LE CULTE DE LA SAINTE YICRGE
le suj : . .. wù celle aulrc conséquence que, phis une personne nous est élroileincnl unie, plus, à raison de ce tilre, elle a droit à notre amour. Et voilà pourquoi, l»ion que notre prochain soit meilleur el ; ' rhé de Dieu que nous-nu^mes, il n'en faut j ijue nous devions l'aimer plus que nous-mÇmes, attiMulu qu'il ne nous est pas identifié comme nous le sommes à nous-mômes (i>. D'où cell»* conséquence aussi que, toutes choses ég^ales par ailleurs, ceux-là doivent bénéficier davantage de noire charilé à qui
nous attachent plus intimement el plus pr-^ ' * - t
les liens formés par lu nature, par les extérieures de la Providence ou par la çrAce. Ainsi, pour donner qu« ' «'mplrs, un fils pf " ■ 'l'a-
mour son père et • à des parents pi .iiés;
un voj-as^eur, dans un pays lointain, le compatriote qu'il y rencontre un membre d'une société reliirieuse, ceux qui partag^ent avec lui la même foi, les mômes fnsrnirrnx'nls, le même esprit (2).
itubi» quam extraoeu rirUiosi» ■. i». Tbom., 3«,
e là
'l t Ull.L^Ml. LA M» Ht. II». liIlM.I. J'2l
US nous de h\ pour le a///e , IIS à la sainte Vierge? Le
«Iroil pour Marie de tenir, après Dieu Notre Seigneur, la première place dans cet amour; une place al)solument incommunicable à toute autre créature : car les deux mesures de la ciiarilé concourent harmonieusement à la lui assurer. Prenez la première mesure, et dites-moi si vous tr(»uvcz ou ciel et sur la terre une créature excellente ciunrne elle, participant comme elle aux perfections de la bonté divine; une créature unie comme elle à la source de tout amonret de tout bien, la divinité. Mais c'est la considérer comme Mère de Uieu.Ueçardez-la maintenant dans sa qualité de Mère des hommes, »t, prenant la seconde mesure, voyez s'il est au ciel et sur la terre des liens au«Jsi forts, aussi puissants que ceux qui unissent une telle mère j\ nous, ses fds. Si \(>us trouvez dans cette innombrable armée des voyaifi'urs ou des élus une seule créature à qui vous soyez ri(it\ables à l'égal de Marie, je vous permets de la faire passer avant elle dans votre culte d'amour. Mais si toutes ensemble ne vous sont pas ce qu'est [>our vous cette tout aimable mère, concluez de là qu'A tous les points de vue c'est elle qui mérite et réclame à meilleur droit, après Dieu, l'amour, cet hommage de
ir.
Ire conclusion, sortant des mômes principes. et que nous avons déjA touchée, demande encore une nit'iilion toute spéciale. Sans doute, la bienheureuse
\ JCfiJC est dans un --■•ns vi'i.l il.îi- l.i n-im> i-l !;• nièir
'•>n*rk(l*itn»o> <{ti*l /Un pof1« Im foolM à LoiirdM plalût qu'à millr
r voM «Mifocrâi U m*mr csum : c'nt \k i\w
rtoM à iMMU par m prcMoct Maiibl« «( |>ar
23 2 - Ll CULTS nB L4 tAHOS VICnOB
des esprits ang-éiiques. Elle n'est pourtant à leur égard ni mère ni reine, comme elle l'est pour nous : car elle n'a pas eu dans leur sanctification la part qui lui revient dans l'ordre de notre salut (i ). Donc, -X regarder la seconde mesure, ils ne sont pas tenus de l'Iionorer et de l'aimer comme nous. Que les Chérubins cl les Séraphins l'emportent en amour, en vcnéralion, quand ils contemplent en elle la Mère de leur Dieu, tout inondée des splendeurs de la grdce et de la gloire, je n'y contredirai pas, ei mon bonheur sera toujours de me voir dépassé par eux et par des milliers d'autres dans la glorification de ma mère, pour autant toutefois que cette infériorité ne vieiitie ni de mon ingratitude ni de mes négligences. Mais, encore une fois, mon amour doit avoir un je ne sais quoi de tendre, de confiant, de filial, de familier même qui ne convient pas au leur; et cela, parce qu'elle est ma mère comme elle n'est pas leur mère, et que je suis, moi, son enfant, comme ils ne peuvent se flatter de l'ètn*
Ajoutons, en passant, une dernière cunsiticral:on qui confirmera ce que nous venons de dire. Judith, cette femme héroïque qui saura le peuple d'Israël, au péril de sa vie, ne pouvait être connue sans exciter l'admiration des peuples. Pourtant, c'était aux seuls juifs qu'il appartenait de sortir au-devant d'elle « et de lui chanter d'une même voix : « Vous êtes la gloire de Jérusalem, vous êtes la joie d'Israël, vous êtes l'honneur de notre race » (2). Pourquoi parler de Judilh, quand nous, Français, nous avons un exemple qui nous touche de si près? Jeanne d'Arc est aujourd'hui
(1) Voir II» Partie. L vin, c, n.
