‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 4)Chapitre 20 sur 119 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dp i](jrl.|urs Mi'-ifories de per*oorics auxquelles peut être spéciiilcnirut «pplinué le litre d'enfants de Marie : — les reiiipeux, — les membres des Confréries el des Conçrcgalions ëtablie<« en l'hunneur de la Vierge, — ceux enfin que cette di%ine tiii rc ;« Nin^'olurement distingués par des marques plus senbibles de son amour, comme seraient des vi^ions et révélations.

I. — Si tous les hommes appartiennent généralement à Marie comme ses enfants, et si la mesure substantielle de celle filiation n'est autre que celle de la grâce et de la vie suriialurclle, on se demande quels droits peuvent avoir certaines associations à décorer leurs membres du titre spécial de serviteurs H iV Enfants de Marie? I^ réponse est aisée. Assurément,c'est le devoir de tout chrétien ; disons mieux, de toute créature raisonnable, de connaître, d'adorer, d'aimer et de servir Dieu, c'est-à-dire, d'être religieux. Il en est pourtant t^ qui la sainte Kglise elle-même atlribue ce nom, comme elle ne le fait pas au reste des fidèles. Les religieux sont, pour elle, des personnes 11) ' iilièremcnt consacrées au culte de Dieu par

r<'i ion des conseils évan^éliq^Jes. De même,

bien que toute âme juste ail le Christ pour époux, le titre d'é|M?use du Christ est, dans la suinte Littirgie, le privilège singulier des vierges. ri d-»- v !.r./.v .j.-.li.'.'s ù Dieu par la pr«>fes8ion religieuse.

Le titre particulier n'est donc pas la négation du

I04 L. VIII. — LES BXrANTS OB MAMB

devoir et du mérite général. Il y « des hommes qui, sans être du nombre des religieux^ glorifient Dieu leur Cn'vitrur plus et mieux " r-

tienl ce litre. Le Uoi des i is

que dans les monastères et tes cloîtres, auxquelles, à défaut de vœux publiquement héiiis par l'ivglise, il est uni d'une ardente charité. Pourtant, le titre n'est pas une chimère. Il suppose et des moyens plus efficaces pour réaliser la signification qu'il exprime, et des nents plus stricts aie faire plcioeinent et

pai il.

C'est d'une manière analog^ue qu'il faut entendre le nom iV Enfant de Marie. Je le reconnais, tous nous appartenons de droit, comme serviteurs etcomme fils, à cette bienheureuse mère. Encore donc que j'aie le bonheur de faire partie d'un corps singulièrement voue à son service, loin de prétendre m'arroçcr. à l'exclusion des autres fidèles, une prérog^alive commune à tous, je serais heureux de voir se multiplier à l'infini la [)Ostérilé spirituelle de ma mère. Si j'ci d'autres sentiments au cœur, c'est que je ne suis pas véritablement son fils, pas plus que celui-là ne serait l'enfant de Dieu qui prétendrait ne part;i.:'T avec personne le bonheur de le servir et de r.'i; Aus.si bien, n'est-ce pas la décevante ambition «i seul sur son cœur maternel qui m'enta ^e à me parer du nom d'enfant. Ce que je veux, c'est m'oM' à la face de la terre et du ciel, à l'honorer tuu^ .. comme ma mère, à mettre en elle mes plus chères espérances, à ne céder le pas à nul autre, quand il s'as;it de lui rendre le culte de vénération, d'amour et d'imilalion au(]uel elle a droit. Du reste, en dehors des engagements que nous pouvons prendre par no-

INFArCTS PRIVILéCliS io5

Ire libre choix, il csl d'autres causes à pouvoir établir Tappollation privilégiée dVnfanl de Marie; comme

s. ' > • • • ^ et icg grades plus

s, ^ 1 de la Vierge elle-

même sur tel ou tel de ses serviteurs. C'est à donner iHii»l<jti»' i.l. <• de ces différents litres que nousemploie-

r ,1^ 1.-^ • t ^ Il III vi>r\f >.iii\ri»,

ii. — La çrande consolation des religieux, parmi |, ' '"' — r présente, sera de penser qu'ils

