‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 4)Chapitre 71 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Grandear el multipticilé des louançnp^ données i Marie par les

' "s. — Les ." ît-'s

re* pour i,

-, — i,.iiisiiliiiuJe des

I. — Le dernier chapitre nous a fait admirer l'universalité du culte rendu par les enfants de la Vierge à leur céleste niérc. C'était, avant tout, de l'universalité d.'îT '■ — 'I traitait. Mais renchatiieinent des iil ils à considérer encore celte même

universalité sous d'autres faces. Voilà pourquoi je laisser •' îii culte de Marie pour en méditer

la perl- ., ii l'on y regarde de près, la perfection d'un culle se révèle par les louanges qu'd fait ri: lit r vers son objet. Il inifiorte donc grandement li't lii<lier la nature et l'étendue des louanges données {>ar les rhrciiciis de tous les âges à la Mère de Di-u. J'ai moins la prétention de dire ici des choses nouvelles • |ii "ir les idées éparses dans les I ni

l>r . j II les présenter ilaiii Ifur ei>^ l't

les csnpiétrr.

T pour eux, de gloiilicr les por-

r- ; . . .......... .. -. tliéiilogiens, i I» «^ ■ •■• .!«•» Pcrfs,

niij' irnl un duuhie pro«-i*d<^ '• ^^ \ qu'on est

ton venu d'appeler démon$tiatifoM rationnel tX. Icpro-

393 L. XI. — LE CULTE DBS E.NPAMTS FOUR LEUR MÈIlE

cédé mystique (t). L'un met en usat^e les figures el les symboles, l'aulre suit la voie plus abstraite de la pure mi son.

(^e dernier, c'est-à-dire, le procédé rationnel, part du principe évident par lui-même que l'effet doit être éminemment contenu dans sa cause, et que l'exemplaire porte en lui toutes les beautés de ses images. Considérant donc que Dieu est \c premier principe de tous les êtres, on doit affirmer universellement de sa perfection î '' .lions que nous trouvons en eux : la sagesse, 1 ' , lu justice, et les autres. C'est le premier degré de cette louange. Mais, à toute perfection créée il se mêle nécessairemenl des imperfections. Par conséquent, après avoir affirmé de Dieu les beautés qui se rencontrent dans les créatures, il faut nier de lui toutes les imperfections qui leur sont adhérentes ou qu'elles supposent. El parce que nos *" -, eWi'S-ïuèmes sont loujours courtes par que i^ , notre sagesse sujette à l'erreur, notre bonté mêlée de ''' " * ices, notre pouvoir fini et liorné ; parce que !.. ......buts divins surpasbciil à l'infinilcs perfections

créées, non seulement telles qu'elles sont réalisées dans les faits, mais telles encore que nous pouvons les concevoir, les Pères et les tl ' -• mis vont jusqu'à nier de Dieu ces mêmes pei : . Vous les entendrez

dire que Dieu n'est ni bon, ni sage, ni puissant ; et qu'il faut l'honorer par ie silence : tant sa grandeur esl :ui-dr.ssus de nos conceptions el de hoIk- langage (2.

(i) Diooy». Areop.. Frist. r^.ad THum; Pelivtus, de Dto, L. i(C. 6,

o. 4< *<]'1 ; TbomiMiii 13.

(»)« >uu» me dem^ ri,qu'e«t-ce qucDieaf Ecoulez : Dieu est ineffable . •> ■ .xii- ni plua facile de dire ce qu'il D'est pas que ce qu'il est. \ ^: la terre, ce u'c»l pas Dieu tous

ril. II. — MV-LTIPI-E VARIÉTÉ DE» tOCANCES SqS

Toulefois, si nous n'attribuons pas à Dieu la sagesse, la puissance et les autres perfections dont la créature non ' - le spectacle et l'idée, ce n'est pas qu'elles ne > titrent point en Dieu. Elles y sont comme

dans leur source, d'une manière suréminente, incom- ' ■ . incffahle. C'est pourquoi nous dirons de

!.. , ^t,non pas sage ou puissant, mais sur-sage

cl sur-sagesse, sur-puissant cl sur-puissance, ou bien encore qu'il est le seul sage, le seul juste, le seul puissant, le seul bon. « IS'emo bonus nisi solus Detts (i) ; pcr>onne n'est bon que Dieu seul », a dit Notre Scicneur. Ainsi l'Ange de l'École a-t-il résumé la pensée des Pore-» sur li! .• et la louante des perfec-

lionsdivines;ct j , i ira parcouru leurs œuvres

confessera l'impossibilité de le faire en moins de mots el plus exactement (a). L'espril humain, dans ia voiCy

mû la Irrr

roi a. 11. P. L xxxvii, lOgo).

