‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 57 sur 81 · II. — C'était comme un axiome parmi les protes · texte numérisé non relu

II. — C'était comme un axiome parmi les protes

(i) A qui désirerait avoir des notions exactes et facilement compréhensibles sur les Catacombes romaines, je conseillerais le Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, par l'abbé Rlartigny, au mot : Catacombes ; item, les Eléments d'Archéologie de M. Orazio Marucci, un des plus fidèles disciples du chevalier de Rossi ; item, la Rome souterraine... par Speiiccr Northcote et Brownlow ; traduction de Paul Allard, Paris, Didier, 1872.

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tants(i)que les représentations de la Sainte Vierge, en général, et tout spécialement celles où Marie se montre avec l'attribut de sa maternité, c'est-à-dire, portant Jésus entre ses bras, furent ignorées de l'anliquilé chrétienne; leur apparition ne remonterait guère audelà de la fin du cinquième siècle. Or, cet axiome est en opposition certaine, flagrante et palpable avec les révélations des catacombes. En effet, bien qu'il y ait encore des cimetières très imparfaitement connus ou même totalement inexplorés; bien qu'une foule de monuments aient été détruits, et que beaucoup d'autres, épargnés par le temps et par les dévastateurs, restent ensevelis sous les décombres, on a déjà mis au jour un nombre considérable de peintures où la bienheureuse Vierge est représentée, soit dans les chambres sépulcrales, soit encore sur les parois des galeries souterraines. Nous allons rappeler les principales. Mais, avant d'en entreprendre la description, une remarque ne sera pas inutile. C'est qu'elles se rapportent à deux types généraux. Dans les unes la Vierge nous apparaît avec son fils entre les bras, ou sur les genoux. Ce groupement la représente donc comme mère, et Mère de Dieu. Dans les autres, Jésus ne paraît pas. Plus ordinairement, la Vierge est debout, les bras étendus, sous la forme d'une Orante, C'était, en effet, l'une des postures, et des plus communes, de l'adoration et de la prière. Pourquoi ne verrions-nous pas dans cette représentation la médiatrice, et, par conséquent, /« Mère des hommes?

Il nous serait impossible ici d'étudier, même sommairement, toutes les images de Marie trouvées dans

(i) Voir en particulier Basnage {Ilist. de VÈglisp, XIX, i}.

les catacombes, quand même nous nous bornerions à celles des quatre premiers siècles de l'ère chrétienne. Dans la nécessité de faire un choix, nous parlerons des plus anciennes, sans toutefois néglig-er d'indiquer, du moins en passant, des peintures similaires d'une époque un peu moins éloignée. Outre l'avanlag-e de la brièveté, ce choix en offre deux autres encore plus importants. D'une part, en effet, il n'y aura pas occasion d'objecter, comme on l'a fait parfois, que ces lémoig^nages du culte de Marie sont de date relativement récente, et ne démontrent pas nettement ce qu'il faut prouver, je veux dire, l'antiquité absolue des hommages rendus par les chrétiens à la Mère de Dieu. D'autre part, ce sera pour nous, enfants de Marie, une joie sans pareille de la voir proposée, dès l'orig-ine de l'Eglise, aux regards et à la dévotion des fidèles, tout comme elle le fut, de l'aveu même de ses ennemis, dans les âges qui suivirent. Nous n'oublierons pas, non plus, les figures de la Vierge gravées sur des verres historiés dont on a recueilli les fragments dans les mêmes cimetières; d'autant plus qu'elles éclairent, en certains cas, la signification des monuments sur lesquels portera notre étude.

