INTRODUCTION XV
première, c'est qu'il peut servir à mettre en relief la vérité qu'il est impuissant par lui-même à établir. Personne n'ignore quel heureux et fréquent usage en a fait la sainte Eglise dans les louanges qu'elle donne à la bienheureuse Vierge. Tous nos Docteurs ont suivi cet exemple; persuadés que ces accommodations, quand elles ne sont pas employées à la légère et sans choix ni réserve, ont une efficacité merveilleuse pour rendre plus saisissante et plus nette une doctrine appuyée d'ailleurs sur des arguments solides.
La seconde raison, c'est qu'il y a des cas où le sens accommodatice ne sert plus seulement à projeter la lumière sur des privilèges établis par des preuves in- . dépendantes, mais qu'il revêt lui-même une force p'robanle en faveur de ces privilèges. Prenez par exemple les beaux textes sapientiaux que la sainte Eglise a si constamment appliqués à Marie dans nos livres liturgiques; ces textes, il est vrai, n'ont par eux-mêmes aucune valeur démonstrative, puisque ce n'est pas la Mère, mais le Verbe de Dieu, son fils, que le Saint- Esprit avait en vue, quand il les inspira. Et pourtant, l'autorité de l'Eglise, qui les emploie pour nous dire ce qu'elle pense et ce que nous devons penser de Marie, peut leur donner par cet emploi même toute la valeur d'un argument théologique (i). Ils deviennent dès lors la manifestation de sa croyance et de ses pensées.
(i) C'est ce que leR.. P. de La Broise a très heureusement expliqué dans un article des Etudes intitulé « La Sainte Vierge et les livres sapientiaux ». Etudes, 5 mai 1899.