‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 8 sur 81 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'Eçlise et Marie symbolisées l'une et l'autre daas la Femme de l'Apocalypse (xii, i, suivv.), — et symbolisées dans l'ordre même si«j^nalé jusqu'ici par les Pères; c'est-à-dire, Marie comme exemplaire et comme mère, et l'E^i-lise comme fille et copie. — Analog'ie entre les textes de l'Apocalypse, de la Genèse, III, id, et de l'Evangile selon saint Jean, xix, 26-27.

Voilà certes des considérations sur les affinités de l'Eglise et de Marie bien dignes des Pères à qui nous les avons empruntées presque en totalité. On aimerait à penser qu'elles sont fondées sur les Ecritures, non pas seulement quant aux principes d'où elles dérivent, mais dans leur propre substance. Or, il est permis de le croire, ce désir est satisfait. Il appartenait à saint. Jean, devenu, par le choix du Christ, le fils privilégié de la divine Vierge, comme il était déjà le disciple préféré de Jésus, de nous révéler de la part de Dieu ce haut mystère. C'est ce qu'il a fait dans son Apocalypse, là où il raconte une des plus merveilleuses visions qu'il eut à Pathmos.

« Et un grand signe parut dans le ciel. Une femme revêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Comme elle était enceinte et en travail, elle criait torturée parles douleurs de l'enfantement.

il Et l'on vit un autre signe dans le ciel : et voilà un grand dragon roux, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes. Et de sa queue il en-

6o L. VIII. LES ENFANTS UE MARIE

traînait la troisième partie des étoiles du ciel, et il les précipita sur la terre.

« Et le dragon se dressa devant la femme, qui allait devenir mère, afin de dévorer son fruit, quand elle l'aurait enfanté. Et elle mit au monde un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer, et son fils fut enlevé vers Dieu et vers son trône.

« Et la femme s'enfuit dans le désert, où elle avait une retraite préparée de Dieu...

« Et il se fit un grand combat dans le ciel : Michel et ses anges combattaient avec le dragon; et le dragon et ses anges combattaient de leur côté. Maisceuxci ne prévalurent point, et il n'y eut plus de place pour eux au ciel. Et il fut précipité, ce grand dragon, l'ancien serpent, appelé diable et Satan, celui qui séduit tout l'univers; et il fut précipité sur la terre, et ses anges furent renversés avec lui...

(( Or, le dragon, se voyant précipité sur la terre, poursuivit la femme qui avait mis au monde Tenfant mâle... Et le dragon s'irrita contre la femme, et il s'en alla faire la guerre aux autres de sa race (de sa semence) qui gardent les commandements de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus-Christ » (i).

Telle est la vision que nous allons méditer ; moins pour en sonder la signification jusqu'aux dernières circonstances, que pour y lire ce qui fait ici le sujet de notre étude, je veux dire les rapports entre les deux mères et les deux vierges, l'Eglise et la Mère de Dieu.

(i) Apoc, XII, i-io, i3-i4, 17.

cir. III. — l'église et mahie uans l'apocalypse 6i

I. — Quelle est cette femme? Incontestablement, c'est l'Église. La tradition constante des Pères et des Docteurs ne permet pas d'en douter. C'est à peine si, parmi les anciens interprètes du texte apocalyptique, on en pourrait nommer deux ou trois qui n'aient pas explicitement attribué ce mag-nifique symbole à la sainte Eglise du Christ (i).

(i) liCS coinmenlaires sur l'Apocalypse soat assez rares dans l'antiquité sacrée. Parmi ceux que j'ai pu lire, tous, sauf un ou deux, parlent de l'E^çlise. Donnons ipielques exe:nples.

« Hai'X millier Ecclesiain desi'jnat ; consequens quippe erat ut. post pracdicalioneni Christi, ejus forma describeretur, quain praedicatio Ghrisli ;;enuit... Mulier amicta erat sole, quia lideles ex quibus Ecclesia constat, in baptismale Chrislum induunt... Draco iste diabolum significat. . . » Ce texte, tiré d'une Exposition sur l Apocali/pse qui se trouve en appendice parmi les Œuvres de saint Ambroise (P. L. xvii 874, sqq.), paraît avoir eu pour auteur un moine du huitième ou neuvième siècle, Bérangaud, O. S. B.