(a) Jatiilb, xr, 10.
ea. III. — CE QUI nÉCLAXB LA Mèni DE GRACE 223
louée dans le monde entier; mais notre devoir à nous c'est de lui rendre une gloire de choix, parce qu'il a plu à Dieu de Tattacher à nous par des liens plus étroits, soit en la faisant naître de notre sanç, soit principalement en sauvant notre patrie par elle. Donc, et c'est la conclusion qui s'impose, le culte d'amour que nous devons à notre mère du ciel est vraiment un culte d'hyperdulie : car il n'est personne parmi l'innombrable armée des élus qui soit si près de Dieu, personne, non plus, qui nous soit uni par des liens n1 flirts et si sacrés.
IV. — Aussi bien, est-ce surtout l'amour qui fait pour ainsi dire, le fond de tous les hommaj^^es des plus dévoués serviteurs de la V'ierçe envers cette très douce mère. Saint Alphonse de Liguori, dont personne I ' ' ' Ire dévotion pour elle, ne pouvait se
re son amour, comme en trnioigne son Ix-au livre des Gloires de Marie. L'aimer, c'était aussi la pensée constante du jeune saint qui fut Jean Bcrchmans. « Je veux aimer Marie, je veux aimer Marie w, se répétait-il souvent à lui-même. (Jue dirai-je d'un autre saint, non moins admirable que lui par son innocence et par sa dévotion envers la tout aimable M«'re de Dieu? Stani>l.is Kostka avait pour elle une aiïeclion si vive et si tendre qu'il suffisait de l'entendre parler de M.irie pour se sentir briller au Cfrur d'une aiïection semblable. \j\\ jour, est-il raconté dans son histoire, interrogé s'il aimait beaucoup Marie : c Elle est ma mère, répondit-il. Que puis-je dire de plus w? Kt cpla, racontait son interlocuteur, fut dit d'un r M jHTw'tré, d'une voix si émue, d'un air si aiïrcln qu'on eût crût voir un ange parlant de l'amour de sa
aa^ - LB CULTI Ol LA 8AI!«TB VIERGB
Reine. Non moinsbrùlant fut l'ainourde saint Louis de GonzBî^ue, le frère de ces deux jeunes saints. Au tetii nom tic Marie, il setituil son cœur l> " que la tlainnic intérieure qui le coiisi sur ses traits et frappait tous les regards. A ces exemples saint Alphonse en ajoute une multitude d'autres. Ils nous montre le liienlieureuxllermann .losepliappelant Marie son ^/)o//5<' (/'amour; saint Philippe de Néri, la nommant ses délices; un autre, qu'il croit être saint Bonaventurc, lui protestant qu'elle était non pas seulement sa dame et sa mère, nmis son cœur et son âme ( i ) ; saint Bernardin de Sienne, lui donnant le doux titre d'amante; saint Bernard, ou plutôt un pieux auteur
caché sous '^"H ntitn. 1.1 li;iil;mf Af r/ii<i.\-yr//\r (//:<{
cœurs (a).