,)i \ dans la famille de la Mère de

Dieu. Que les religieux appartiennent singulièrement à la divine Viet ire, comme à leur mère, l'K^i^lise çrec- • |ue nous en donne une première preuve dans ses Mmres : car voici ce qu'elle y fait chanter à Marie : - Tous les chrétiens ont en vous une médiatrice effi-

n • ' • îiiprès de votre Fils et de votre Dieu:

i: ix, plus que les autres; parce que,

'•n rertu de noire profession, nous sommes cloués

' .ix » (i). Rien d. ' -le que

, L. j a). En effet, pu: , . st à la

. roix et par la croix que la bienheureuse Vierge a III :i'. ! i.rnt et la proclamation authentique

lie s»d mal. i...i. .spirituelle, ne faut-il pas que ceux-

od. 3 M 9, de S. r«ncr«fio ep.. io cUtu. Cf. P.

îÈtniïr llriifi >r . i I'. ii ', i 'i

1 <I«T3fif «lO-

114 lu« aoctur :

riirrtn rii:n ■

«'. M. I iiti, p. I7A.

|06 L. VIII. — UCS ENFANTS OB MAlIlt:

là lui soient à meilleur titre des fils, que leur vocation attache plus étroitement et plus constamment au pieil (le la croix; disons mieux, sur la croix? Si l'al>ôtrc saint Jean fut le premier de tous, après Ji^sus, honoré du titre du fils de Marie ; si le premier de tous, après Jésus, il la posséda comme mère, c'est qu'il gravit avec elle la montagne du sacrifice, à la suite de Jésus, pour y partager les souffrances du Fils et <îe la mère. Ce n'est donc pas vaine prétention que des hommes qui par vocation et par élat doivent <'ti.crucifiés au monde, et se revêtir de Jésus-Christ «-i (i<- Jésus-Christ crucifié, se flattent d'être à titre spécial les fils de la Mère du Crucifié.

Mais qu'ils n'oublient pas non plus que ce qui fait leur gloire leur impose une nécessité plus étroite de reproduire en eux les traits et les sentiments du même Crucifié, s'ils veulent que Marie les tienne sir ' ment pour des fils. .\ eux pins qu'aux autr« du Christ de méditer ces belles paroles : « (iemitus mntris tuae ne obtiviscaris ; n'oublie pas les gémissements de ta mère > (i). Ce n'est pas assez pour toi d'en garder pieusement le souvenir dans ta mémoire; ne les oublie pas, c'est-à-dire, gémis avec elle, souffre avec elle, reste avec elle au Calvaire; puisque tu n'en pourrais descendre sans perdre les droits que tu as d'être plus particulièrement pour elle l'image de Jésus, un fils né de ses doi,' ' <Je son martyre.

C^ que Uossuet, dans son n ^ :uc langage, prêchait à tous les chrétiens, c'est pour eux surtout qu'il le disait : « Songeons que nous sommes enfants de douleurs, et que les plaisirs ne sont pas pour nous.

(i) Ecrii., m. 9^

eu. V. — ENFA.MS PRIVlLéClÉS 1 07

Jésus nous enfante en mourant, Marie est notre mère par raffliclion; et nous engendrant de la sorte tous deux nous consacrent à la pénitence (au sacrifice). Ceu.x qui aiment la pénitence sont les vrais enfants de Marie; car où a-t-elle trouvé ses enfants? Les a-t-elle trr. rmi les plaisirs, dans I e, dans les dé-