« Peregrinantein siiain Ecclesiain dicit... Et draco stelit in coaspectu mulieris quae paritura erat, ut, cum peperisset, natum ejus comederet ; id est, insidiator diabolus novum homiuem qui secundum Deum creatus est... in Ecclesia molitur occidere... Et pepent masculum.... ideo masculum quod virili sexui noverimus tanquam superiori jure deberi victoriam Recle hic caput Ecclesiae Ghristus in siug-ulis membris dicilur nasci, qui cog-noscitur priucipari ». Primasius, Adrumet. ep., P. L. Lxvni, 872, sqq.

« Haec mulier Ecclesia est... Multos enim in ulero habet, multos quotidie filios parit Ecclesia, non lamen sine cruciatu a' que dolore... Et draco stetit... Saepe enim Ecclesiae iîliis diabolus insidiatur ». S. Bruno Astens., P. L. clxiv, 667, sq. — « Mulier amicta sole et lunam sub pcdes habens... antiqua Ecclesia est Patrum et Prop'ieiarum et Sanctorum et Apostolorum, quae gemitus et tormenta desiderii habuit, usqueqno fructum ex plèbe sua secundum carnem olim promissum sibi videret Ohristum ex ipsa gente sumpsisse... » Schol in Apocal., 01 dinairement attribués au martyr. S. V'iclorin, P. L. v, 336.

« Ecclesiam dicit... Draco magnus rufus diabolus est, quaerens Ecclesiae nalum devorare... Parlurieus cruciabatur ut pariât... Semper enim in cruciatibus parit Ecclesia, semper genorat Ghrisli membi'a ». Ej:-posit. in Apoc. B. J., hom. g, inter 0pp. S. August. P. L. xxxv, 2433. C'est une compilation faite par un auteur inconnu sur les commentaires de Victorin, de Primase et de Bede. Voyez encore parmi les latins, S. Palerius, disciple de S. Grégoire le Grand, P. L. xxix, i ii4 — et Alulfe qui l'a copié sur noire passage, ibid., p. i4io: Alcuin' Comment, in Apocal. ,L. v, c. i^.P L. c, ii52 ; Richard de Saint-Victor' in Apoc, L. IV, c. t, sq. P. L. cxcvi, 798, sq. : Auselme de Laon,' Enarr. in Apoc, c. 13. P. L. clxii, 1549, sq. ; Hupert, Comment, in Apoc. L. vu, c. 12. P. L. CLxix, loSg; Walfrid Straboa, Glossa ordin. in Apoc. XII. P. L. cxiv, 1733, elc.

Si des Latins nous passons aux Grecs, voici les deux passao-es les

D'ailleurs, comme tout dans ce tableau concourt à représenter au vif l'Eglise avec ses destinées, ses combats et ses souffrances I Oui, voilà bien l'Eg-lise dans la femme mystérieuse. Elle a le soleil pour vêtement, soit parce que les chrétiens qui la composent sont, au baptême, revêtus du Christ, radieux Soleil de justice, soit parce qu'elle-même est toute pénétrée, toute resplendissante de la lumière de Dieu. La lune sous ses pieds nous fait songer aux biens périssables et changeants dont elle se détache dans son ascension vers le ciel. Impossible de ne pas voir les douze Apôtres représentés par la couronne d'étoiles. Cette femme enfante dans la douleur, parce que l'Eglise notre mère nous engendre à Jésus-Christ parmi de grandes tribulations. Le fruit de la femme est un enfant mâle, parce que tout véritable fils de l'Eglise doit être armé de

plus significatifs que nous offrent ces derniers. « Plusieurs par celle femme ont entendu la très Sainte Vierge, Mère de Dieu : car, à leur avis, elle a souffert toutes les épreuves dont il est parlé dans la suite du chapitre, avant que son divin enfantement fût parfaitement connu. Mais le grand Méthode rapporte le symbole de la Jemme à l'Eglise, estimant que les choses racontées dans le texte s'accordent peu avec le mystère de la naissance du Seigneur. Du reste, il convient de citer les paroles même de Méthode. Dans le traité intitulé Symposium, voici ce qu'il dit par la bouche de la Vierge Proclé : La femme revêtue du soleil est l'Eglise... Nous ne pouvons douter que ce soit l'Eglise qui conçoit et enfante les fils de Dieu, régénérés dans les eaux du baptême... C'est pourquoi dans chacun de nous naît spirituellement le Christ. Quant à l'Eglise, c'est elle qui nous engendre et nous enveloppe de langes, jusqu'à que le Christ soit formé en nous. Ainsi chacun des fidèles devient par participation le Christ même... »

Ce premier passage est de saint André de Césarce, dans son commentaire sur l'Apoc, au ch. la. P. G. cvi, Bao, 824.

