CH. I. — LA MATERNITE DIVINE ET L INCARNATION IIQ
m'appeler bon : Il n'y a de bon que Dieu » (i). Et encore : « Ne vous laissez pas appeler maître : car vous n'avez qu'un maître, le Christ » (2). Il leur avait aussi recommandé de ne donner à personne ici bas le nom de père, puisque leur unique père était celui du ciel (3). C'est par une forme de langage analogue que saint Paul écrit aux Ephésiens : « Nous avons à combattre, non contre la chair et le sang, maiscontre les princes et les puissances..., contre les esprits de malice répandus dans l'air » (4). C'est enfin par là que le magistère de l'Église n'est pas exclu de la Loi nouvelle, quoique le Seigneur ait dit par la bouche de Jérémie : « J'écrirai ma loi dans leur cœur... etl'homme n'enseignera plus son prochain... » (5). Car Dieu veut uniquement signifier par ces paroles combien la lumière intérieure du Saint-Esprit, «l'onction de l'Esprit », comme dit saint Jean (6), l'emportera sur l'enseignement extérieur, encore que celui-ci soit nécessaire.
Donc, quand les Pères écrivent de la bienheureuse Mère de Dieu qu'elle est seule élue, ils ne veulent pas disputer aux autres Saints de Dieu leur élection, mais affirmer combien l'élection de la Vierge, par sa liaison très étroite avec celle du Verbe fait homme, a été mise hors de pair. Telle est la prédestination de la Mère de Dieu; tel le décret qui, l'associant au Fils de Dieu, en a fait sa compagne à jamais inséparable.
Les décrets éternels de Dieu se révèlent dans l'exé-
(1) Luc, xvm, 19.
(2) Matth., xxiii, 10.
(3) Ibid.,g.
(4) Eph., vi, 12; col. Marc, îx, 36; I Cor., in, 7.
(5) Jerem., xxxr, 33, 34.
(Gy 1 Joan.,i], 27.
cution temporelle qui s'en fait. Combien admirable, combien intime fut dans les prédestinations divines cette alliance entre la mère et le fils, puisque l'union qui la traduira dans le temps doit s'étendre par tout le cours des âges. C'est elle que je trouve, dès le commencement du monde, dans les promesses faites à notre premier père, et plus tard aux patriarches, dans les oracles des prophètes, dans les figures et les symboles de l'ancienne Loi. Tout ce qui nous y parle du Rédempteur futur, nous y parle aussi de la femme dont il doit être la semence, delà Vierge dont il sera le fruit. L'occasion s'offrira dans la suite d'insister sur chacune de ces idées. Mais nouspouvons au moins signaler, dès maintenant, un des points sur lesquels s'est exercée l'ingénieuse piété de nos Docteurs. Partout, dans l'ancien Testament, ils rencontrent les types du Christ, et partout aussi ces mêmes Pères y voient mêlés aux figures du Fils les emblèmes de Marie, sa mère. S'il est le nouvel Adam d'un monde nouveau, elle est non seulement la nouvelle Eve, mais l'Eden céleste où le Christ a fait sa première demeure. S'il est le véritable Noé qui va couvrir le monde d'une génération spirituelle, elle est l'arche sauvée des flots, d'où il sortira. Si le Christ est la manne, Marie est l'urne d'or qui l'a contenue; s'il est le pain sacré de proposition, pain vivant et vivifiant, elle est la table qui l'a porté; s'il est le charbon ardent d'où monte vers Dieu le parfum de l'encens le plus pur, elle est elle-même l'encensoir où il a d'abord brûlé; s'il est la loi vivante, elle est l'arche sainte dans laquelle les tables en furent renfermées.
Le Christ est la lumière qui resplendit dans la maison de Dieu, et Marie le candélabre d'or qui la fait