li« ' îis les grandeurs du i: Non, ce n'est

pas là qu'elle les rencontre ; elle les trouve avec Jésus- Christ et avec Jésus-Christ souffrant; elle les trouve au pied de sa croix, se crucifiant avec lui, s'arrosanl de son divin sang, et buvant l'amour des souffrances aux sources sani^lantes de ses blessures. Tels sont les en' "■ ' Marie « (i). Telle aussi, disions-nous, la coi II des véritables religieux, alors surtout

qu'ils se voient poursuivis par la haine des ennemis de Jésus et pour le nom de Jésus ; c'est la gloire aussi de quiconque porte sa croix à la suite du même Jésus, que la croix soit librement choisie, ou qu'elle soit imposée par la providence, mais chrétiennement acceptée. Il est iine soronde raison pour la(]uelle il convient aux rrlim«Mix de se croire comme tels, ù titre particulier, des enfants de Marie. Les familles religieuses p«*nNefit sr -l'trifier à bon droit de s'être d«- es

sous î»a nialernelle protection. Elle a veille .. . ur berceau; mieux encore, elle a présidé à leur naissance, et c'est entre ses bras cl de son cœur qu'elles ont reçu la vie. On est étonné de constater, en parcourant leur histoire, par quels faits pro\identiels et merveilleux cette bienheureuse Vierge a voulu montrer qu'elle les avait vraiment portées dans son sein, et qu'elles

(if BoMtMl. urm. pour ta f Ht dm Rotoirt, ftn h Qa.

lo8 L. v; ^ KTtFAXTt DB MARIR

loi (levaient, après son Fils, leur existence cl leurs procès. Il y aurait des volumes à faire sur cet inlé-

rcss ■ T'i ' ' ' 1 de la <■

fjrcr i'. de 1)1

composé tout un gros livre, pour montrer comment fous les fondateurs i ou de '

liçieuscs ont été siii^; .aent dév*.;.. . .. ... ..,

Dieu, cl plus sintruln^rement encore aimés et {»roi par elle (0.

L' : ar nomhrt' ' '

ou il n( de rollo .i

entre la Vierge Mère et leurs Instituts. Sur quoi pourtant le P. Philpin de l'Oratoire, dans son ouvrage de n nt'on Je Marie au fidrle et du fidèle à Mariera fait cette remarque assez surprenante au premier abord : «r C'est que les Ordres qui ne portent pas le nom de Mnric ou de quelqu'un de sr t '-néral, ceux à renfaritemerit <■ ^ présidé plus manifestement. II suffit, dit-il, de citer les Dominicains, les Trinitaires, les Rédemptoristeset les Jésuites » (a).

La reconnaissance que doit avoir tout fils de saint Ignace envers la Reine du ciel m'oblige à dire qu'elle s'est révélée d'une manière éclatante comme la >! ■ de la G^mpasnie de Jésus. Je m'en tiendrai d'aill à ce qu'elle fit pour la fondation de l'Ordre, sans 're suivre les effets de - «lion sur la

liCe, les travaux et la C' uon de cette

même Compagnie. On pourra mieux juger par là de la vérité que nous avons à mettre en lumière, je veux

(i) P. flippol. Maracci. Fundaioret JUariani... Roma«(iG43). la) R. P. M. Philpin, prélrc dr i <>--'■<■'• <• »■».• • ii i .- c II. i 3, p. 963.

en. V. — KHFANTs nnyiLBOiÉs 109

dire, de la coop<^ralion maternelle de la bienheureuse Viertre à la naissance des Ordres religieux : car, je n'rii ilicif;' priN, lous OU prcsquc tous pourraient enregistrer des lails analo^^ues.

La première pn^parnlion de la Compagnie de Jésus fut la conversion et la sanctification de son fumiateur: l'un • ' " lit, dans la pensée divine, ùTtruvre

qn I 1 pour la plus grande gloire de

Dieu. Or, il est impossible de ne pas voir dans ce double fait la main et le c«pur de Marie. C'est aux pieds de la Vier;,'e et prosterné devant son imajc que, louché d'un immense repentir de ses fautes, il se consacre par soD entremise au service du divin Roi. Consécrarrn*' i ' •• suivie d'une apparition nivslérieuseoù la'.: ), visitant son serviteur, lui apporte avec

son Fils Jésus le don d'une inviolable chasteté. C'est • !î' qui, la convalescence du vail' ■ • • ?,.