Arélhas, évoque de Césarée en Cappadoce (x= siècle), écrivait peu de temps après: « Il y en a qui voient dans celte femme la Mère du Seigneur ». D'après eux, ses douleurs et l'attaque du serpent doivent s'entendre des angoisses que lui causale doute de Joseph et les poursuites d'Hérode contre l'Enfant-Dieu. . . « D'autres ont dit (jue c'est l'Eglise, enveloppée du soleil de justice, le Christ... Et consequemment ils ont montré comment toute la suite du texte s'accordait avec cette dernière interprétation. C'est ce qu'ont fait, par exemple, André et Méthode ». Aréthas, Easpl. in Apoc. ex Comment. S .Andreae. P. G. cvi, 820.

eu. m. — l'église et marie dans l'apocalypse 63

force et de constance pour rester fidèle à son Dieu; c'est encore un enfant mâle, parce que l'enfant de l'Eglise, étant membre d'un corps dont Jésus Christ est la lête, est un selon l'esprit avec Jésus-Christ.

Il n'est pas jusqu'aux traits qui sembleraient caractériser si nettement la Vierçe Marie, qu'on ne puisse interpréter de l'Eg^lise : « Elle mit au monde un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer. » Je sais bien que l'Ecriture affirme cette domination du Messie, le Verbe incarné (i). Mais je n'ignore pas, non plus, que le Christ a promis au victorieux de le faire entrer en participation de ce privilège avec lui (2). Et quand tout cela ne suffirait pas à me faire reconnaître l'Eglise, ce qui est dit du dragon, l'autre personnage du tableau, ne me laisserait plus aucun doute. N'est-ce pas aux enfants de l'Église qu'il tend de perpétuelles embûches, rôdant pour les dévorer (3)? N'est-ce pas l'Église qu'il poursuit partout jusque dans les solitudes les plus cachées; et, quand l'un des enfants de l'Église, enlevé au ciel, échappe pour toujours à sa poursuite, ne se retourne-t-il pas contre les autres de sa race^ c'est-àdire, contre ceux qui gardent les commandements de Dieu.

II. — Mais si je regarde encore une fois cette femme mystérieuse, que de traits me portent à saluer en elle la Mère de mon Sauveur. Le grand signe, non plus plus sur la terre, mais au ciel, est-il autre que la

(i) Psalm , II, 9; Apoc , xix, i5; col. Matth., ii, 16.

(2) Apoc, II, 26-28.

(3) I Petr., V, 8.

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Vierge, mère de l'Emmanuel (i)? A quel front convient ce diadème d'étoiles comme à celui de la Reine du monde? Sous quels pieds mettrons-nous toutes les choses périssables, symbolisées par la lune, si nous ne les voyons pas foulées par la mère, assise aux côtés de son Fils? Le portrait de la Femme s'applique donc à Marie.

Celle-ci se révèle encore davantage par le portrait de l'Enfant. Demandez aux prophètes le nom de l'Enfant qui doit régir toutes les nations avec une verge de fer ; ils vous répondront par la bouche de David, que c'est le Messie (2). En contemplant ce fils montant vers Dieu et vers son trône, ne pensez- vous pas naturellement à l'Ascension du Sauveur ?

Marie ne semble pas moins reconnaissable à la présence du dragon qui se dresse pour dévorer l'Enfant, et qui fait la guerre à la Femme et à ses autres enfants (au reste de sa race). Car c'est textuellement l'application de la première prophétie de la Genèse : « Et le Seigneur dit au serpent : Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta race et sa race. » Or, la prophétie de la Genèse parle certahiement de la femme d'où devait naître le libérateur, de Marie.

Quant à ces douleurs de l'enfantement qui paraîtraient ne pas s'accorder avec la maternité de Marie, parce que physiquement elle a enfanté sans douleurs, elles lui conviennent mystiquement et moralement, c'est-à-dire, dans le sens de l'Apocalypse: moralement , parce qu'elle a enfanté le Fils de Dieu pour des humiliations et des souffrances dont elle fut elle-même

(i) Dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce Yirgo concipiet, etc. Isa., vil, i4.

(2) Psalm., II, 9.

