‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 4)Chapitre 26 sur 119 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Marie mère du moade, — parce que c*est f^réce k la médiatioo que toute* choses odI été recréées, ennoblies, perfectioonéee.

I. — Reste la question de savoir si la maternité de Marie, qui comprend tous les ordres des créatures raisonnables, qu'elles soient des hommes ou de purs esprits, pousse plus loin ses limites, et s'étend jusqu'aux êtres dénués d'intelligence, jusqu'au monde de la matière. Evidemment il ne peut s'agir ici d'une maternité strictement dite,- ni même de la materniié qui coopérerait d'une manière quelconque à la communication de la vie divine, propre aux fils d'ado{>lion. Ni Dieu, ni Marie ne [leuvent avoir il'enfants adoptifs en dehors des natures raisonnables, puisque toute autre créature est radicalement incapable de recevoir l'être de ^râce et l'être de gloire. La question présente revient donc à chercher si le monde matériel a reçu de tels biens, par le ministère de Marie, qu'on puisse dire qu'elle en est la mère, au même S' ropre, toute proportion jrardée, que, dans

I I c, Dieu, parce qu'il est créateur du monde.

en est appelé le père (i).

Sur ce point, nulle controverse et nul dissent ment entre les docteurs. La ^'•"» >]e Dieu, notre mère, est

(i) Voir Job, zzznn, 8.

CB. VU. — LA MÈRE DU MONDE l/|<.)

aussi la mère de toutes les choses créées, la mère du monde. El voici les belles considérations par lesquelles le disciple de saint Anselme, tant de fois nommé dans cet ou^raîre, met en évidence et ce titre et les raisons qui lui servent de base.

Il commence son étude par jeter un coup d'œil sur l'origine des choses : comment Dieu produisit toute créature au ciel et sur la terre pour l'homme et pour la gloire de sa propre bonté; comment l'homme, la plus noble entre les natures sorties de la main du Créateur, se révolta contra le Maître universel des êtres et perdit du même coup, en punition de son crime, les prérogatives de grâce dont il avait été primili%'ement investi; comment enfin sa rébellion et sa chute introduisirent le désordre en lui-même et parmi les êtres de la création.

rt En effet, outre la confusion apportée dans leur concert d'obéissance par la présence du grand rebelle, CCS œuvres de IJieu, la terre, les animaux, le ciel, les astres souffraient une humiliation plus honteuse enr.»t'*. r'.'tail de se voir contraintes A rendre leurs servccs à celui pour lequel elles savaient n'avoir pas été faites, i^r elles avaient été créées de Dieu pour l'utililc d'un homme juste, et non pas au profit de l'homme injuste et révolté qui dominait maintenant sur elles; humiliation d'autant plus sensible qu'il leur fallait être continuellement au service de celui qui continuelle- I "^ ' T' .Or.cet état '

^ , ivée dans la cii r

[nous parlons, je veux dire de la bienheureuse Vierge Marie. Mais alors qu'elle eut apparu dans le monde, et donné sa chair au Fils de Dieu; alors que la nature humaine eut recouvré sa dignité primordiale

ido — LES KnrkTtn db marie

dans le Dieu qui naissait pour être l'un de nous. la confusion des êtres prit un terme, le poids d'injustice ({iii pesait sur eux s'allégea, tellement qu'ils cornmeiK'èreiit à récupérer la liberté de leur première création.

a Et certes, ce n'est pas merveille si la nature dont la liberté, selon la loi de son origine, était d'obéir ù celui qu'elle savait créé à l'image de Dieu, ne tint plus pour un joug d'ignominieuse servitude l'obligation d'obéir à l'homme, quand elle revit en lui, réparée par la grâce et par les œuvres saintes, la ressemblance du Créateur dégradée jusque là par le péché »» ( I

Voilà dt.mc i ii. ' ' ' \<m

matérielle a re«;u il< ^ : le.