!' 1; à peine achevée, l'attire au ^ if

i rrat,où, troquantsesvètementsdef^nlilhomme

contre l'humble dépouille d'un mendiant, il offre à Notre ha me son épée et sa dague, et, dans la nuit qui préc»'«le l'Annonciation, fait devant son imasi^o la

l''bre oeiltée «/'ar/nwqui lesacrail chevalier de Marie. Uclj.' " I gravée sur le marbre

parler iscrrat, « il partit, en

■ '•aa, pour fonder la Compagnie de Jésus <

• conduisait toujours son serviteur, alia de le i . r à sa f*^ • ' • • lission. KUc fut avec lui dans

il w aude de , où il KC rendit en quittant

Monserrat. Une tradition respectable, rappelée dans le ((. * ' * n, le montp' ^ ■'■

Il ^ ^ > de Notre I '

pendant les huit derniers mois de son séjour A Mau

110 L. Mit. — LES ENrAXn OB MARJB

rèse (i). Et la preuve que c'était bien en vue de sa mission que la Reine du ciel l'entourait d'une protection si extraordinaire, ce sont les [taroles qu'il en« tcnJil murmurer très doucement à son oreille, alors qu'il partait de Monserral pour Munrèso : « Allez, I;,^nace, et accomplissez votre mission. » Or, hien que celte mission ne lui eût pas encore été pleinement révélée, la Mère de Dieu travaillait sans cesse à le rendre capable de la remplir. De là tant de g^râces dont il fut si souvent inondé dans la chapelle de Notre Dame de Viladordis, son pèlerinage favori, {>endant qu'il habitait Manrèse (2). De là surtout les lumières (]u'il reçut, dans cette bénie solitude, pour la composition de ses Exercices spirituels, manuel de ses futurs compagnons, écrit en quelque sorte, comme on a pu le dire, par cet homme sans lettres sous la dictée de Marie.

Les premières assises de la Ck)mpagnie étaient dès lors préparées. C'est encore sous le regard et sous la prolection de la sainte Mère tl,e Dieu que rédifice va s'élever. Lorsque le saint, quelques années plus tard, «ut réuni des disciples selon son coeur, où et quand lui et ces premiers compagnons d'apostolat se lièrentils par de communes promesses au service du Uoi Jésus? Dans un sanctuaire de Notre Dame, a le jour de l'Assomption, à Montmartre, près de Paris, et c'est là, comme sur une pierre inébranlable, qu'il établit les fondements de son Institut w, dit Benoit XIV, duns la Bulle Gtoriosae iJominae. Quelques nouveaux

(i) Nicrfnil.rrc, Vldtî de tan Ignacio, c. 4.

<•■ ;rjices est > - 'ml

hu. comme s es

cho^r■, ll:\l:lr^ ' T j.ii' i;ti i,n sât bien qu ( iic v";, au oc la .Mcre iir uieo, elle commença le i>ametii rt liait le samedi.

CH. V. — i;.\rA:<Ts privilégies iii

compagnons s'adjoignent, dans cette capitale, aux premiers. Ixurs eiu;fa:r<*nients vont encore être déposés a\ ' ' iirs frères aux pieds du môme autel,

eiiL- N de Notre Dame. Voyez maiiilenanl

celle Iroope héroïque quitter la France pour l'Italie ; c'est le Il<»saire suspendu au cou qu'ils voyas^cnl, même en traversant les contrées gagnées à l'hérésie : tant ils se rccoiinaissont comme l'appartenance de la Mère de

Dieu.