Parmi les cimetières chrétiens, l'un des premiers sinon le premier en date, est celui de Sainte-Priscille, ainsi nommé parce que la construction de ses cryptes les plus anciennes, de celles qui devinrent comme le noyau de toute la calacombe, est due à sainte Priscille, la mère du sénateur Pudens, contemporain et disciple des Apôtres, et l'aïeule des vierges Praxède et Pudentienne:d'où l'on voit que le cimetière appartient par son origine aux temps apostoliques. S'il est le plus ancien des cimetières, il l'emporte encore, au té-

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moignag-e du célèbre de Rossi, d'accord avec Garrucci et Bosio, sur tous les autres par le nombre et la variété des images de la Vierge, au point qu'on pourrait l'appeler le cimetière on la catacombe de Marie (i). La plus remarquable de ces peintures se voit à la voûte d'une chambre sépulcrale, et dans la partie primitive du cimetière. Elle représente la Vierge assise, et soutenant de ses bras l'Enfant Jésus « qui se retourne sur les genoux de sa mère avec un mouvement tout à fait analogue à celui que Raphaël lui prête quelquefois dans ses Saintes Familles » (2). Marie porte une tunique formant des plis nombreux, et sur la tunique, un manteau. Sa tête est à demi couverte d'un voile court et transparent, suivant la coutume des fiancées et des nouvelles épouses ou des vierges consacrées à Dieu. A côté de Marie, un homme est debout, vêtu d'un palliam qui laisse à nu son épaule gauche. D'une main, il tient un volume roulé, et de

(i) M. de Rossi écrit de nouveau au début de ses Escavasioni e scoperte nel cimeiiro di Priscilla : « Le cimetière de Priscille a la réputation d'èlre l'un des plus anciens cimetières, l'un des cimelières primordiaux de r uçlise romaine. Mes écrits lui ont çénéralement conlirmé la prérogative du plus haut archaïsme ; elle me semble dorénavant acceptée de tous ceux qui se livreront à nos études. Cette nécropole, dans sa région centrale (c'est-à-dire, dans celle qui fut le point d'où rayonnèrent les galeries creusées dans la suite), fut très riche en monuments de tout genre, peinture, sculpture, architecture, épigraphie, de très ancien style. Là probablement reposa Priscille, la fondatrice du cimetière, mère de Padens, contemporaine des Apôtres. Là les topographes, les lettres publiées sous le nom de Pasteur et de Timolhée, les conifiilateurs des Martyrologes historiques montrent les tombeaux de Pudens, de ses tilles Pudentienne et Praxède, du prêtre Dymelrius et d'autres martyrs dont la sépulture est dite avoir été procurée par ces deux saintes sœurs, au temps d'Antonin le Pieux. . .». Ballettino di Archeologiacrist. i^%o.

D'après le même auteur, ces cryptes vénérables et si riches en souvenirs chrétiens de toute sorte furent une première fois dévastées par les Goths que dirigeait en 587 Vitigès. Quant aux Lombards, les ravages faits par eux dans les sanctuaires suburbains, en 766, furent horribles. Les sarcophages furent brisés et réduits en miettes, plus encore dans le cimetière de Priscille que dans les autres hypogées.

(a) Wïiti, Journal des savants, févr. 1866, p. 96.

Tautre il montre une étoile. Les archéologues ne sont pas tous d'accord sur le personnage désigné par cette dernière figure. Plusieurs y voient saint Joseph ou peut-être un des mages. D'après le chevalier de Rossi, dont le sentiment tend de plus en plus à prévaloir, ce serait l'un des deux prophètes qui ont plus clairement annoncé le mystère de Bethléem, c'est-à-dire, ou Michée (i), ou plus probablement Isaïe, prédisant la grande lumière qui s'est levée sur les hommes, assis à l'ombre de la mort, et l'enfantement virginal de la Mère de Dieu (2). Ce qui rend cette dernière interprétation plus plausible, c'est qu'on le rencontre dans la même attitude., debout devant Jésus-Christ figuré par le soleil, sur un compartiment d'un verre à fond d'or, trouvé dans les catacombes ; et là son identité n'est pas douteuse, puisqu'un autre compartiment du même verre le représente scié en deux par les Juifs, conformément à la tradition rapportée par saint Jérôme (3). Bosio (Roma sotterranea, p. 245) nous a conservé une fresque du cimetière de Calliste fort semblable à celle que nous étudions, avec cette différence pourtant qu'elle n'a pas d'étoile, et que, derrière la Vierge et l'Enfant, on voit en perspective l'image d'une ville, Bethléem sans doute, si souvent reproduite dans les bas-reliefs et les mosaïques d'époque plus récente.