Désormais, elle n'est plus avilie par la nécessité de servir un rebelle, un déchu. Elle sert encore : c'e^t là sa condition; mais elle sert une humanité relevée ; mieux encore, elle a pour roi un Homme Dieu. Eadmer, après ces premières considérations, reprend son sujet à un autre point de vue.

« Eludions, s'il vous plaît, continue-t-il, mais d'une autre manière, comment toute créature a été faite pour l'utilité de l'homme ; comment, par suite du péché du premier homme, celte utilité s'est en quelque sorte évanouie ; comment enfin, grâce à la bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, la création est rentrée dans le premier honneur de son utiiit-'*. L'homme... avait été créé de Dieu pour regarder constamment par l'œil de la contemplation l'ineff.tble beauté de son auteur. Mais, parce que le Créateur est

(i) EMlmer, dt EjxetUntia B. M., c. lo. P. t^ eux, S76, tq.

VII, L» MLlir. nu M^iSut-

un esprit s. ' - ' une tie ceux <jui

soni encore • , r ne peut s'ch'ver

jusqu'à voir, comme elle csl en elle-môme,l8 gprandeur :i«lmir;il»le de la divinitc^, il i>lul à Dieu dVlalcr devant 1rs re-aids de l'homme le spectacle du momie soii.silile, ;itin que la vue de ses beautés le portât jusqu'à la connaissance des pcrrcclions invisibles*.

n *? ■ ' '.hé des premiers hommes la rare

huti il tyranniser par les désirs de son

cœur, se roula dans le vice; et désormais ce ne fut pin- «nt la contemplation du Créateur qui s'éva-

niiu.: ... ..(", mais encore la salutaire méditalion de l'ordre admirable qui réçnc entre les choses créées.

V Vous voyez par là comment la dignité de la nalur

sombra, pr\r suite de la déchéance humaine. Les créa-

lures tlcv.iienl être comme une échelle qui permît à

l'homme de monter vers leur commun auteur, la con-

îiire le menant à la •

,. lies. Et cette dignité, ,

dirent du moment que personne n'était plus là pour

faire d'elles un si prolilable usage. Perle lamen*

"■•' • •scvérajnsqu'aujouroù l'.Vgneau qui détrut: - ^

lu monde, Ht son apparition dans le mt)nd(;

parle ministère de Marie. Alors, en effet, l'homme tnt

■ ' ' I naissance de Dieu, grâce à r.Agn- i

1^1 le reste des créatures revint à sa • i-

dition première et fut rétabli dans son antique lion-

rirtir i <. Or, ce grtiid bien à qui l'impulcrons-nouH,

'^ miuidiarti'' : IsdU ibuo*

l5a L. VIII. — LES ENrAXTS DB MARIE

si ce n'esl à celle dont le sein virginal introduisit dans le monde le Christ, sauveur de la nature humaine et, par suite, réparateur des p^ivii^ges de toute créature? Que celui-là donc qui nous a suivis dans cette méditation, estime tout ce que la créature intclliîrente ou privée de raison doit à cette très sacrée Vierge.

«f Car, enfin, pour le dire encore, toutes les choses que Dieu fit au commencement, si bonnes et si pleines d'utilité, déchurent de leur état primitif, comme nous l'avons fait voir, et n'y furent rappelées que par la très heureuse Vierçe. De même donc que Dieu, crt-ant tous les êtres par sa toute-puissance et les ordonnant avec une admirable sagesse, en est le Père et le Seierneur universel, ainsi la bienheureuse Mnrie, concourant par ses mérites à les réparer, rsl la Mère et la Dame de toutes choses...