• ' ii«. t.i *<c {-rr iiHkuiii

r iictw Mpkaa, paribsto

I a ,.. ., . ii«auir • 8. TImb.» ^

l-'lemtta, q. 7. •. 6. ad ». C«t ta ce ^'il appvU*. •lUcon, b TOit par

39^ !.. XI. — LB CULTE DES ENFAXTS POUR LEUR Uàti*

ne peut s'élever plus haut. La foi, sans doute, étend l'horizon de sa connaissance; elle-même peut être plus ou moins éclairée; mais, pour avoir le mode propre de concevoir les choses divines, il faut »*•<"' inondé des splendeurs de la gloire.

Venons au second procédé de connaissance et de louange. Il consiste principalement à se représenter les perfeclions de Dieu sous le symbole et la figure des objets sensibles et matériels. Hien de plus conforme à l'état présentde noire nature, où nous remontons dos choses qui se voient et se senlentà ce qui, par sa nature, est invisible et spirituel (i). C'est ainsi que Dieu est pour nous le soleil des âmes, la lumière c\uï ('claire tout homme venant en ce monde. Veut-il, dans les prophètes, nous manifester sa puissance protectrice ou vengeresse, il parle cent fois de son bra» étendu. Nous lisons qu'il a des yeux à qui rien n'échapp»-, <loux pour le juste, terribles pour les impies. El ces expressions et d'autres du même genre sont si fréquemment employées dans les Ecritures que des hommes grossiers en prirent autrefois occasion de croire la divinité corporelle, taisant ainsi du moyen qui leur était donné de mieux la connaître, un moyen d'en méconnaître la nature et les propriétés.

C'est comme une conséquence de ces deux procédés, procédé rationnel et procédé symbolique, que les Pères et les théologiens ont expliqué la multiplication des noms divins. Dieu, dans l'éternilé, n'aura qu'un nom, parce que nous y contemplerons 3on essence et

•), la Toie par excès, ou f* • ioocm. |>er excrssum et &i^,

(i) S. Tbom., m Senl.,D. 34, q. 3. «. i et >; i p.. q. i. a. 9, etc.

CH. II. — Mt'LTIPLE VARIÉTÉ DES LOUANGES ^Çfb

dans celle essence loule perfection, d'un seul regard, d'une vision toujours une, élernellemcnl la môme :car la multitude des noms rt^pond à la multitude des concepts dont les noms sont les signes. « En ce jour, a dil le prophète, il n'y aura qu'un Seigneur, el un aussi sera son nom » (i). Mais dans l'état présent de nos connaissances, où nous allons à Dieu par les perfections des créatures, il nous faut multiplier les concepts el les noms, si nous voulons nous former quelque représentation moins incomplète des choses divines. Dieu, quand il exécuta l'éternel dessein de manifester au dehors les inGnies richesses de son être, en multiplia et diversifia les images qui sont les créatures, afin «pie ce «ju: îuancjue à l'une [>our celte manifestation de la divine bonté fût suppléé par une autre (2). C'est de la même manière que le nombre et la diversité des idées cl des noms supplée, dans une certaine mesure, à ce que noms et représentations mentales ont de trop imparfait (3).

♦ '- "ions préliniir ■ — une fois posées, nous • II' > mieux la m < uce des louanges don-

ti**>s à la Mère de Dieu ; car, on peut le dire, elles [assiMit. t'" *'•, parles! " ' '"»

que la cuiii. - . ., . ,;c divine s,

et nous l'allons montrer dans le suite de ce chapitre. , avant d'entrer en matière, il convient de se jii'MtTd'un principe très important, si l'on veut ;ip{)iccier à sa juste valeur ce «pic les itères et les Saints ont écrit et prêché des grandeurs de Marie. C'est que cette bienheureuse mère n'a besoin dans les

I) JUchar,, xiv, 9.