Ne craignons pas de citer t|Uflque.s autres de ces traits où se révèle l'immense aiïection dont le r -vdes Saints brillait pour la Mère des hommes. Ici, i voyons saint François Solano, comme transporté d'une sainte folie d'amoiir, chanter en s'accompau^iiant d'un instrument de musique, devant une image de la Vierge; voulant, disait-il, à l'imitation des amants du monde, donner une sérénade à la reine de son cœur. Là c'est Charles, lils de sainte Brig^itte, qui proteste n'avoir pas de plus grande joie que de savoir combien Marie est aimée de Dieu; prêt, disait-il, à souffrir toute peine, à renoncer môme h la gloire du paradis, si celle gloire était sienne, pour qu'elle-même fiU toujours souverainement glorieuse et souverainement
Hegina, lif-ja citée» pàua haut.
cil. Ht. — ce QUE HéCLAUe LX MÈRE DE URACB aa5
aimée. Ailleurs, c'est le pelil enfant qui deviendra plus lard saint Alphonse Rodriçucz, allant, dans IVxrAs de son filial et confiant amour, jusqu'à dire nuhcuient à Marie : « Ma très aimable mère, je sais combien vous m'aimez; mais tous ne m'aimez pas autant que je vous aime » (i). Faul-il par! rc
de ceux qui, comme sainle Radeçonde, ni; :U
pas, dans les transports de leur amour, à g-ravcr avec une poinle de fer l'aimable nom de Marie sur leur poitrine, ou nit^mc à l'y imprimer à l'aide d'un fer rousse, afin d'en rendre l'empreinle plus profonde et plus iiittf.irable? Faut-il enfin rappeler des vœux ardents r, - ix-ci : « Je voudrais avoir tous les cœurs
«!• cl des Saints ptjur aimer Marie comme ils
l'aiment; je voudrais avoir les vies de tous les hommrv ['«tur les c«>nsacrer toutes à son amour » (i).
1 uul cela montre bien que, dans le culte de Marie, c'est l'amour qui prime tous les autres sentiment*:. Du r- ' • il n'est pas nécessaire de recourir au lémoi.
i • ■" en éirr ~ nru ; pas plus qu u i\r
!.' j»pcl à !.. si l'on voulait prou-
ver que le principal devoir d'un enfant envers sa mère ner. En cffel, et no«i^ " -. déjA fait re-
, . il y a dans le cœur d-, liL-ns je ne sais
quel instinct, imprimé par la grdce de leur baptême, 'i': îeamour t vers elle. L'enfant bap-
ii ' XI de .Marie, qu'à la vuirn — ■
pour tendre SCS bras, c^-.
aaG II. re i>e la salntk tierce
on le fiiU, «Jcv.itii une mère. II l'aime sans effort et comme naturellement, dès qu'il «ait qu'elle est la Mère de Jt^sus et sa mère à lui. Nous avions donc raison 'le le dire, la maternité - ■ " ' ' ' -'-■:■- y- ■ -^ introduit, ou du moin >
son culte le caractère d'amour, principal élément de tout culte religieux, surtout dans la nouvelle Alliance. J'ai dit : principal élément du culte religieux. Sans doute, à presser les termes, comme on le fait en Irai" tant scienlifiquemment des vertus infuses, l'amour n'est pas l'acte formel du culte soit de latrie, soit de dulic. Mais il en est l'Ame et le complément. El, remarquons-le bien, cet amour de la Mère de Dieu chez ses «•nfants n'enlève rien i leur vénération pour une dignité si haute, comme la vénération n'ote rien a l'amour. Il doit répondre de tous points aux qualités de celle qui en est le bienheureux objet. Donc, il est fait tout à la fois de respect et de tendresse; s'il s'abaisse devant tant de grandeur, il s'en réjouit plus encore ; s'il admire une puissance au-dessus de toute puissance rréce, sa confiance s'en accroît d'autant , puisqu'il sait (|ue ce pouvoir est celui d'une mère.