Or<l Ignace passe une année tout en-

tière .1 pour offrir dignement le divin

sacrifice; son recours est toujours à Marie. Sans cesse il In conjure de lui être propire auprès de son divin Fils. Cette longue préparation terminée sous le patronage de Marie, il va célébrer enfin sa première messe ; mais parmi tant d'autels que Rome lui prés i* ' ' 'isil l'autel de la bienheureuse Vierge, dans u lie de Sainte-Murie-Majeure, consacrée

spécialemenl à la Mère de Dieu. Encore un peu de ' riips et saint Ignace, élu malgré ses i ' .«s

ijciK rai de la Compagnie récemment appr ^ , ar Paul III, Ta pour la première fois recevoir entre ses mains la profession solennelle de ses religieux. C'est rnrnrrln I' 'inr du ciel qui préside à ces derniers engal;<'iii<iiI>.. I. < i «rmulc qui les exprimeen faitia mention expresse: » h'ffo N.tpromilto Omnipotenti DeOyCoram ejus Virfjine Mal' " 1 N., jr n au Dieu

tout-puissant, en /• de la \ -<i Mère ».

El pour que le dessein des nouveaux profès de mettre l'acte qui constituait définitivement leur Institut sous Ir • I' --i^ry Je Notre Dame frtt manifeste, et que le (M ;ii de l'œuvre répondit à ses ébauches, le

lieu choisi pour la profession, modèle et prémices de

lia L. Vill. — LIS tMTAJtn DE MAniB

tant d'niilres, fut une chapelle dédiée sous le vocable de Marie, dans la basi!i(]uc de Saini-Paul-hors-lcsmiirs. Ouedirai-je encore? A ces profès il fallait :■ i .,'Iise, el celle proiuièrc église fui \o(re-IJan\e <■ Strada; comme si, dit un historien du fondateur, n l.< " ' ne pouvait naîire ol si; <

guli' • dans les iimimmis di* I i

Vierge » (i i.

Si les K.rercices spirituels ont toujours été justement regardés comme IVune de la compagnie d' ' sus, c'est aux Constitutions de saint Ignace qu doit sa dernière forme. Or, de même que le saint composa les premiers sous !« ' , • " ' rations de la Vicrirc iin

protectrice et pour conseillère, quand il écrivit les secondes. Une tradition perpétuelle, pieusement conservée parmi ses enfants, l'atteste avec certitude. En dehors des témoignages sur lesquels celte tradition peut s'appuyer, elle a son fondement dans les note* spiritur" '.-■'•

lui de >

vons par le P. Louis Conçalvès à qui, sur les instances de SCS premiers compagnons, le saint dicta lui-ni un résumé succinct de sa vie, qtie a la bien!!-" Vierge se montrait 8ou%x>nt à lui, tanttU ini en sa faveur, tantôt le confirmant dans ses décisions h : ce qui lui arriva loiit ? ' ' ' ' -iij<'t des di.sp )silions concernant la pa

Arrêtons-nous sur ce court aperçu. C'en est assez, d'ailleurs, pourjustifier la croyance, si chère à tous les

(I) Bart'.li llilutrf ,{, tami I Terrien;.

cil r.NfANTS PniVtLBGllH 11 3

enfants du vénéré palriarche, que la Reine du ciel est, après Jésus-Christ, la fondatrice et par conséquent la mère de la r.onip;iy;^nie de Jésus. Et ce qu'elle fil pour le corps entier, Marie, comme tant de faits l'attestent, n'a pas cessé de le faire, dans une mesure à elle connue, pour chacun des membres. De là cette parole de saint François de Borsria, le second des suctvsseurs d'Ignace dans le gouvernement général de la Compagnie : c Je ne compterais guère sur la persévérance «le r«»Iui de nos religieux qui n'attribuerait pas spécialiMiient à Marie la grâce de sa vocation » (i).