îi S. lliooi , I p , q 4;, ■ I. t.li S. Tlioui.. Comptmi. Thm»!.. 1'

SqG I CULTE DBS ErtFANTS l>OU1l LEUR MÈRE

éloges que nous faisons d'elle, ni de nos mensonges, ni de nos exagérations (i). «r 0 Fille de David, Mère du Seigneur et du Dieu de David, je vous saluerai par les cantiques de voire père. Ce sérail une lionle el comme un sacrilèa^e de vous offrir des ornemcnls d'emprunt àvousqui resplendissezde votre propre gloire». Ainsi parlait dt^jà saint M«*l!i<)de autroisièn ' 2).

Si vous me dites que raullicnticilé de ce u ^ est

mise en doute, vous n'en nierez pas du moins la haute antiquité. Appuyé sur ce principe, le disciple de saint Anselme, l'^admer, refusait de faire appel aux Apocryphes, suivant lesquels un ani^e aurait d'avance annoncé la naissance de Marie. « L'Église, écrit-il, n'a pas voulu confirmer ces récits de son autorité. Elle a toujours tenu pour chuse inconvenante de rien mêler de risqué aux louanges de la Mère de Dieu : car ce qui est incontestablement vrai renferme une si ample matière d'éloges que, à vouloir la glorifier selon son mérite, on fli^chit comme écrasé sous le poids de SCS véritables grandeurs » (3). Même pensée chez saint Bernard, dans sa fameuse lettre aux chanoines de Lyon : « La Vierge royale n'a pus besoin d'une louange mensongère, tant elle possède de titres authentiques à la gloire; tant sont vrais les insignes de st>s dignités ».

Même principe encore dans une réponse de Pierre de Celle à Nicolas, moine anglais de Saint-Alban.qui lui reprochait d'être trop avare, quand il s'agissait de louer Marie (4). Il lui écrivait : « Pour en venir, à la

(,\rfi'-,v w. /„ ,.„ I ^.. , p. C.8, I 9.

(» "■ ' .4n/ia.. P. G. XTiii, 369.

(3> l , c. a. P. L. cm. aOo.

U) S,btratrd., cy. t;4, ud Canjnx. Lujdan., u. a. P. L. CLXxxii,

CM. II. MULTIPLE VARirré DES LOUANGES 897

queslion, vous faites sonner bien haut vos louanges de la V'icrçe; cl moi aussi, je lui présente les miennes. Les paroles sortent précipitées de votre bouche, et m ' - - mon discours avec poids et mesure.

\ , vendanjje de voire vigne avant l'heure,

quand les grappes sonl encore aigres ; el moi j'attends la maturité des fruits pour les servir à table. Vous i;l(irifie2 la Vierge ; el moi je la glorifie comme vous. Vous la proclamez sainte; el moi, toul autant que vous. Vous l'exaltez au-dessus des chœurs angéliques; el je le fais aussi. Elle esl, diles-vous, exemple de tout péché ; je I affirme comme vous. Vous assurez ({u'elle esl Mère de Dieu, notre médiatrice auprès de Dieu : je ne le cofifesse pas nu>ins. Quelcjuc tour que vous donniez à votre vénération, à vos respects, je suis avec vous, je pense comme vous.

<t Mais si, dédait^nanl la monnaie courante el de bon rihii. vous en fabriquez une autre que n'a pas été .luioiis e la Chaire de Pierre,., je m'arrête el je me refuse à franchir imprudemment les bornes po.sées par rÉ^'li ' it el je f ' Marie

|>oss( : ^ I plus de j lenous

n'en connaissons : car telle esl en elle l'élévation de la grâce el de la :-' e je ne peux y » -...

s .. 1 ..7.1,.^ les hoji .,. . que nous offroi ilrc

■ doivent respirer le respect el non la llaltcne, la maturité cl non le jeu, la dévotion du cœur et non la verbosité » (i).

Il importe anse/ peu de rechercher scrupuleusement

si, dans l'espèce, le saint abbé de Clairvtux el le futur

s firent une heureuse application dti

(I) Pet. CtUmti*, «p. 7J. p. L. coi. it%, «S*.

^0^ — — ^i*- ^E* nsrAsrs polh ......rt Jii.RB

principe, en combatlanl l'un et l'autre l'iniroduclion d'une fùlc (celle de la Conception de la Viertje) que l'Eglise romaine n'avait pas encore adoptée. Le principe demeure, indépendamment de l'usage exagéré qu'on en peut faire. Pris dans son vrai sens, il est tout à l'honneur de Marie : car il revient à dire qu'il n'est pas besoin d'oripeaux pour celle qui s'avance en reine, parée d'un vêtement lissé d'or et chargé de pierreries. Or, et c'est là que je voulais en venir avec cette remarquei on ne saurait admettre, après les Jansénistes (i), que tant de Pères ou de saints et savants personnag^es aient pu méconnaître un principe si nettement reconnu. De quelle (gloire sont donc pour Marie les louan'^'os que nous allons entendre tomber de leurs plumesetde Icursh'vtTs !