L'amour porte à l'imitation. C'est un des caractères sur lesquels ont toujours insisté les .Saints, quand ils parlent de la dévotion que nous devons avoir pour Marie. Ils nous la montrent comme l'exemplaire parfait. Parfait, parce qu'il n'est aucune vertu dont il n'offre en lui-même le plus achevé modèle. Parfait, parce qu'il peut nous procurer surabondamment les secours nécessaires pour le reproduire en nous. Parfait surtout, parce que ses amabilités ineffables, nous provoquant à l'aimer, sont (»:ir là nj(}me un stimulai t très efficace à l'imiter.
en. m. — ce qub reclame l4 uerz ok cnAcs 227
V. — Je ne voudrais pas quitter celle matière sans l»arlor de qucKpies manifestations d'amour envers la bieiiluMireust' Vierge, rapportées et même conseillées par de pieux auteurs, et passionnément critiquées par (les écrivains protestants ou jansénistes. Telles sont, d'abord, certaines formules extraordinaires; telles aussi de petites pratiques où la dévotion filiale des enfants de Marie s'est maintes fois épanchée.
rommenrons par les formules. Je les prends dans les /tijilytjurs de Marie d\ï P. Tliéopliilc Raynaud. Voici les principales : Je voudrais être le maître du monde pour en <»'t!rr l'empire A la Mère de Dieu : souhait «iouhicmcnl absurde, objecle-t-on, puisqu'il est également impossible à la créature de posséder et de donner l'empire du monde. — Je voudrais céder à Marie la place qui m'est destinée dans le royaume des cieux, s'il ne s'en trouvait pas une pour elle : souhait chimérique encore pour ces deux raisons, que personne I ' ' ' ' ' ' '(iide, et que celle de la
^ , plus assurée que toute
H,'i> . Si j'étais la Mère de Dieu et qu'elle fiU ellem MM" ce que je suis, volontiers je me dessaisirais de '• «nilé de mère pour renrevôlirelle-méme : pué- <*, puisqu'elle porte sur des hypothèses sans fondement et contraires à la nature même des choses. ~ Plutôt l'enfer que de v(»ir .M;» r ' "'•-desa
(liMip- inaternité : comme si \\h\ \ *r l'en-
fer, ou comme si l'acceptation d'un semblable sup- I (re un moyj'n di* conservera la
> - ;.... .unité. — <) (Ihrist, «5 mon Dieu,
!•• N "US Mme pour l'amour de votre mère : ce qui ] Ml. lit aller contre la nature même de la charité qui
i28 — H: CVLTK IlE LA SAINTS VICROI
nous fait aimer, non pas Dieu pour la rrj'ainrp, mah la créature pour Dieu.
Que penser de ces formules cl des ci jIkjwcs dont elles ont été l'objet ? Quant aux formules, le 1*. Théojiliile Heynaud se plaint vivement qu'elles aient été publiées de son temps, avec d'autres du m^me genre, dans un livre qui, prôné par les fromr '" ''' /" '*<*nomrnèe, vit se multiplier rapidement ~ )ns(i);
et c'est chez lui que j'ai trouvé la plupart des critiques dont je les ai fait suivre. Toutefois la censure, encore qu'elle soit, à mou avis, trop mordante, suivant le génie de l'auteur, et parfois même exagérée, ne part en aucune manière d'un sentiment d'indifférence pour la Mère de Dieu : car, ainsi que je le disais duns une autre occasion, peu d'auteurs ont plus travaill"'* qi/^ lui pour l'exaltation de ses privilèges.
D'ailleurs, lui-même ^i les
importante, et qu'il ne Tii ^ ^ i on
veut porter un jugement sur ces sortes d'expressions. Les prenez-v«ius comme de sinq)li s effusions d'un cœur tout embra.sc d'amour pour Marie, il avoue qu'elles deviennent tolérables et peuvent être agréées de la Mère de Dieu. Ce qu'il n'approuve pas, c'est qu'on