CHAPITRE III
Antiquité du culte des chrétiens pour leur céleste mère. — Le culte de Marie dans les Catacombes, et surtout dans la plus ancienne, celle de Sainte-Priscille. — Vaines prétentions du Protestantisme. — Deu.N ordres de représentations : la Vierge avec le principal attribut de sa maternité ; la Vierge sous la forme d'Orante. — Bas-reliefs, fresques et verres à fond d'or. — Conclusions en faveur du culte.
I. — Les adversaires du culte de la Mère de Dieu nous accordent volontiers que ce culte est, depuis des siècles, universellement admis et professé dans l'Église; et c'est là même une des pratiques idolâtriques qu'ils lui reprochent avec plus d'insistance. Mais ce qu'ils n'avouent pas, c'est la perpétuité du même culte. Si vous le leur montrez en acte dans la double salutation de l'archang-e Gabriel et de sainte Elisabeth ; si vous ajoutez que Jésus-Christ lui-même l'a recommandé par un codicille deson Testament, lorsqu'il nous a donné Marie pour mère, dans la personne de Jean, le disciple bien aimé, ils répondent d'une commune voix : Non, ce culte envers la Mère de Jésus n'était pas dans les intentions de Dieu ; non, ce que nous lisons dans l'Evangile n'en peut être ni l'inauguration ni l'approbation. Autrement l'Eglise ne fût pas restée pendant plusieurs siècles, aux temps surtout où régnait encore le premier esprit du christianisme, où l'enseignement de son fondateur n'avait pas encore été corrompu par
CH. m. RÉVÉLATIONS DKS CATACOMBES /^IQ
les traditions humaines, sans rendre à Marie les honneurs que vous réclamez pour elle. Or, il est aisé, l'histoire en main, d'assigner les origines du culte de la Mère du Sauveur. II date du concile d'Ephèse, c'està-dire, de la première moitié du cinquième siècle. Alors seulement, à la suite de la condamnation de l'hérésie nestorienne, il prit l'essor et se répandit progressivement par toute l'Eglise. Leur objectez-vous l'impossibilité de fixer à cette époque les premiers commencements d'un culte religieux qui se traduisait, même avant elle, par des monuments consacrés à la Mère de Dieu; tels, par exemple, que des églises et probablement aussi des fêtes spéciales; ils se résignent à confesser, bien à contre-cœur, il est vrai, que cette pratique superstitieuse avait déjà jeté quelques racines dans la seconde moitié du quatrième siècle. Mais, depuis les Apôtres jusqu'à ces années où va s'accentuer la décadence, c'est-à-dire, pendant les siècles héroïques du christianisme , Marie ne reçut aucun culte. Les monuments, ou plutôt l'absence de monuments en est la preuve.
Vainement, vous opposez encore qu'on aurait pu honorer la bienheureuse Vierge, sans qu'il nous restât aucune pièce authentique pour attester le fait. Tant de monuments qui pourraient le révéler ont péri durant l'ère des persécutions. De plus, pouvons-nous imaginer que les chrétiens, si empressés de glorifier les martyrs, comme une infinité de témoignages en font foi, aient négligé, dans leur culte, la Reine des martyrs? Est-il probable aussi que ce culte de la Mère de Dieu se soit révélé au monde avec tant d'éclat et d'universalité, dans les temps postérieurs, s'il avait été jusque-là si inconnu dans l'Eglise? Si vous ren-
4iO L. XI. LE CULTE DES ENFANTS POUR LEUR MERE
contrez un grand fleuve coulant à pleins bords, vous ne croirez pas qu'il ait sa première source là où il vous apparaît avec ce majestueux développement, lors même que vous ne pourriez remonter au delà pour en trouver l'origine.
Ces raisons sont décisives contre nos adversaires, ou plutôt contre les adversaires de la Mère de Dieu. Pourtant, ce serait une consolation sans pareille d'entendre directement la voix des premiers siècles de noire ère s'unir à la voix des âges suivants pour célébrer les louang-es de Marie. Cette consolation, il a plu à Dieu de nous la donner, et cette voix nous pouvons l'entendre. L'une et l'autre nous sont venues des Catacombes^ c'est-à-dire, des souterrains creusés par les premiers fidèles pour y déposer leurs morts, pour y exercer leur culte et même y chercher un asile dans les temps de persécution. Je parle surtout des catacombes romaines, les plus considérables, les mieux conservées et les mieux connues. Là, en effet, le protestantisme a reçu le plus solennel des démentis. C'est ce que je me propose de mettre en lumière, à l'aide de quelques considérations empruntées aux autorités les plus graves, et tout particulièrement aux travaux du chevalier de Rossi, l'heureux et infalig-able explorateur de ces monuments sacrés (i).