« De même encore que Dieu a ens^ondré de sa substance celui par lequel il a donné l'être à toutes les créatures ; ainsi Marie a engendré de sa chair celui qui devait les rétablir dans la gloire de leur condition première. Enfin, de même qu'aucune espèce d'êtres n'existe, si le Fils de Dieu ne l'a faite, ainsi rien n'échappe à la loi d'une très juste condamnation , à moins d'y être soustrait par le fils de Marie. Qui <lonc, pesant attentivement toutes ces choses, d'un sens droit et d'un cœur sincère, ne percevra pas pleinement l'excellence de cette Vi<»rge par qui la nature des choses a recouvré des biens inestimables, par

liflD P(f hoOC r'i>rr> tvxrliirri t>r imii'f ni» til.in» miitulilia nilinHiim

rmondac ; unaquc ' ^

loDge mundiorcm •

Men, M fcbr.. pokt udea 3, de S. U]*»io, maru l'iclas nianan. Grat . P. I. n. aiS.

eu. VII. — LA MKRK DU MOXDE l53

qui le inonde a reçu la s^râce insigne d'élre relevé d'une déchéance si profonde » (i)?

H. ~- C'est ici que s'arrête Eadmer. Mais il aurait pu, sans préjudice de la vérité, pousser plus loin ces l>elles consuléralions. Le monde matériel, en effet, n*a pas encore atteint l'apogée de la gloire à laquelle il doit arriver, grâce à rinc^rnation du Verbe, et, par conséquent, grâce à Marie, sa mère. Les saintes F^rilures nous le représentent gémissant et souffrant fiicore comme dans le travail de l'enfantement, ou dans l'attente de la pleine adoption des enfants de Dieu (2). Mais lorsque l'adoption sera consommée, c'est-à-dire, lorsque, leur nombre étant rem[)ii, viendra la glorification finale des élus, alors, suivant la promesse du Seigneur, la demeure actuelle de l'humanité régénérée sera transformée comme eu.\. « Il y aura de nouveaux cieux, une terre nouvelle, où n'habitera que la justice u (3), et la nature entière respl' ' ' ' -autés que, même à son origine et dans \'v ice, elle n'avait jamais ni connues ni

même soupçonnées. Et ce renouvellement admirable sera, comme celui qui l'a préparé, l'œuvre de Marie par Jésus : tant il est vrai qu'elle mérite justement ce beau nom de A/t're du monde.

\jc disciple, dans les pages que je viens de transcrire, était l'écho de son illustre maître. C'est ce que [»r<)uvo le passage suivant, tiré des Oraisons de saint Anselme. « Les astres, la terre, les fleuves, le jour^

ni Zêimrr, l.«.,9. Il* IM HtMa., Tin, t«. «{• (3< Il Pclr., ni. r.

l54 L. VIII. — tes ENFANTS DE MAAIB

la nuit, toutes les choses, en un mol, qui ont été ^oil pour obéira I! >;

, loul cela, ô ma ^ . . - ic j a .r

été rétabli par vous dans son antique gloire, et revêtu d'une nouvelle et incITublc grâce. Ces créatures étaient comme mortes, depuis qu'ayant perdu leur <Iignité native, qui faisait d'elle les servantes des serviteurs de Dieu, elles étaient devenues, par une honteuse oppression, des instruments dr>' ' vice des adorateurs d'idoles pour «ji pas été produites. Rentrées maintenant sous l'empire des vrais adorateurs de Dieu, et ennoblies par Pu qu'ils font d'elles, c'est comme la joie d'une résuii- . tion. Mais ce qui les fait tressaillir surtout d'une allcg-rcsse inexprimable, c'est de ne pas sentir seulement, au-dessus d'elles. Dieu leur Créateur, qui les i vcriie iavisibicmeut; c'est de voir, au milieu d'ii le même Dieu Créateur, descendu visiblement pour tout sanclifier. Or, à Marie, tous ces biens elles

vous les doivent. irr;*rf riti fniil fn'ni *J(» %•<!< |i<>flicS

entrailles...