II. — Commençons cette élude par le procédé rationne/. Nous n'avons plus à dire comment toutes les perfections de grâce et de gloire, si largement distribuées par la divine munificence aux hommes de toii^ ' ' . et particulièrement aux * ' [)lus

favi c les amis de Dieu, sont . .es de

la bienheureuse Vierge. Ce serait nous répéter sans fin.Ilelisez.par excmjile, dans le premier volume sur la Mère de Oieu, ce que nous écrivions alors des ré' ffies, d'après lesquelles on peut déterminer les prérogatives appartenant à la maternité divine (a), et vous en serez pleinement convaincu. Et com * '! c c'aurait elle pas, à elle sruif, tous les ,

Sait.'

de Marie *. ' '

(B( i» partie, L. tn, eb. 6.

eu. II. — Ml'LTIPLK VARIÉTÉ DES LOL'ANGES SqQ

grâce partagés entre les autres, puisqu'elle participe secondairement, après son Fils Noire Seigneur, à lu qualité de cause et <' <- des nirnies grâces.

C'est irop peu <J r à Marie les perfections

des autres saints : il faut ajouter à la voie d'af/irmation celle de négation: c'est-à-dire, écarter de cette Reine de la terre et du ciel les imperfections si communes dans la famille humaine, et celles-là même dont les plus grands saints ne furent jamais exempts. De là «'es formules, si souvent répétées, où elle est appelée la toute pure, lu toute parfaite, la toute sainte, pure, sainte et parfaite par elle-même, en tout, toujours et partout, semper et undequaque.

Et c'est là ce que signifiait aussi Denis le Chartreux dans cette prière dont je me rappelle avoir cité jadis un fragment : a O ma {Jus que très aimable et plus que très vénérée Dame..., par cela môme que vous êtes devenue .Mère de Dieu, vous êtes d'une dignité comme infinie. Nous ne pouvons atteindre ni votre sainteté^ ni «^ * ' re; indiques de vous

ct>ii , , :> oflrir des hommages

«-:^'aux à votre mérite. Que ferons nous donc? Ce que nous faisons pour Dieu. De même, en rffel, que nous pouvons nous former une connaissance telle quelle du Créateur à l'aide des créatures, eu affirmant de lui tout ce qu'il y a de perfection et de bonté dans les choses créées, mais sans I' - '• .■ ,jui Its (f ' rent; ainsi, très douce .' -> contcm^ dans les autres femmes et nous vous attribuons, à vous seule, tout ce que nous y voyons dt . î-

lencectde perfection, mais dans un . . , '.,

rejetant loin de vous tout ce qu'il y a de bas, de défi'clueux et d imparfait. Dans les unes brille la virginité.

4o > . — LE OULTK DU ZHfAWn POCR LBI7R utnK

mais sans la fécondité : vous, vous êtes mère et vierge, et mère de qui? Du Créateur de toutes choses... »(i). J'ahrè^e à regret un texte qui revient si directement à notre matière; d'autant plus qu'il indi<]uc assez nettement avec la voie de n^i^alion les ceux antres voies.

Nous l'avons vu, cette voie de négation, quand il s'agit de Dieu, ne s'arrête pas là. Elle nous mène jusqu'à professer notre impuissance à concevoir les perfections divines et notre incapacité d'en parler : tellement (pie nous les honorons par notre silence. Or, c'est là précisément, si nous en croyons les Pères, que vont aboutir les efforts pour louer dig^nement les incomparables perfections delà Mère de Dieu. En voulezvous la preuve ? Keportez-vous à ce que nous avons écrit ailleurs de l'incommensurable grandeur de cette divine mère(i); et vous y verrez les Saints professer à l'envi l'impuissance où ils sont de concevoir et d'exprimer les privilèges de Marie (2).

« Disons quelque chose de la louange de la très sacrée Vierge. Mais que pouvons-nous faire, nous, si {>etits, si faibles, si impuissants? En vérité, quand tous

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