CH. III. — l'Église et mauie jjans l'apocalypse 65

transpercée comme d'un glaive ; mystiquement, parce qu'elle est devenue mère de Jésus-Christ dans ses membres au prix d'incomparables angoisses. D'ailleurs, il n'est pas nécessaire, comme nous le verrons bientôt, que la vision, pour convenir à Marie, se réalise en elle par tous ses détails.

L'autorité semble confirmer ce dont nous persuadaient les raisons tirées de la considération du texte.

L'Eglise elle-même, dans sa Liturgie, fait à la Mère de Dieu l'application de ce que l'Apocalypse dit ici du grand signe manifesté dans le ciel. Lisez l'Office de l'Immaculée Conception ; vous y trouverez le premier verset du chapitre, c'est-à-dire la description de la femme revêtue du soleil et couronnée d'étoiles, entendu de Marie (i). Ce n'est plus un verset seulement, c'est le chapitre tout entier qui, dans le nouvel Office en l'honneur de la Médaille miraculeuse (27 novembre), est interprété de la Vierge bénie (2), L'Eglise, je le sais, ne prétend pas toujours, en insérant ainsi des passages de l'Ecriture dans ses Offices liturgiques, les employer dans le sens inspiré de Dieu ; elle se sert aussi du sens purement accommodatice. Et c'est pourquoi l'usage fait par elle de la vision de saint Jean pour glorifier Marie ne prouve pas absolument qu'il y soit question d'elle. Toutefois, c'est une présomption qui ne laisse pas d'être sérieuse, qnand surtout elle est corroborée par d'autres arguments.

Or, graves et nombreux sont les témoignages en faveur de l'interprétation qui salue Marie dans la

(i) Sixième répons de Matines et capitale de None (2) Epîlre et leçons du premier Nocturne.

LA MÈHE DES HOilMES. — II . — 5

femme de l'Apocalypse. Les Pères et les anciens auteurs ecclésiastiques qui, tout à l'heure, ont reconuu l'Ég-lise de Dieu dans cette femme, s'accordent, à peu d'exceptions près, à voir encore en elle Marie, la Mère de notre Sauveur.

« Nous pouvons en cet endroit entendre aM5.?/parla femme la bienheureuse Marie, mère et fille de l'Eglise : mère, parce qu'elle a enfanté celui qui est le Chef de l'Eglise; fille, parce qu'elle est le membre principal de rÉoflise. Donc le draçron se dressa devant la femme,

OC? t

afin de dévorer le fruit de la femme, aussitôt qu'elle aurait enfanté : parce que, dès la naissance du Christ, il tenta de le tuer par Hérode, son ministre » (i). Celui qui donne cette interprétation de notre texte est l'auteur qui, caché sous le nom de saint Ambroise, l'avait expliqué de l'Eglise. Personne, à mon avis, n'a plus clairement que lui mis en rehef l'unité de l'une et de l'autre exposition.

« L'Eglise est ici personnifiée dans la bienheureuse Mère de Dieu ; Mater Dei gerit personam Ecclesiae. Tout le récit ne pourrait selon la lettre convenir spécialement à la Vierge Marie : toutes choses, au contraire, suivant la signification mystique s'apphquent généralement à l'Eglise des élus » (2).

(( La femme revêtue du soleil est la bienheureuse Vierge Marie, que la Vertu du Très-Haut a couverte de son ombre. En elle on peut voir aussi l'Église ; laquelle ne porte pas ici le nom de femme à cause de sa faiblesse, mais à raison de la fécondité qui la fait chaque jour enfanter de nouveaux peuples... Alors le

(i) Existimatus Ambros., l. c. P. L. xvii, 876. (2) Haymoa. Halberstat., Expos, in Apoc.,L. III, c. 12. P. L. cxvii,

CH. III. — l'églisk et marie dans l'apocalypse 67

drag-on se dressa devant la femme, pour dévorer le Chef qui venait de naître (allusion à la persécution d'Hcrode) ; et il se dresse toujours pour engloutir les membres, à mesure qu'ils sont enfantés par l'Eglise » (i).

Cassiodore, dans ses Complexions sur r Apocalypse, reconnaît aussi la Mère du Christ, Noire Seigneur, sous la figure de la femme poursuivie par le dragon (2). Il en est de même Richard de Saint-Victor (3) et de l'abbé Rupert (4).

Tout à l'heure, nous entendions les deux évêques de Césarée de Cappadoce, Aréthas et saint André, noter qu'en Orient, à côté de ceux pour qui la femme est l'Eglise, plusieurs disaient que c'était la Vierge, Mère de Dieu. D'où l'on peut conclure que les deux interprétations, quant au nombre de leurs partisans, vont à peu près de pair, et se trouvent souvent mêlées l'une à l'autre dans le même commentaire.