« Oui, la nature entière est la création de Dieu, cl Dieu lui-même est de Marie. Dieu a tout créé et Dieu a été eufjnté par Marie. Dieu, qui a tout fait, s'est fait lui-même de Marie ; et c'est ainsi qu'il a refait ' 'ii( ce qu'il avait fait. Qui a pu faire de rien toutes M i^cs, n'apas voulu les refaire, après qu'elles furent dégradées, sans Marie. Dieu donc est le père des choses créées, et Marie la mère des choses recréée.^. Le père ()ui a constitué toute créature, c'est Dieu ; et la mère qui les a rétablies toutes est Marie. Eu elTet, Dieu a engendré celui par qui tout a été fait, «ans qui il n'y a rien ; et Marie a enfanté celui par

en. vu. — LA MCIXS DU MONDK 100

qui (oui a ék^ sauv*^, sans qui rien n'est dans l'onlre (ôene) B (i).

Ve laissons pas sans réponse une objection qu'on pourrait opposer aux premiers développements donnés par Eadmer. Est-il vrai que les créatures doivent à Marie par Jésus, son Fils, d'être redevenues en fait, ce qu'elles étaient à l'ori^'ine et dans l'intention do leur auteur, le livre où les hommes lisent la gloire et les perfections de Dieu? îçnorez-vous donc l'usage qu'en ont fait, avant la venue du Christ et de sa mère, tous les saints de l'ancienne Loi, pour louer et glori- 6er les divines magnificences? « Les cieux, chantait David, racontent la gloire de Dieu et le firmament rend lénxtignagc à ses œuvres » (2).

Non, certes, je suis loin de méconnaître avec quel m- " \ lyrisme les prophètes ont reconnu et céléb . ; dans ses ouvrages. Pourtant, il faut observer ici deux choses. Tout d'abord, si admirables que paraissent les élévations des prophètes, contemplant les beautés invisibles du Créateur à travers les œuvres de ses mains, c'étaient là des |)hénomènes relativement bien rares. Regardez au delà des frontières du peuplt ' (lù Sont-ils < ' savent lire le nom du

M dans le ciel. .1 ooinme un livre sur

.9. V. àt. p. L

lor

II* t'H>-

.kic da

\*i \rw»im., XMU, I.

l5G L. Vlll — LES C.NFAltTS Dl MARIB

leurs têtes, ou dans les êtres plus humbles qu'ils foulent à leurs pieds? La Sagesse^ dans un chapitre célèbre, nous dit assez clairement que, sauf des exceptions dont le nombre est connu de Dieu seul, a les hommes n'ont pas su des biens qui paraissent, s'élever à comprendre celui qui Est ; qu'ils n'ont pas, en considérant les œuvres, connu quel était l'ouvrier » (i). Et saint Paul, dans son épîlre aux Romains, confirme le témoiçnoije de la Sagesse, quand il nous montre les doctes même, parmi les Gentils, qui s'évanouissent dans leurs pensées, échangeant la gloire du Dieu incorruptible contre l'image corruptible de ses créatures (2).

Et maintenant, jetez les yeux sur les peuples chez qui Jésus et sa mère ont établi leur empire, et dites, après cela, si la connaissance de Dieu par les créatures, constatée dans les anciens âges, ne doit pas être comptée pour néant, quand on la compare à celle qui nous est venue, depuis l'enfantement de la Vierge immaculée, grâce aux Ilots de lumière répandus par lui dans les esprits et sur la création.

Ajoutons une seconde réflexion non moins décisive. Cette connaissance elle-même des choses divines, puisée dans la contemplation des créatures ou nourrie par elle, qui nous est offerte sous l'ancienne Loi, d'où venait-elle sinon de la même source où nous la trouvons nous-mêmes ? Jésus-Christ et sa mère ont rayonné sur le monde, avant d'y recevoir une existence mortelle, tout comme lesoleil envoie les prémices de sa lumière aux régions sur lesquelles il ne s'est

I) Sap.,xiii, I, «qq.

a) Rom., I, 91, s3.