J'aime à le répéter, il ne s'agit pas ici de revendiquer pour la Compagnie de Jésus le monopole de la protection maternelle de Marie sur ses origines; il y aurait la comme un outrage à cette mère commune des familles religieuses. J'ai seulement voulu montrer sf ■ «r un exemple ce qu'elle est et ce qu'elle

a l.:.i aent pour toutes, et pour celles-là surtout qui ont plus honoré et mieux servi l'Eglise de son Fils.

Et pour ne pas quitter cette matière, sans avoir au moins brièvement sicnalé quelques faits propres A justifier cette affirmation, je rappellerai particulièrement les ordres de (Uteaux, des'" ix,desCarmes et de Nolre-Uainc de la Merci. • , un des rejeloos les plus vigoureux de la souche patriarcale de

(M riintiilirr »ii'- t-r kinri Wiirif ri la Co-ni -i /nit Je Jctui. t'rlf».

' 'Mio. rJçrc

.^ tic Oa y

ituÉ M proicclioâ

' omoMiit la mf mr

>c *'c»lcflorfttc, d«u* umu icA Uuay, de recoooallre aa ti grand

LA HÉMa aaa aoiaa». — ». — I

"^ L VIII. — LES markîm db maku

sainl Benoît, dulson existence au bienheureux Albëric, sous le patronage de la Vierj^e, Mère de Dieu. Kllemôme, suivant une pieuse et vénérable tradition, remit au fondateur la substance des Constitutions qui de vaient le réçir, avec la coule ou robe blanche «{ui en serait le vêtement virginal. Elle même aussi lui promit d'étendre sa protection n! lieuse sur le nouvel Institut. Aussi, les i ^ \ de Cftcaux aimaient-ils à la regarder comme funif/ue patronne de leur Ordre, et se tenaient-ils eux-mêmes du fief de Marie (i). Voilà pourquoi toutes leurs églises étaient dédiées sous le vocable de Notre Dame, et Notre Seigneur, comme pour les récompenser de leur amour envers sa mère, leur donna dans saint Bernard le plus illustre panégyriste de ses gloires.

Ce fut également sous la très spéciale assistance de la Mère de Dieu que saint Bruno plara son h/Toîquc entreprise; et, par une suite romnic naturelle, un sanctuaire de Marie, la chapelle de CasaiibuSj devint le centre autour duquel fleurit la Chartreuse. On raf>porte môme que le départ prématuré du saint in '; tuteur, obéissant à la voix d'Urbain II qui l'api' en Calabre, ayant failli compromettre le succès de son premier établissement en France, cet éla! ' m fut

raffermi et reçut comme une nouvelle i c par

le vœu que, sur un avertissement du ciel, les saints relij^ieux contractèrent de réciter chaque jour l'Officr de la Sainte Vierge (a). C'est pourquoi Lansperg, un

irei.

trou. -,. , „,.„. , ..^i ,. , ...,., ^

Vi«rKr<>t M famille rclifieiue. Cf. Tissier, Btbltoth. Pf. Ctilereieru., L VU. p. >ii.

(•) Voir Nicolas, la Vitrye Mari* vivant dans CÊglne. l. Il, l. iii. e. 9.

— KNFANTS PRIVILEGIES

des fils les plus pieux de saint Bruno, déclare, dans une de ses lettres à un rclii^ieux de son Ordre, qu'un chiirtpfux ne doit pas seulement appeler Marie sa patronna, mais sa mère (i).