Je terminerai ces appels aux témoignages par un texte de saint Bernard : « Ne vous semble-t-il pas que Marie soit la femme revêtue du soleil? Que la suite de la vision prophétique nous oblige à reconnaître en elle l'Eglise de la terre, l'Eglise actuelle, je l'accorde; mais on peut encore avec toute convenance interpréter le texte de la Vierge Marie. » N'est-elle pas la femme autrefois promise par Dieu; celle qui devait écraser de son pied la tête de l'antique serpent? La lune serait l'Eglise dans son état présent ; les douze étoiles figureraientles éclatants privilèges delà Vierge,

(i) Alcuin., l. jam cit.

(2) Fit iterurn commemoratio malris et Domini Christi. Cassiod, Coinplexioncs in Apoc, n. 7, ad cap. xii, 7. P. L. lxx, i4ii. (3, Explic. in Canlic ,c. Sg. P. L. cxcvi, 617. (4) Hupert., Le.

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et le soleil qui l'enveloppe, Jésus-Christ, le Soleil de justice, cf 0 notre Souveraine, quelle familiarité entre vous et lui ! Combien vous êtes proche, combien intime! Il demeure en vous et vous en Lui; vous le revêtez, et il se fait voire vêlement. Et vestis euniy et vestiris \ab eo. Vous le revêtez de la substance de votre chair, et il vous revêt de la gloire de sa majesté. Vous revêtez le soleil d'une nuée, et vous êtes revêtue du soleil lui-même » (i).

III. — Ces deux sig-nifications peuvent-elles s'accorder ensemble dans l'unité d'un même texte, de telle sorte pourtant que tous les détails ne s'appliquent pas à la Mère de Dieu comme ils se vérifient de l'Eglise? Plus d'un interprète l'a nié. C'est par pure accommodation, disent-ils, qu'on peut approprier le portrait de la femme à Marie; par conséquent, le Saint Esprit n'avait aucunement l'intention de parler d'elle ni de nous y faire penser, quand il inspira cette vision prophétique à l'Apôtre. Pas plus que Bossuet et tant de graves auteurs^ je ^^ saurais accepter leur conclusion.

Le docte Cornélius à Lapide, qui la rejette également,nous invite à chercher un moyen de conciliation dans un double passage de l'Ecriture. Le premier, qui est d'Isaïe, prophétise la chute de Babylone; dans l'autre, Ezéchiel décrit la ruine de Tyr, cette antique reine des mers. Or, les deux oracles rappellent par des allusions éclatantes la chute des anges rebelles- Babylone et Tyr, personnifiées dans leurs rois, en ont imité l'orgueil; elles en partageront la catastrophe.

(i) s. Bernard., Serm. de 12 praerogalivis B. V. M., ex verbis Apoc. XII, I sqq , n. 3, sqq. P. L. clxxxiu, 43o, sqq.

eu. m. — l'église et marIe dans l'apocalypse 6<y

Ecoutons d'abord la voix des propliètes. C'est Isaïe qui parle au roi de Babjlone. « Comment es-tu tombé du ciel, bel astre du matin? Tu disais en ton cœur : Je monterai jusqu'au ciel, je poserai mon trône sur les astres de Dieu, et je m'assoierai sur la montagne du testament... et je serai semblable au Très-Haut. Et pourtant, tu seras précipité dans l'enfer, dans l'abîme du lac » (i).

Voici maintenant la lamentation d'Ezéchiel sur Tyr : « La parole du Seig^neur se fit encore entendre à moi, et il me dit : Fils de l'homme, dis au prince de Tyr : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Parce que ton cœur s'est élevé, et que tu as dit : Je suis Dieu, et je suis assis sur le trône de Dieu, au cœur de la mer..., tu mourras de la mort des incirconcis, par la main des étrangers : car j'ai parlé, dit le Seigneur Dieu. Et le Seigneur m'adressa de nouveau la parole, et il me dit : Fils de l'homme, fais une lamentation sur le roi de Tyr, et dis-lui : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Toi, le sceau de la ressemblance, plein de sagesse et parfait en beauté, tu as été dans les délices du paradis de Dieu; mille sortes de pierres précieuses formaient ton vêtement de gloire. . . Tu étais un chérubin aux ailes déployées ; et je t'avais placé sur la sainte montagne de Dieu, et tu marchais au milieu des pierreries étincelantes. Parfail dans tes voies depuis le moment de ta création, jusqu'au jour où l'iniquité s'est trouvée en toi... Et tu as péché, et je t'ai précipité de la montagne de Dieu, et je t'ai fait disparaître, ô chérubin protecteur... Car ton cœur s'est

(i) Isa., XIV, i2-t5.

