CH. I. LA MATERNITE DIVINE ET L INCARNATION I
ment que rien ne les séparera jamais. S'il est, en vertu de son élection, le premier-né de toute créature, elle est à côté de lui la première-née, primogenita.
Ne me dites pas que vous ne voyez rien de singulier pour Marie, sous prétexte qu'il en est de tous les élus comme de cette divine mère. Ne sont-ils pas, comme elle, les membres du Christ, et Dieu ne les a-t-il pas, de toute éternité, prédestinés à composer le corps mystique du Verbe fait homme (i)? À Dieu ne plaise que je veuille introduire la succession dans les conseils de l'éternelle sagesse. Dieu n'est pas comme les hommes, ni ses desseins ne sont comme nos desseins, simples germes indéterminés à l'origine, qui vont se développant au fond de l'intelligence, à mesure que le travail de la pensée projette sur eux plus de lumière et de netteté. Son plan est d'un seul jet, immuable et parfait dès le principe. Mais la priorité qui ne se trouve pas dans l'acte divin qui le forme, je la rencontre dans ses objets. Le Seigneur, chante de Marie la sainte Eglise, l'a élue et préélue : élue comme toutes les créatures prédestinées; préélue, c'est-à-dire élue non seulement avant tous les âges, comme elles le furent elles-mêmes; non seulement avec une prééminence de grâce et de sainteté sur tous les êtres de la création ; mais élue pour une dignité, pour un rôle, pour une union avec le Prédestiné par excellence et la cause de toute prédestination, qui dépassent incomparablement toute autre élection : car son élection à elle est intrinsèquement impliquée dans l'élection du Fils de l'homme.
Afin de le mieux entendre, supposons un instant
(1) Eph., 1, 5, 11.
qu'il y ait en Dieu ce que nous voyons en nous : que ses projets soient formés par successions de pensées, comme nous formons les nôtres. Que s'ensuivra-t-il? Que dans la conception du plan de miséricorde il pensera d'abord à Jésus-Christ, fondement et couronnement du temple spirituel qu'il s'agit d'élever à la majesté divine sur les ruines du premier. Mais, comme le Fils de Dieu ne doit supporter et consacrer l'édifice qu'à la condition d'être homme et Fils de l'homme, cette première pensée n'ira pas sans l'élection d'une mère. Sans doute, il faudra bien aussi choisir les matériaux qui doivent entrer dans la construction du temple vivant, pour en définir et le nombre et la nature et les rapports. Mais c'est un choix de moindre importance, etqui ne viendra qu'àla suite du choix principal. Donc, en Marie double préélection au regard du plan divin.
Elle est en tête du livre éternel, in capite libri. Elle y est, tout d'abord, par son alliance plus étroite avec le Réparateur du monde, et par la prééminence qu'elle obtient après lui dans les conseils de Dieu. Elle y est parce que, si le Christ peut se passer en quelque sorte de chaque élu pris à part, il lui faut sa mère. Elle y est, en conséquence, par les dons que réclame une dignité si haute. Et c'est ce qu'exprime heureuse-, ment le mot préélection, employé par l'Eglise.
J'ai lu mainte fois chez lesPères grecs que la Vierge Mère est l'unique élue, sola electa. Ces termes répondent à ce que nous disions d'elle, il n'y a qu'un instant. Il est dans le génie des saintes Ecritures d'attribuer à quelqu'un comme une chose exclusivement propre, ce qu'il possède dans un degré suréminent. C'est ainsi que Notre Seigneur disait : « Pourquoi