CH. Vil. — LÀ MÈRK DU MONDE l57

pas encore levé. La grâce du Christ a devancé le Christ. De oiéme donc que les hommes furent sanctifiés par elle, avant que le sang du Calvaire eût de fait payé la rançon des coupables, ainsi la lumière dont Marie fut la source, en enfantant le Verbe fait homme, a reflué sur les siècles antérieurs, moins abondante, il est vrai,

m.i" v ' -ant d'éclairer les yeux qui ne se

ffi : iiémenl devant elle.

Voulez-vous encore une considération bien propre à mettre en relief la dignité dont la nature corporellr est investie, grâce à la Mère de Dieu *? Sans rappeler quel incomparable honneur c'est pour elle de coopérer, dans les sacrements, à la production de la grâce, i la sanctification des enfants de Dieu, je ne veux la voir que par le côté qui se rattache à sa déchéance ; et là aussi je la trouve admirablement relevée par 1*1!^ de la Mère de Dieu. Car elle est devenue

liti al de la divine miséricorde pour tailler et

polir par les souffrances qu'elle leur cause, et par les sar ri lires dont elle fournit la matière, ces images >ivaulesdu FiLs de Dieu qui sont les Saints. Enfin, pour ne rien omettre, ces créatures sensibles ont encore la gloire d'entrer par rassimilaliondans la conslit' ''me des enfants de Dieu, devenant la chair

di -^ iir, et les os de leurs os, pour être un jour en eux participantes de l'éternelle gloire. Que dis-je? Leurs privilèges montent plus haut : car je les vois par une partie d'elles-mêmes concourir à la formation de Thumanité du Sauveur, et, par conséquent, arriver purifiées et transforméen jusqu'à l'être personnel du N ' ' '' 1 ; tandis • ' ' ' ' ' l.icréati»)n

Il istraite à , n ^ »• des dé-

mons, est déftoi mais le temple dont ce Verbe fait homme

|58 L. VIII. — LES KNrATtTS DE MARIE

csl le Praire cl le Ponlife. Voilà, du moins en raccourci, ce que la nature sensible doit à l'Incarnation; u'elle a reru, par ccui ' t, de Marie, puisque

j s lui sommes reJeval' c grand myslère.

Est*€e tout? Non. Si je veux avoir la pleine et totale int«'lliç«'nce des biens que l'univers matériel a reçus de Marie, je dois la conlcmj»ler elle-même avec son divin i'ils au sommet de la création, dans toute la splendeur cl le rayonnement de leur beauté : car ils lui appartiennent l'un et l'autre, au même titre que nousmêmes en faisons partie. Voyez celle bourgade perdue dans la solitude. Qu'un roi magnifique y vienne Cxer sa demeure, accompagné de sa mèreel des grands officiers de la couronne, comme tout change pour elle, et quel éclat va succédera l'humble situation d'autrefois! Faible image de la transformation qui s'est faite dans le monde, grâre à la Mère de Dieu. Dril a son Roi, le plus gIorieu.\ cl le plus victon rois ; il a sa Heine, portant au front la plus splendide des couronnes, après le diadème du Uoi ; il a celte multitude innombrable de Saints, le plus bel ornement du monde, cortège incomparable de la mère et du Fils. Après lui avoir apporté tant et de si grands biens, peut on nier que la Vierge bénie ne soit jiisleinenl saluée par le monde comme sa Dame, sa ileinc et sa Mère?

Aussi, je ne m'élonne pas de le voir prêter avec joie tout ce qu'il y a de plus précieux, de plus pur, de plus fécond, de plus beau, pour symboliser les attributs de cette divine Vierge. Marie est l'élcile de la mer qui nous guide au milieu des ténèbres et de la tempête; l'uurore qui promet le soleil; la lune dont le pudique éclat nous éclaire dans la oui ; la douce

X MÈHB OU MONUe lUQ

toison sur laquelle la rosée céleste tombe sans bruit ; la tige immaculée d'où sort lu fleur à Jamais bénie qui récrée le terre. C'est le champ o;'i < nl-

ture humaine le froment de Dieu ; i ^ ■■-[>•,

la fontaine des eaux vives, la tour d'ivoire, la porte du ciel (i). Plus tard, s'il plaît à Dieu, nous étudierons l'usage universel et constant que nos saints docteurs util fail de ces emblèmes, empruntés aux choses de Id nature physique, pour la louange de Marie.

