‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 31 sur 78 · CH. 1. — LA MATERNITE DIVINE ET L INCARNATION · texte numérisé non relu

CH. 1. — LA MATERNITE DIVINE ET L INCARNATION

luire à nos yeux; il est la fleur poussant par miracle sur la verge d'Aaron, et elle-même est cette verge. Le buisson tout embrasé d'un feu divin sans en être consumé; la toison baignée tout entière de la rosée céleste, la terre vierge du paradis où croît l'arbre de vie, la porte orientale du temple, cette porte toujours fermée par où cependant le Seigneur Dieu d'Israël est entré dans le monde, l'échelle mystérieuse sur laquelle est appuyé le Seigneur, la maison de Dieu toute remplie de sa gloire, la nuée légère qui porte le Sauveur promis; la fontaine scellée qui verse un fleuve d'eau vive pour la régénération du monde; la montagne prophétique d'où se détache sans main d'homme la pierre qui va renverser la statue colossale, symbolisant les empires ; toutes ces figures et d'autres encore sont, pour les Pères, autant d'emblèmes du Christ et de Marie, du Fils et de la Mère (i).

Même enlacement, s'il est permis de parler ainsi, quand des figures on passe aux prophéties plus expresses, comme nous le verrons tout à l'heure. Et lorsque, dans la plénitude des âges, figures et prophéties faisant place aux réalités promises, le Christ apparaîtra sur notre terre, l'union, loin de se relâcher, ira se fortifiant. C'est ce que nous dirons aussi dans ce même chapitre.

Je n'ai pas à rappeler ici les multiples liens qui rattacheront de plus en plus la Mère au Fils; comment celui-ci la fera communier à ses vertus, à ses

(i)Cf. S. Joan. Damasc, hom. 2 in Nativ. B.V.M. et hom. 1 in Dormit.; S. Andr. Cret. hom. de Nativ. V. Deip. ; Hezych. patr. Hieros. hom. 5 de S . M. Deip ; S. Bernard, hom. 2 super Missus est. n. 5, sqq. ; S. Theodor. Stuclita, orat. 5 in Dormit. Deip. n. 4, etc. 11 faudrait citer toutes les séries d'Ave, dans lesquelles l'Eglise entière, et surtout l'Eglise d'Orient, récapitule les figures de cette Vierge bénie,

privilèges, à ses mystères, à ses titres; comment enfin la sainte Église, entrant dans les vues du Christ son Époux, mêlera partout dans la suite des âges le Nom de Marie, la glorification de Marie, l'invocation de Marie, les fêtes de Marie aux hommages, aux prières, aux louanges, aux solennités qui vont à Jésus. N'estce pas là ce dont nous sommes les heureux témoins et, pour notre humble part, les acteurs (i); et qu'estce que cela sinon la manifestation palpable par les faits de l'éternelle association du Dieu fait homme avec sa mère dans la prédestination divine?

C'est donc à bon droit que saint Pierre Damien, prêchant sur la Nativité de la sainte Vierge, disait à son peuple : « Oui, mes bien-aimés frères, la naissance de la bienheureuse et très pure Mère de Dieu doit apporter aux hommes une joie principale et toute singulière : car elle est le commencement du salut pour l'homme. En effet, Dieu qui, par le regard ineffable de sa providence, avait prévu, même avant la création de l'homme, que l'homme allait périr victime des machinations du diable; Dieu, dis-je, avant tous les siècles, conçut dans les entrailles de son immense miséricorde le projet de racheter l'homme; et dès lors sa très profonde sagesse détermina l'ordre, le mode et le temps de cette rédemption. Comme donc il était impossible que la rédemption du genre humain s'effectuât, si le Fils de Dieu ne naissait d'une Vierge, ainsi était-il nécessaire que naquît la Vierge de qui le Verbe devait emprunter sa chair » (2).

(1} Voir ces idées plus amplement développées dans notre livre sur Ja Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. L. iv, l\.

