‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 13 sur 78 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

étaient fautives ; la critique avait à peine commencé son œuvre. Ce n'est donc pas merveille qu'ils aient souvent erré dans l'attribution des textes, et il y aurait injustice à leur en faire un crime. Mais ce qui était pardonnable aux quinzième, seizième et dix-septième siècles ne l'est plus aujourd'hui. Et pourtant, si l'on compare une foule de livres plus modernes avec les anciens, on voit avec stupeur que les défauts signalés, loin de diminuer, se sont multipliés comme à l'infini. Il faudrait des volumes pour relever toutes les incorrections commises en ce genre (i).

Encore, si l'on s'en tenait à mettre sous le patro nage de quelque Père des textes appartenant à d'autres. Mais que de textes dont il est absolument impossible de trouver la provenance, et qui sont de pure invention, bien qu'on nous les présente sous l'égide d'auteurs célèbres par leur science et leur sainteté. La

(i) La grande cause de méprises si fréquentes, c'est qu'on ne remonte pas aux sources. On a lu dans tel ou tel livre un texte qui peut revenir à la matière dont on s'occupe ; et vite, sans s'inquiéter d'en vérifier l'origine et la valeur, on en fait usage, comme s'il était d'une autorité hors de conteste. C'est diminuer le travail ; mais croyez -vous que la sainte Vierge en soit plus honorée? C'est ainsi qu'on voit dans des livres écrits de nos jours S. Ignace d'Antiochc, Tertullien, S. Cyprien, S. Athanase, S. Denys l'Aréopagite, tous les SS. Grégoire, S. Jérôme, S. Augustin, S. Basile, S. Méthode, S. Irénée, S. Epiphane et bien d'autres, apporter en témoignage des textes qa'on chercherait vainement dans leurs œuvres authentiques. 11 y a quelques mois à peine, j'ouvrais au hasard un recueil de date récente, dont j'avais lu de pompeux éloges. Les deux pages qui s'offrirent à mes yeux contenaient six passages des Pères. Pas un seul n'appartenait à l'auteur indiqué ; tous étaient apocryphes. Or, ce ne sont pas seulement les anciens Pères à qui l'on prête ainsi des enfants qu'ils n'ont pas connus; ce sont encore les Pères ou les grands théologiens plus rapprochés de nous : S. Bernard, S. Anselme, le B. Albert le Grand, S. Thomas d'Aquin, S. Bonaventure, pour ne pas parler des autres. J'en donnerai mainte preuve dans le cours de cet ouvrage.

Page 1