GH. III. — RÉVÉLATIONS DES CATACOMBES
sois dans la paix, et prie pour nous (deux inscriptions grecques du cimetière de Domitille) (i). Ainsi, de toutes les catacombes s'élèvent par centaines les voix qui attestent le dogme catholique de l'invocation des Saints, tant calomnié par nos adversaires (2); j'ai dit, des saints, et non pas seulement des martyrs, : car c'est là ce que les inscriptions démontrent jusqu'à l'évidence.
Or, je le demande, si les chrétiens invoquaient leurs martyrs, et non seulement leurs martyrs, mais leurs frères sortis de ce monde pour entrer dans la paix
(i) Voir Oraz. Marucci, op. cit., t. I, p. ig?, suivv., L. in, c. 4. Martigny, Dictionn., au mot : Saints, p. 5^5 et suivantes.
(2) On sait de quelles risées ils ont poursuivi l'usage de suspendre des ex-voto devant les images de la Sainte Vierge et des autres saints, en témoignage de reconnaissance pour les grâces obtenues par leur intercession. A les en croire, il a fallu toute l'ignorance du moyen âge pour introduire une coutume si pleine de superstition. J'ignore si les catacombes mieux explorées ne nous montreront pas un jour cet usage établi dès les premiers siècles de l'ère chrétienne. Ce que je sais bien, c'est que, dans la première moitié du cinquième, il était en pleine vigueur et que. par conséquent, il faut remonter bien plus haut pour en trouver l'origine.
Nous avons, sur cette matière, un t^'moignage bien précieux de Thécdoret ; témoignage d'autant plus décisif qu'il parle de cette pratique comme d'une chose courante, et qui saute en quelque sorte à tous les yeux, même à ceux des païens. Le voici dans sa traduction latine : « Strenuorum vero marlyrum templa clara et conspicua cernuntur... Neque ad haec nos semel, bisve aut quinquics quotannis accedimus, sed fréquentes conventus celebramus, saepc cliam diebus singulis horum Domino laudes decantamus. Et qui intégra sunt valeludine,hanc sibi conservari ; et qui morbo quopiam contlictantur, himc depelli pelunt.Petunt et liberos qui bis carent,el quae stériles sunt rogant ut maires fiant; qui donum adepti sunt, salvum sibi id servari postulant. Qui peregrinationem aliquam auspicantur, ab hispetunl ut viae sibi comités sint duces- (pie itineris ; qui sospiles redierunt, gralias referunt, non illos adeuntes ut deos, sed tanquam divinos homines intercessoresque sibi ut esse vclint orantes.
« Quod vero votorum compotes fiant qui fideliter petunt. yoa/am testantiir illorutn donaria, curationem indicantia. ALii enini oculorum, alii peduin, alii manuiiin simularra suspendant, ex argento aurove confecta. Accipit enim horum Dominus etiam parva pretiique eiigui, proferentis facultate donum metiens. Haec autcm morborum depulsionem indicant, cui testandae ab iis posita sunt qui sanilatem receperunt. Ea- ,dem ibi sepultorum virlutem praedicanl : horum porro virtus eorumdem TDcum verum esse Deum déclarât ». Theodoret, GraecaruHt affectionuni curatio, serm, 8, de Martyribus. P. G., lxxxiii, loSa.
éternelle et vivre en Dieu, comment n'auraient-ils pas rendu le même culte de prière à la Mère de Dieu, à celle qu'ils aimaient à représenter associée aux hommages rendus à son Fils par les mages de l'Orient, siégeant constamment à la place d'honneur parmi les amis de Dieu, leurs avocats, dans l'attitude ôeVOrante suprême, au sein de la gloire ? Est-ce probable ; estce même possible?
Je lis dans un sermon de saint Jean Damascène: « Toutes les fois que je regarde une image de la Vierge Marie, Mère de Dieu, aussitôt je lui dis : Immaculée Mère de mon Dieu, Mère du Christ-Dieu, priez votre Fils et mon Dieu pour qu'il ait pitié de moi dans sa miséricordieuse bonté. C'est que la supplication de sa mère est puissante sur le cœur si tendre du Seigneur. Donc, ô Vierge excellemment digne de vénération, ne méprisez pas la prière des pécheurs; car il est miséricordieux et puissant pour nous sauver celui qui a daigné souffrir pour nous la mort et la mort de la croix » (i). Ce que disait et pensait Jean Damascène? pourquoi les chrétiens des premiers âges nel'auraientils pas, eux aussi, dit et pensé devant les mêmes images? Est-il rien de plus naturel à la piété chrétienne? D'autant plus qu'ils le disaient et pensaient à la vue d'autres images, comme les textes contemporains en font foi; d'autant plus que sa posture même de Suppliante les y invitait plus vivement encore que ne le ferait toute autre attitude : car elle rappelle manifestement le rôle d'Avocate, par excellence, attribué par les Pères à Marie, dès le second siècle (2).
(i) Opusc. adv . Iconocl., 3 oan. Damasc.sive Joann. Patriarc.Hierosol.,^ n. i4. P. G-> xcvi, i36o.
(2j S. Iren., adv. Haeres. P. G., vu, 1175.