dogmatique, combien les choses religieuses étaient alors familières, même aux simples fidèles, puisque des compositions de ce genre étaient généralement comprises, au moins quand elles étaient présentées en langue vulgaire (3).

(i) Consulter Mone, Hijmni latini medii aevi, t. II. Des auteurs plus récents ont réuni ces types et symboles de la bienheureuse Vierge. Voir, par exemple, Mgr Malou, sur l'Immaculée Conception, Types de Marie, t. I, c. g, p. 33i-334; Passaglia, de Immacu/atoB. V. Conceptu, t. 1, pp. 363-45o ; Hippol. Maracci,de la Gong, des Clers Réguliers de la Mère de Dieu, Polyanthea Mariana, in qua B. Mariae nomina, et encomia exhibentur ; P. Nègre, Emblèmes et figures de Marie; Blatlier, Emblèmes de Marie. Voir encore les tables de la Patrologie latine de Migne, t. ccxix, Index 71, s. 7, pp. 5o2-5a2: it., F'aul Sauceret. Figures bibliquis de Marie, Mère de Jésus (Paris, 1 846) ; item, Mundus Marianus, sive Maria spéculum mundi sublunaris,auct. P. Laurent. Chrysogono, S. J.,2 inf.,Auguslae Vindelic.ji7i2; item, Symbola virginea ad honoremM.Matris Dei italice explicata L discursibus, a R. D. Pbil. Picinclli, abb. canon, Regul Lateran., et in latinum traducta a D. Aug. Erath [Summa aurea, t. IH, pp.Q-abg); item, Hortus Marianus symbolicis Scripturae plantis mysticis Deiparae elogiis, moralibusLi allocutionibus, consitus, auct. R. P. Pexen-Felder S. J. {Summa aurea, t. III, pp. 3.^9-58o).

(2) Aug. Nicolas, la Vierge Marie vivant dans l'Eglise. Noel.,\. 11, ch. 4i t. I, pp. 273, suiv.

(3,1 Ce n'est pas sans raison que le P. Cahier déplore amèrement )a

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