(2) S. Petr. Damian., Serm. 45 in Nativ. B, M. V. P. L. cxuv, 74l

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Ailleurs, le même saint fait assister ses auditeurs au conseil où, de toute éternité, Dieu décida le mystère et le mode de la rédemption : « Aussitôt, dit-il, du trésor de sa divinité le Seigneur tire le nom de la Vierge Marie; décrétant que tout se ferait par elle, en elle, avec elle, et d'elle, et de même que rien n'a été fait sans lui (le Fils de Dieu), ainsi rien ne doit être refait sans elle » (r).

II. — Une première conséquence à tirer de cette union primordiale entre Jésus, le Verbe fait homme, et Marie sa mère, c'est que, s'il n'y avait eu ni justice divine à apaiser, ni péché à réparer, ni rédemption à opérer, ni captifs à délivrer, Marie n'aurait jamais eu l'incompréhensible honneur de la maternité divine. Cette conséquence ressortirait assez clairement des textes où Marie nous apparaît unie constamment avec le Verbe incarné dans les divins conseils; plus clairement peut-être de tout ce que nous avons médité sur les convenances de la maternité divine, puisque toutes se réfèrent à l'œuvre de la Rédemption. Mais il est une preuve et plus nette et plus incontestable. Point de Mère de Dieu sans un Dieu fait homme; or, point de Dieu fait homme, s'il n'est pas envoyé pour le rachat du monde.

Il serait aisé d'accumuler ici les textes de l'Ecriture et des Pères, affirmant à l'envi que la venue du Fils de Dieu dans la chair eut pour raison déterminante la réconciliation de l'homme avec Dieu. « Ou-

(i) là. Serm. n de Annunciat., ibid. 558. Je dois faire observer qu'au jugement des critiques ce dernier discours est plus probablement de Nicolas de Clairvaux, secrétaire de saint Bernard, bien qu'il soit inséré parmi les œuvres de S. Pierre Damien.

vrez les Ecritures et les ouvrages des saints, interprètes de l'Ecriture, et vous y verrez assigner, comme la cause unique de l'Incarnation, la rédemption de la servitude du péché », dit le Docteur Angélique (i). En effet, au témoignage de l'Evangile, et de Jésus-Christ lui-même, « le Fils de l'homme est venu pour chercher et pour sauver ce qui avait péri » (2); et « si Dieu a envoyé son Fils dans le monde, c'est pour que le monde fût sauvé par lui » (3).

Et ce n'est pas seulement des Évangélistes et des Apôtres que nous tenons cette doctrine. Partout où l'ancien Testament parle de l'avènement du Fils de l'homme, il l'énonce et la confirme. La mission du Christ promis est d'écraser la tête du serpent (4)> d'apporter le remède à l'humaine misère (5), de mettre fin au péché (6), d'ôter à la terre ses iniquités (7), de réconcilier l'homme avec Dieu (8). S'il arrive parfois aux prophètes de signaler quelques autres motifs, l'opposition n'est qu'apparente : car ces mêmes motifs se rattachent de près à la guérison des maux causés par le péché du premier homme à sa descendance, et par conséquent au but principal, la rédemption.

Je n'ignore pas que ces témoignages de l'Ecriture, et mille autres semblables, n'ont pas suffi pour convaincre plusieurs théologiens, aussi remarquables par leur science que par leur piété (9). Dans leur désir de

(1) S.Thom., m, D. 1, q. i, a. 3; col. 3 p., q. i, a. 3.

(2) Luc.xix, 6.

(3) Joan., ni, 16, 17; col. I Joan., 111,8; îv, 9-10; Gai., iv, 4, 5; Hebr.,11, \\\ Matth. xiv, i3, etc.

(4) Gen., 111, i5.

(5) Isa., lxi, 1.

(ô) Dan., ix, a4,

(7) Zach., m, 9.

(8) Isa., un, 5; Mich., v, 5; Agg., 11, 10.

(9) Albert le Grand, Scot et Suarcz, par exemple.

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