I>es Carmes ne sont pas moins redevables à la bienheureuse Vi.T'j^e, puisque c'est elle qui, dans un temps où l'Urdre du Carmel paraissait courir à une mine imminente, le sauva providentiellement, soit en lui conciliant la faveur des Pontifes et des princes chrétiens, soit en lui confiant, par le ministère de saint Simon Stock, le vêtement, svmbole et garantie de si consolantes promesse.^

Oii.int à l'Ordre de la Merci pour le rachat des chrétiens captifs chez les infidèles, la lég^ende du Bréviaire nous le montre directement inspiré par la Sainte Vierçe elle-m«îme, dans une triple apparition à Pierre Noiasquc, à Raymond de Pennaforl et au roi Jacques d'Araiçon : ce sont eux, en effet, qui, sous la motion de la Mère de Dieu, combinèrent leurs efforts

(O La \tXiTtc%\ trop btU< pour que je n'en drtaclie pas «u moio* le

4i- l< 1| U/MWv«^ ê^rU,, p. idi, *»{, Ct/lvUtM Â^ripl*,. i>rio.

t I 0 I LES BNPAirrs »B MAItlK

pour mener à bonne fin cette institution qui créa tant de dévouements sublimes, et arracha tant de mallieureux à la servitude, tant d'âmes aux périls où pouvait sombrer leur foi (i). Il fuu«lrait encore parler de l'Ordre de Fontovraull, fondé par le bienheureux Uoberl d'Arbrisselle, dans la touchante pensée de réaliser en }<cs monastères la relation filiale (jue le Seigneur établit entre le disciple qu'il aimait et sa dtvine Mère, par ce testament suprême : Femme, voilà votre fils; Jean, voilà votre mère (2); parler aussi de l'Ordre des Servîtes, dont l'existence même avait [K)ur but de servir la Mère de Dieu; Ordre si cher à Marie qu'elle-même, dans une vision mémorable, lui donna saint P!)ilip[)e Uenizzi pour en être le propagateur et la gloire.

Mais pourquoi vouloir poursuivre une énumération qui serait sans fin ? Contentons-nous de rappeler un des faits particuliers qui prouvent le mieux de quelle maternelle sollicitude la bienheureuse Vierge entoure les Ordres religieux. Je veux parler des apparitions dan> ' Ilcscett ■■ ' ' " ' •

non fois, les

teau. Voici quelques-unes de ces visions, dont rien, ce semble, n'autorise à mettre en doute l'auT

Un jour que le bienheureux Dominique >

à la pensée du petit nombre de ses premiers ci gnons, Notre Seigneur se montra à lui pour le consoler. Veux-tu, lui dit-il, voir ton Ordre? Et comme il répondait tout treml»l:nit : Oui, Seiirneiir, « le Sei-

< ' 'l'besM* de >

rjic' .1 la foi* \< ■>,

boi Ml U kijtriue t«i»Ululiaa

de >: .aier.

rxrA.NTS phivilkgics

g^eur posa la main sur répuulc de la bienheureuse Vier:;e, cl dit au bienheureux Dominique : J'ai confié Ion Ordre à ma mère... A ce moment, la bienheureuse Vierge ouvrit la chape dont elle paraissait revêtue, et l'étendant sous les yeux du bienheureux Dominique, de telle sorte qu'elle couvrait de son immensité toute la cèle.sle patrie, il vit sous elle une multitude de ses Frères... et la vision disparut » (i). Tel est en abn'iTH \f 1,-, il faii par Lacordaire.

Ln Voulez \ous un autre assez semblable? Au rapport de Thomas de Cantipré, un moine de Qteaux, de vie très sainte, eut un ravissement d'esprit, pendra-' ' • 'I il vil le ciel s'ouvrir et la très bénigne

M iirist apparaître, enveloppée d'une immense

lumière. Or, abaissant doucement les yeux sur son serviteur : « Afin, dit-elle, que tu les aimes sincèrement et que tu pries pour eux avec grande ferveur, je te recommande mes frères et mes fils. Le bon serviteur fut inondé de joie : car il pensait que c'étaient les frères de son Ordre dont la glorieuse Vierge se déclarait ainsi la singulière protectrice. Mais la Heine du ciel lui dit : J'ai encore d'autres frères que je conserve sous mon [>atrotiaij:e. Puis, ouvrant son manteau : Ceux que tu vois, lui dit-elle, sont les Frères de l'Ordre des Prêcheurs qui sont mes aimés et mes [•■■Mii-és » (a). Cette vision regarde l'Ordre de saint I ),.,,.;, .,*^ plut encore que les religieux de CIleaux, (jt soit très apte à montrer la fraternelle

alliance des différents Ordres sur le sein de leur commune mère.

lacordaire. î" >f. B.-iland. A(ta

>lB I . ILS EXFAXTS DB MARir.