Quant à l'origine de la Vierge du cimetière de Priscille, M. de Rossi n'hésite pas à la regarder comme ayant été peinte, sinon dès les temps apostoliques, et,

(i) Mich., V, 2, 3.

(1) Is., IX, I, sqq. ; vii, i4, sq.

(3) Voir sur l'antiquité de la catacombe et de la peinture M. de Rossi, Roma sotterranea, t. I, pp. 188 et 198 (i864); item, BuUettino (1870), p 56.

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pour ainsi dire, sous les yeux même des Apôtres, au moins dans les cent cinquante premières années de l'ère chrétienne. La topographie du cimetière, la forme des inscriptions trouvées dans la chapelle même de la Vierg-e et dans toute la rég-ion environnante, enfin la nature des briques employées dans la construction portent les marques de la plus haute antiquité. Mais c'est l'image elle-même qui témoigne nettement en faveur de la date fixée par le célèbre archéologue. La pureté du dessin, la liberté du pinceau, la noblesse et la grâce répandues sur les figures sont d'un style classique, comparable d'une part aux peintures de Pompéi, et, de l'autre, en même temps, très notablement supérieur aux fresques des chambres avoisinant la crypte papale, au cimetière de Calliste, bien que ces dernières ne puissent être postérieures à la première moitié du troisième siècle. Tout cet ensemble ne permet donc pas de reculer ce beau travail au delà des limites assignées .

J'ai déjà dit que cette peinture a des analogues dans les cimetières antiques de la Rome souterraine, et j'en ai cité un exemple. Il y en a d'autres. Telle est une peinture de la catacombe de Sainte-Agnès, à laquelle le P. Marchi a donné une grande célébrité. Elle est du quatrième siècle, comme le témoignent et sa forme et le monogramme du Christ qui se voit de chaque côté du sujet principal; mais comme ni l'enfant ni la mère ne sont nimbés, c'est de la première moitié du siècle, plutôt que de la seconde, qu'il faut la dater. Au centre de la scène, apparaît la Sainte Vierge avec le divin Enfant debout devant sa mère. Deux Orantes font face au groupe et le regardent.

Martigny, dans son Dictionnaire des antiquités

chrétiennes, décrit encore une autre image de la Vierge Mère, ayant, elle aussi, l'Enfant-Dieu sur ses genoux. Pas plus, d'ailleurs, que les précédentes elle n'appartient au groupement historique de l'Adoration des mages. Or, cette figure doit certainement remonter à l'âge des persécutions; car la coupe, au fond de laquelle l'artiste chrétien l'avait tracée, attestait encore son origine par des taches de sang, alors queBoldetli la recueillit dans le cimetière de Calliste (i).

Mais retournons à la catacombe de Sainte-Priscille. La seconde peinture à fresque qu'elle offre à nos regards est celle de l'Adoration des mages (2). Ce sujet est très familier aux artistes des catacombes. On dirait que les premiers fidèles, sortis de la gentilité, ne se lassaient pas de contempler un mystère oij leur vocation fat si clairement promulguée. En dehors du cimetière de Priscille, on trouve le même sujet dans le cimetière de Domilille, dans la catacombe de Sainte- Agnès et de Saint-Soter, dans le cimetière de Cyriaque, sur la voieTiburtine, et dans celui deThrason,à Saint- Saturnin. H est répété deux fois dans le cimetière des saints Pierre et Marcellin, et deux fois encore dans le cimetière de Calliste. Partout l'Enfant-Dieu reçoit les offrandes et les adorations des mages sur les genoux de sa mère, laquelle semble ainsi volontairement associée par l'artiste aux hommages dont son Fils est l'objet. Le plus souvent Marie est assise et les mages se dirigent vers le groupe formé par la mère et l'Enfant;

(i) Marliçny, Dictionnaire..., p. 660.

