CHAPITRE III
Importance capitale du dogme de la maternité divine; et comment le seul nom de Mère de Dieu, comprenant en abrégé non seulement tout le mystère de l'Incarnation, mais le Christianisme tout entier, mérite d'être appelé le Livre de la foi.
La très sainte Vierge est Mère de Dieu. C'est là un dogme fondamental, et la base même du christianisme. Ce que l'Apôtre a dit de la résurrection de Jésus- Christ, nous pouvons l'affirmer à meilleur titre de la divine maternité de Marie. Si Marie n'est pas Mère de Dieu, notre foi est vaine, et nous sommes encore dans nos péchés ; et ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri (i). Car, ce dogme une fois renversé, tout croule, puisqu'il porte l'édifice de la foi chrétienne; puisqu'il est le pivot divin sur lequel repose tout l'ordre surnaturel de la grâce et de la gloire. Une pareille affirmation peut étonner à première vue ; mais pour peu qu'on y réfléchisse, elle apparaîtra comme l'expression même de la vérité. Voilà ce qu'il nous faut mettre en évidence, à l'éternelle gloire de cette Mère de notre Seigneur et de notre Dieu.
I. — Disons, en premierlieu, que lamaternité divine, considérée directement en elle-même, contient toute
(ij I Cor , xv, 17, 18.
la substance du grand mystère de l'Incarnation. C'est là une vérité que j'ai prise textuellement dans les œuvres de S. Jean Damascène : « C'est à bon droit, écrit ce grand docteur, que nous donnons à la Sainte Marie le nom de Mère de Dieu : car il suffit de ce titre pour établir dans toute son intégrité le mystère du Verbe fait chair » ; et voilà ce qu'il démontre aussitôt par une induction indiscutable (1). Tel était aussi le sentiment d'Ëphrem, patriarche d'Antioche, quand il disait que, pour donner une preuve certaine de la sincérité de sa foi, c'est assez de croire et de professer la très sainte Vierge Mère de Dieu (2). Peut-on s'étonner après cela que l'Église, avec ses Docteurs etses Conciles, se soit levée pour écraser l'erreur qui s'attaquait à ce titre, comme si le christianisme tout entier se trouvait en péril?
Entrons dans le détail, et, l'histoire du dogme catholique en main, prouvons cette importance fondamentale de la divine maternité de Marie. Quand je parcours la suite des hérésies qui se sont élevées contre l'Incarnation du Fils de Dieu fait homme, j'en dislingue trois séries principales. Les unes s'attaquent directement à l'humanité du Sauveur; les autres s'en prennent à sa nature divine; d'autres enfin, les dernières en date, vont à corrompre la notion catholique de l'union entre les deux natures. Or, il n'est pas une de ces erreurs, qu'on la regarde dans sa forme originelle ou dans ses atténuations et modifications multiples, que la divine maternité de Marie ne renverse de fond en comble.
(1) S. Joan. Dam., de Fide orthod. L. m, c.12. P. G. xciv, 1029.
(2) Ephraem ThsopDlit., apud Plutiu.n, cod. 228. P. G. cm, <jfjS.