C' ■ ' "atures insensil)Ies île

reiiL ^ ue à leur Libératrice,

en se pliant au symbolisme qui la glorifie. Autrefois, (! uis un disours de Gerson, nous avons entendu la Nature qui sofTrait à parer Marie de tout ce que ses trésors renfermaient de richesses et de beautés. Oui, lui dirons-nous avec le pieux chancelier, tout ce que *■ ■ -le pour elle; jamais vous ne lui IL* partie de ce que vous devtz en recevoir. Si loin que vous portiez vos libéralités, vous '■••rr/\'\' 'l'on ne vienne donc plus non

thcT Ji , icr trop de fleurs, trop d'oru . :. ,

trop de splendeurs pour orner les autels et les sanctuaires de la Mère de Dieu . Si les choses inanimécï^

[H.tivaient avoir h* sentiment de ce qu'elle a '''*' -

lUes, ce sérail leur jijie la plus pure d'être co,.

à son culte. Car, encore une fois, elle est leur bienlai-

lîirr!;i pîii- ' -M, diins '

Nuu-s qui char;irés , «

leur fin, ne crai^rnons pus qu'elles nous reprochent

l'avoir alms.- dVll-s. pnroe que nous aurons

t •ii|.iw,e leurs trésors et leurs grilces à glorifier Marie.

M Voir l** rartit, p i>o.

l6o L. VIII. — LES ENFA.'VTS DB MARIE

Je me figure qu'en voyant les anciens solitaires s'enfoncer dans les réglions les plus désertes, et construire là de modestes sanctuaires à la Vierge, les vallées, les hois et les oiseaux ont dû tressaillir, heureux d'offrir et leurs retraites et leurs ombrages et leurs chants à la Heine du monde et de tout ce qu'il renferme ; car désormais c'est leur rôle et leur desliiu'» '' rer par nous la commune libératrice et la • ic

mère des êtres créés.

111. — Jusqu'ici tous les chrétiens, savants et simples fidèles, sont d'accord; mais les premiers se partagent sur une question connexe avec la précédente. Il eu est, en eflct, qui ne se contentent pas de saluer en Marie la Képaratrice du monde, la Mère de la nature rétablie dans son antique honneur, et glorifiée même au delà dece qu'elle fut à l'origine de riiuiiianilé. A les en croire, c'est pour sa gloire que, dans les premiers desseins de Dieu, le monde fut tiré du néant. Elle fut, dans le plan divin de la création des êtres, la première après Jésus-Christ, son Fils. Leur pensée se résume dans ces quehjues mots attribués à saint Bernard : « C'est pour elle que toute l'Écriture a été inspirée; pour elle que tout le monde a élé fait u (i).

Donc, l'univers, et tout ce qu'il renferme, a élé voulu de Dieu pour être, non seulement après la chute ei par la réparation, mais dans son état originel, l'empire du Dieu fait homme et le douaire de Marie. Anges, hommes, mondes ont tout reçu en vue de l'un et de

(il De bac el ob bsOC cl propter banc uinni^ .^rrït'Uira fnrt.i rit

'aoc lotu« tnuodus factut est • 9. P. L. CLXXStV, <<>^- l' ^^'

iKc TiC soot pas du saiat abb^ de Clairraux, comme li a cic d' ja iniuaique.

en. va. — LA Mins du moxdb i6i

l'aulrc; tellement (ju'on ne saurait faire abstraction .!»• ! ■•' future de la mère et du Fils, sans dé-

-i.i:. ..... .j projet primordial du divin architecte, et

riM-ttre de côté ce qui fut la raison de tout Tédifice. I. absence du Christ et de Marie dans le monde eût • '■ -• nrnt de toute la création : car ils étaient , > dans la pensée divine. les premiers dans

la volonté créatrice.

