‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 28 sur 78 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la place de la maternité divine dans le plan de l'Incarnation. — Comment, sans le Christ Rédempteur, il n'y aurait pas eu de Mère de Dieu; pas même d'existence pour Marie.

I. — Le Christ Jésus fut, avant tous les siècles, prédestiné de Dieu comme le Réparateur de la nature humaine. « Ce Dieu ineffable, dont les voies sont miséricorde et vérité, et la volonté, toute puissance; ce Dieu dont la Sagesse « atteint avec force d'une extrémité à l'autre, et dispose tout avec douceur » (i). avait de toute éternité prévu la ruine lamentable que la prévarication d'Adam devait entraîner après elle. C'est pourquoi, dans un conseil caché à tous les siècles, il avait résolu d'achever, grâce au plus occulte des mystères, le premier ouvrage de sa bonté par l'Incarnation de son Verbe. Ainsi l'homme, poussé au crime

(i) Sap., vm, i.

par l'astuce de la malice diabolique, serait soustrait à la mort, les conseils de la miséricorde sortiraient leur effet, et ce qui était malheureusement tombé dans le premier Adam serait plus heureusement rétabli dans le second. En conséquence, il choisit pour son Fils unique une mère dont celui-ci prendrait naissance dans la bienheureuse plénitude des temps; une mère qu'il lui prépara lui-même et dans laquelle il se complut d'amour, au point de la préférer à l'universalité des créatures » (i).

Tel fut le plan divin, suivant la description que nous en a faite l'immortel Pie IX, au début de la Bulle dogmatique qui définit la Conception immaculée de la Mère de Dieu. Donc, le même éternel dessein de miséricorde qui prédestina le Sauveur Jésus prédestinait aussi la Mère du Dieu fait homme. Il n'y a pas là deux desseins, l'un portant sur le Verbe incarné, l'autre sur la Vierge sa mère ; mais un seul et même plan d'infinie bonté, les enfermant l'un et l'autre dans une alliance indissoluble. Ni Marie sans Jésus, ni Jésus sans Marie; ils s'appellent comme Eve appelait Adam, comme le premier homme appelait la première femme. Neque vir sine matière, nec/ue mulier sine viro (2). Dieu ne les a jamais pensés ni voulus l'un sans l'autre. Sondez, si vous le pouvez, ces éternelles profondeurs; au delà de tous les âges, au delà de tous les temps, le Réparateur vous apparaîtra comme le Fils de l'homme, la semence de la femme, la fleur qui doit s'épanouir sur Marie, la tige de Jessé. Tous les deux, la Mère et le Fils, sont enlacés l'un dans l'autre, telle-

(() Extrait de la bulle Ineffabilis.

(2) 1 Cor., xi, 11.

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