Voici une vision où les Cisterciens sonl tout spécialement favorisés. Je la rapporte d'après la Triple Couronne du P. Poiré, lequel l'a prise lui-m*me dans le cistercien Césaire. « Il me souvient, dit le Père Poiré, de ce que raconte un dévot cl vertueux écrivain du même Ordre d'un sien frère de profession, homme très fervent et grandement spirituel. Il dit qu'étant un jour emjiorté en esprit dans le ciel, il y vil un nombre presque infini de saints, distribués en différents rangs et revêtus de divers habits, parmi lesquels, n'apercevant nul des siens, il resta aucunement troublé ; et n'ayant point de plus assuré refuge qu'à la Heine des Anji^es, il lui fil ses plaintes en ces termes : Sainte Vierge, que veut dire ceci, que je vois des bienheureux de toute condition et de toute qualité, sans en reconnaître un seul de voire Ordre de Ctteaux, qui, néanmoins, vous honore si particulièrement et vous chérit si tendrement? A quoi la Mère de douceur repartit : Mon fils, cesse de l'étonner : mes chers enfants de Ion Ordre sonl toujours sous mes ailes et près de moi; et, cela dit, elle ouvrit son manteau royal, sous lequel il vit un très grand nombre de ses frères et de ses sœurs, que Noire Dame tenait embrassés » (i).

La grande sainte Thérèse eut aussi la singulière consolation de contempler ses filles du Carmel sous le manteau royal de la Mère de Dieu, «t Un jour, raconte-t-elle au livre de sa Vie, tandis qu'après remplies nous étions toutes en oraison dans le chœur, la très Sainte Vierge m'apparut ; elle était environnée

(i) l'oirt. Triple conronme. i" Tr»iU. c. n, §5; Cipmu-., / L. ru. c. ko. Cf. Bolland. Act. SS., 4 Aag.. a. bïxj, pp. 467.

— EMfAKTS PRIVILÉGIÉS 1 I Q

d'une très grande gloire, et portail un manteau blanc sons lequel elle nous abritait toutes » (i). C'est donc n\' :iinle confiance qu'elle pouvait dire à ses

r»i - : « Louez Dieu, mes filles, de ce que vous

êtes Téritablementles filles de cette Reine du cieli>(2). La Mèr»* ilf hii^ii dais^na faire, à plusieurs reprises, une ffrùce scntM.tbIe aux religieux de la Compagnie de Jésus, comme si elle avait voulu les fortifier par là contre le«t rudes épreuves qu'ils auraient à subir pour le nom de son Fils. Parmi les enfants de saint Ignare, un des plus célèbres par son amour envers la très Sainte Vierge et par les faveurs qu'il en reçut, est sans contredit le P. Martin Guttiercz. Or, quelques années avant de périr, victime des outrages et des cruels traitements dont il fut chargé par les bandes hérétiques du midi de la France, il eut cette vision. M ■ ' le P. d'Oultreman (3), « se fit voir à

bi •• Iloync très richement esquipéc, toute

parsemée de pierres et de brillants plus brillans que le soleil ; et, sous sa robe royale, laquelle elle eslendoil bien au large, elle embrassoit tous les cnfans de la Compagnie, pour leur donner à entendre qu'elle esloit leur mère, et qu'elle les couvoit tous dessous les fsles de Si - '^^tion comme la poule fait ses p<>iis>ins I) ; Il « que tant qu'ils s'adresse-

roientA elle, elle ne manqueroit jamais de leur être

(i) rit, p !. du p. Rooix).

Page 1