12) Elle est dans la crypte centrale, appelée chapelle grecque par les fossoyeurs. Placée sur la clef de voûte au poste le plus élevé, elle appartient, d'après Rossi, au remaniement de la chapelle opéré vers la fin du troisième siècle. Peut-être n'y eut-il qu'un rafraîchissement d'une peinture primitive.

cil. m. UÉVÉLATIONS DES CATACOMBES l[:>']

trois ou quatre fois elle occupe le centre de la fresque, et pour balancer é^^alement les deux côtés de la composition, le nombre des mages est aug-menté ou diminué (i) : quatre dans le cimetière de Sainte-Domitille, deux seulement dans celui des Saints Pierre et Damien. Du reste, ces représentations appartiennent à diverses époques. Aux deux dernières que je viens de rappeler, M. de Rossi assigne comme date la première et la seconde moitié du troisième siècle.

La fresque de Sainte-Priscille semble avoir la primauté d'origine. Elle se rencontre dans ce qu'on est convenud'appelerlac/m/)5//e^recçfHe.Onyvoitle nombre traditionnel de trois mages. Une autre chambre du même cimetière offre une nouvelle scène de l'Epiphanie plus récemment découverte. Celle-ci est gravée à la pointe sur une plaque de marbre fermant le tombeau d'une chrétienne, avec celte épitaphe : « Seuera, in Deo vivas. Séuéra, vives en Dieu ». Acclamation, fait remarquer M. de Rossi, particulière au plus ancien style de l'épigraphie chrétienne. Ce qui distingue cette deuxième représentation de la première, c'est qu'il y a, derrière le siège de la Sainte Vierge, un homme, jeune encore et debout, qui étend les mains sur la tète de Marie. Le Père Marchi, archéologue très docte, mais un peu trop ami des interprétations symboliques, a vu dans ce jeune homme l'Esprit Saint, la Vertu du Tout-Puissant, couvrant de son ombre la Mère de Dieu. D'autres, plus nombreux, et, ce

(i) Les verres hislorics, aulremeat dits à fond d'or, dont nous aurons à parler bientôt, reproduisent en abrégé la scène de l'Epiphanie. Pour toute figure, il n'y a qu'un mage avec ses présents. L'un de ces verres fut trouvé, en 1766, dans le cimeliére de Sainte-Priscille, incrusté dans la chaux qui fermait le loculus d'un enfant.

4x8 L. XI. — LE CULTE DES ENKANTS FOUR LEUR MiJUE

semble, plus près de la vérité, y reconnaissent l'époux de Marie, saint Joseph, à la protection duquel la Vierge sans tache et l'Enfant Jésus furent providentiellement confiés; et cette dernière identification paraît d'autant plus certaine que le personnage est vêtu de la courte et simple tunique des artisans (i).

Nous allons retourner à la chambre sépulcrale du même cimetière où nous contemplions la Vierge avec l'Enfant, le prophète et l'étoile; car elle offre encore trois autres peintures également dignes d'attention.

La première est celle du bon Pasteur portant sur ses épaules la brebis égarée et retrouvée, de tous les sujets représentés dans les catacombes, le plus fréquent et le plus amoureusement reproduit par la peinture, la sculpture et la gravure. Il ne reste guère qu'une moitié de ce bas-relief; l'autre est totalement dégradée. Mais les peintures analogues qui se rencontrent nombre de fois, en d'autres crj^ptes, nous permettent de supposer qu'il y avait là une image d'Orante en pendant avec celle du Pasteur. C'est, en effet, un groupement assez commun dans les antiques cimetières de Rome. Quelle est cette Orante, c'est-à-dire, cette femme debout, à côté du Pasteur, priant, les bras étendus et légèrement relevés? La Sainte Vierge, disent les uns; la Sainte Vierge à qui le Pasteur vient présenter la brebis égarée. Ainsi verrait-on attestée dès lors par un vivant symbole cette vérité catholique que Marie, nouvelle Eve, est la haute pro-

li) On voit par cette riu;urp et par d'autres monuments où saint Joseph est vraisemblablement reproduit, que le saint patriarche des Catacombes n'est pas le vieillard chargé d'années dont quelques Pères Orientaux, saint Epiphane entre autres, feront plus tard le portrait, vraisemblablement sous l'influence des Apocryphes. Ajoutons que, sous cette forme primitive, il est [)lus en harmonie avec sa double fonction d'époux de la Viere-e et de père nourricier de Jésus.

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