-yO L. VIII. LES ENFANTS DE MARIE

enorgueilli dans ta beauté, et celle même beauté t'a fait perdre la sagesse » (i).

Bossuet, dans une de ses plus belles Élévations, a réuni ces malédictions prophétiques pour peindre la chute de Lucifer, le chef et le séducteur des anges rebelles (2).

Il est cerlain que les deux textes, considérés dans leur ensemble et dans leurs détails, expriment au sens historique et littéral les terribles châtimenls dont furent frappées Tyr et Babylone. Là dessus pas de controverse sérieuse. Mais ce qui n'est pas douteux, non plus, c'est qu'il y a dans l'une et l'autre prophétie des traits qui dépassent les deux catastrophes, et qui font nécessairement penser à cette autre catastrophe, bien autrement terrible, où sombrèrent les anges révoltés. Et ces traits avec leur signification plus haute sont voulus de Dieu. Ce n'est pas sans dessein que l'écrivain sacré les a choisis; non seulement la teneur même du texte, mais le commun accord des Pères et des interprètes catholiques en fait foi. Donc, il ne peut être ici question d'un sens accommodatice.

Faut-il admettre un sens littéral ou bien un sens typique? L'une et l'autre hypothèse a trouvé des partisans; et l'une et l'autre présente des difficultés particulières. Si vous soutenez le premier sens, on vous oppose l'impossibilité d'admettre pour le même texte un double sens littéral. Si vous admettez le second, on vous répond que ni la chute des anges ne peut servir de type à celle de Tyr ou de Babylone, ni la chute de ces deux villes n'est le type de celle de Lucifer et

(i) Ezech., vxvm, 1-18.

(2) Bossuet, Elévations ; 4^ sem., a" Elevât.

cil. III. L EGLISE ET MARIE DANS L APOCALYPSE 7I

de ses anges; d'un côlé, parce que le fait qui représente typiquement un autre fait, doit être un événement de moindre importance; d'un autre côté, parce que le type doit devancer l'antitype et ne pas venir après lui dans l'ordre de la durée. Si, revenant au sens historique vous prétendez, pour en sauver l'unité, que telle partie de la lettre s'applique uniquement aux rois de Babylone et de Tyr, et telle autre aux révoltés du ciel, on vous oppose l'arbitraire et le vague d'une pareille conception.

Tâchons de résoudre ce problème à l'aide d'un texte évangélique, qui nous amènera, je crois, à ne voir et dans les deux prophéties et dans l'Apocalypse (\\iune seule signification littérale, à l'exclusion de tout sens proprement typique; je veux parler du passage de l'Évangile où Notre Seigneur promet à Pierre la primauté de juridiction sur son Eglise : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, elles portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle » (i).

Quelques Pères, saint Augustin, par exemple, ont vu, dans celte pierre fondamentale dont parle Notre Seigneur, Jésus-Christ lui-même. « Sur cette pierre que tu as confessée, j'édifierai mon Eglise : car la pierre était le Christ (2), et c'est sur ce fondement que Pierre, lui aussi, a été édifié » (3). On sait comment les adversaires de la primauté du Saint-Siège ont abusé de ce témoignage et d'autres analogues pour atténuer la force de la donation faite par Jésus- Christ au prince des Apôtres. Les défenseurs de la primauté de Pierre- répondaient justement que ces Pères,

(i) Mallh,, XVI, 18.