A- là une o|Jiiuoii ij'i il est permis

de II- . . ..-lie, si on la juge appuyée sur une

base solide. Le dançer serait de ne pas donner une i-i.'c suffixamment juste du doirme de la Conception :!.e de Marie, c'est-à-dire, d'écarter l'élément /•l'a //on qu'il renferme; comme si la bienheureuse Vicriçe, à raison de la prédestination plus haute qui l'a r " du Christ avant d'être fille d'Adam, a avuil c - d'aucune manière, je ne dis pas le

|>éché d'ori^ne, mais la dette du péché. Pourtant, m"-; > . ;. ril mis à part, je ne saurais souscrire à .lu bniUulc théorie. Ce qui m'en détournc,cc sont 1 .tbord les textes mêmes que je citais tout à l'heure, el d'autres semblables. Marie s'y montre, non pas la mère des * réécs, mais

e et, par en a, comme la

mère du monde récréé, refait, réparé : ce qui va dia- ' contre l'opinion dont je me s«*parc. C'est pensée, si commune parmi les écrivains il s, que Marie doit faire en tout cl partout miséricorde, parce qu'elle n'existe que pour \ch ' ' ' 'le, s'il n'y avait pn^ eu de pécheurs, eu non plus «le Merc de Dieu. C'est, enfin, le tentimeiit à |>eii près unanime dei Père», d'après lequel rinrnrnation suppose le péché; Icllc-

iCa 1. VIII. — LES BNFAXTt DB MARIB

ment que la raison déterminante «lu mystère soii uniquement la réparation du môinc [«'rlié ( i\

Du reste, il s'en faut de licaucDiip (juu ii ?» ««'p''" ments, allégués pour étaMir l'opiiiioii contraire, aient la valeur qu'on leur suppose. Le monde, même dans rijy|i ' ■ \i Jésus-Christ et sa divine mère ne l'eussent ; \é par leur présence, n'aurait pas cessé d'être une œuvre digne du Créateur. N'e.Ht ce pas une thèse absolument certaine que Dieu pouvait le produire, sans décréter l'Incarnation de son Verbe (a)? Et, dans la même hypothèse, le Christ et Marie n'eussent pas cessé, non plus, d'èlre les premiers dans la pensée divine : car, sans les appeler à l'existence, il [)ou\ait, dans son infaillible sagesse, les estimer l'un et l'autre comme une œuvre qui surpasserait incomparablement tout autre ouvrage de ses mains. Enfin, pour ne rien omettre, ce n'était pas une nécessité de les faire entrer dans tout plan de création, pour qu'ils devinssent après Dieu, par le fait même de leur introduction dans le monde, la fin des êtres créés. Il est manifeste, en effet, que, le mystère de l'Incarnation une fois supposé, j'entends le mystère tel qu'il s'est opéré jiour le salut des hommes, le Christ, et dans un ordre inférieur la Mère du Christ, doivent avoir la primauté sur toute créature, et que toute créature doit chanter leur gloire. Non, je n'ai pas besoin de me figurer un Christ dont l'existef!'" -'T''» mc!-

(i) Voir l- Pdrti». L. «. *•. i : II» Pnrt'ti'. L. nif.c, «.

s 1 naiuraij : ra ordinctur lo Dcum sical ifl lioieio

(3j 1 l'eu- , II. 17.

en. vu. — LA uinK ou mondf. i63

pendante de la rédemption, pour me représenter les bicnliiMireux habitants du paradis allant du trône du du FjIs an trône de la mère incliner leurs palmes, <k'poser leurs couronnes, et porter avec l'Iiommage de la création tout entière l'éternel alléluia de leur culte, de leur reconnaissance et de leur amour

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