[1] 1 Cor., X, 4-

(3) S. Aiieruslia., Tract. ia4 in Joan., n. 5. P. L. xxxv,, iQ/S.

et parmi eux Augustin lui-même, ont, en d'autres endroits deleurs œuvres, donnél'interprétation commune. Mais, pour ne céder aucun avantage aux ennemis de la foi, ils ajoutaient que l'interprétation qui fait de la pierre le Christ n'est pas en désaccord avec celle qui par la pierre entend l'Apôtre. Loin de se contredire, elles se coordonnent harmonieusement l'une et l'autre et se complètent : car, si Pierre est un fondement assez solide pour porter l'Eglise, c'est qu'il s'appuie lui-même sur le fondement du Christ. Impossible de concevoir Pierre comme le roc inébranlable qu'il doit être, sans penser à Jésus-Christ, le fondement en dehors duquel personne n'en saurait poser un autre (i). On ne peut donc pas dire que le sens, donné par saint Augustin, soit opposé au sens où la primauté de Pierre est affirmée; ce n'est pas même un sens si différent qu'on ne puisse l'admettre, sans reconnaître deux significations littérales: car il est implicitement renfermé dans le premier, puisque l'un bien compris mène à l'autre et le fait entendre (2). Qu'estce donc? Un sens littéral, mais complémentaire.

Après cette apparente digression, reportons-nous aux textes d'Ezéchiel et d'Isaïe. L'un et l'autre signifient littéralement et directement la ruine des princes coupables et celle de leurs villes capitales. Mais ils

(i) I Cor., m, a. De là cette interprétation donnée par saint Léon le Grand : Tu es Pefrus, id est, ciim ego sim inviolabilis petra, ego lapis angularis... ego fundamcntum praeler quod nemo potest aliud ponere; tamen lu quor,ue petra es, quia niea virlute solidaris, ut quae milii sunt potestate propria, sint tibi mecum partipatione communia. Serm. 3 m Anniv. Assumpt. suae,c. 8. P. L. liv, i5o.

(3) Les théologiens disaient dans le langage de l'Ecole : VerbaDomini significant Petrum ut petram ; adsignificant sen connoianl Christum, petram immobilem in qua Petrus, Christi vicarius, solidatur ; ou bien encore : significant directe Petrum et alludunt Christum. Or, les allusions font partie du sens littéral.

cil. III. — l'église et marie dans l'apocalypse 73

rappellent en même temps une ruine plus terrible, dont celle-ci n'est tout au plus qu'une faible image ; une ruine, qui fut le premier principe des désastres annoncés par les deux prophètes, je veux dire la ruine de Satan et de ses complices. Le lien qui rattache entre elles ces catastrophes est manifeste. L'orgueil de Satan a inspiré l'orgueil de ces princes de la terre, et leur châtiment est modelé par le Dieu vengeur sur la punition du grand rebelle, comme leurs crimes sont une imitation de son crime. Voilà pourquoi, sans doute, les prophètes n'ont pas cru pouvoir mieux exprimer les tristes destinées de Tjr et de Babylone, personnifiées dans leurs princes, qu'en employant pour les peindre des termes qui rappellenllo. catastrophe primitive. Termes dont ils ne se seraient pas servis, si l'intention de Dieu n'avait pas été de remettre en mémoire le passé, pendant qu'il prédisait le futur (i). Donc, ici encore, le sens historique et littéral est unique ; mais il renferme directement ce qui est signifié, et indirectement ce que nous appelons adsignifié^ en d'autres termes, ce que le sens littéral direct suppose et rappelle manifestement par allusion. S'il n'y a pas, comme on le craignait, un double sens littéral, il n'y a pas non plus de sens typique proprement dit. Ce n'est pas que les événements signifiés par le texte sacré n'aient entre eux le rapport défigure à chose figurée. Ce rapport existe, nous l'avons prouvé, non pas toutefois tel qu'il apparaît dans les types ordinairement présentés par l'Écriture: car la dégradation des anges ne symbolise pas la chute des cités cou-

(i) Voir le commentaire du P. Knabenbaiier sur le passa2:e d Ézi'chiel.

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pables, comme l'Ag-neau pascal figurait Jésus-Christ, notre victime. Elle a plutôt le caractère de prototype, comme serait l'exemplaire sur lequel un personnage inférieur est modelé; au sens, par exemple, où Notre Seigneur est le type du chrétien ; et la vie du ciel, le type que nous devons tendre, avec le secours de la grâce, à reproduire en nous pendant ce temps d'épreuve (i).Mais cela ne suffit pasà faire un sens typique. En effet, ici la lettre exprime et la figure et la chose figurée, tandis que, dans le sens figuratif ou typique, la figure seule est signifiée par les mots.

C'est d'une manière analogue que la bienheureuse Vierge paraît être présentée dans la célèbre vision de l'Apocalypse. Tous les traits du tableau s'appliquent littéralement et directement à l'Eglise. On pourrait même accorder, si l'on veut, qu'il en est qui lui conviennent à elle seule. Telles, par exemple, les douleurs que la iemme éprouve dans l'enfantement de son fils. C'est ce qu'ont fait remarquer plusieurs Pères, encore que d'autres croient pouvoir les interpréter de Marie, considérée non pas comme Mère de Dieu, mais comme Mère des hommes. Il n'est pas rare, en effet, de trouver les souffrances endurées par la Vierge, alors qu'elle nous enfantait à la grâce, comparées aux angoisses de la femme qui devient mère.

Mais si le sens littéral va d'abord et pleinement à l'Église, Marie n'en est pas absente. Pourquoi? Parce que i'E^hse vierge et mère suppose Marie, mère et vierge; parce que l'une est faite à l'imitation de l'autre ; parce que les fils de l'Eglise sont encore plus ceux

(i) Fiat volunlas lua sicut in coelo et in terra.

CH. m. — l'église et marie dans l'apocalypse 75

de Marie ; parce que le grand sig-ne apparaissant au ciel, la femme revêtue du soleil avec sa couronne de douze étoiles, nous met naturellement sous les yeux la Reine des Apôtres et la souveraine du monde. C'est l'Église, mais l'Eglise dans le rayonnement de Marie; mais l'Eglise peinte avec les couleurs qui conviennent principalement à Marie, parce que l'une est l'exemplaire, et l'autre, la copie.

Et ce qui confirme admirablement cette manière de considérer les deux mères comme étant représentées par le même portrait, c'est qu'il en estde V enfant tout ainsi que de la femme. Voyez, en effet, cet enfant tel qu'il est décrit par l'Apôtre dans sa vision. La femme « mit au monde un enfant mâle qui doit gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer »,etle dragon se dressait pour le dévorer dès sa naissance. A coup sûr, il faut, dans ce fruit de la femme, reconnaître les fils de l'Eglise, puisque c'est ainsi qu'ils nous sont dépeints par le livre sacré. Dans cette même xVpocalypse, le Fils de l'Homme n'a- t-il pas dit à l'évêque de Thyatire : « Celui qui sera victorieux et gardera mes œuvres jusqu'à la fin, je lui donnerai puissance sur les nations. Il les gouvernera avec un sceptre de fer, et il les brisera comme un vase d'argile, ainsi que je l'ai obtenu moi-même de mon Père w (i). Mais pourquoi cette autorité sur les nations appartient-elle aux fidèles ? Parce qu'elle leur est communiquée par le Fils de la Vierge qui la possède en propre; parce qu'ils font partie de sa personne mystique ; parce qu'il est leur prototype, et qu'ils sont eux-mêmes quelque chose du Christ. Aussi bien, l'Apocalypse a-t-elle plus instam-

(1) Apoc, II, 26-28.

-y 6 I^. VIU. LES ENFANTS DE MARIE

ment affirmé de celui-ci « le sceptre de fer », qu'elle nous montre aux mains de ceux-là. Parlant de celui qu'on appelle du nom de Verbe de Dieu : « Et de sa bouche, dit-elle, sort un glaive à deux tranchants pour en frapper les nations : car il les régira avec un sceptre de fer... Et il porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (i). Donc, ce premier caractère de l'enfant appartient principalement au Fils de Marie; s'il convient à la race de TEglise, c'est qu'elle participe aux prérogatives de son Chef.

Le second caractère^ celui d'être poursuivi par la haine du dragon d'enfer, est premièrement le lot du Christ, et ne passe aux fils de l'Eglise que par déduction; c'est-à-dire, à cause de l'union qu'ils ont avec le Christ. Ce que le diable poursuit en eux, c'est l'image et la personne du Christ. Par conséquent, l'Apôtre, en écrivant sa vision, et l'Esprit Saint qui l'inspirait, n'avaient pas l'intention de parler exclusivement des fils de l'Eglise, mais de nous les présenter dans leur alliance inlime avec le Christ, Fils de Marie. Telle est ia raison des expressions qu'ils emploient. Par conséquent aussi, l'enfant de l'Église et l'Enfant de la Vierge sont renfermés dans l'unité du même sens littéral. Or, cela même est une nouvelle preuve que \di femme doit s'entendre et de l'Eglise et de Marie : car le rapprochement entre les mères est démontré par le rapport entre les enfants.

Voulez-vous une troisième preuve? Méditez le grand combat dont il est parlé dans la même vision (2). De

(i) Apoc, XIX, i3, i5-i6; col. Psalm., ii, 8, 9. (2) Apoc, xu, 7-10.

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