‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 32 sur 78 · CH, 1. — LA MATERNITÉ DIVINE ET LJNCARNAT10N I2Ô · texte numérisé non relu

CH, 1. — LA MATERNITÉ DIVINE ET LJNCARNAT10N I2Ô

trouver une autre cause principale à la divine Incarnation du Verbe, ils ont tenté mille efforts pour atténuer la portée de ces textes. Mais leurs tentatives ne paraissent-elles pas échouer devant une simple question? S'il y avait, en dehors de la rédemption du monde, une cause déterminante du mystère, pourquoi les Saints Livres, encore qu'ils touchent si fréquemment à ce sujet, n'en ont-ils jamais parlé? Pourquoi surtout Dieu, voulant imposer au Verbe fait chair un nom qui résume ce qu'il doit être et faire parmi nous; un nom vers lequel tous les autres convergent comme autant de rayons vers leur centre (i); un nom qui soit en quelque sorte sa définition propre, a-t-il choisi le nom de Jésus de préférence à tout autre nom ?

Considérations si décisives pour les Pères qu'ils n'ont pas assez de formules exclusives pour faire de la rédemption du genre humain la seule fin prochaine et déterminante de l'Incarnation. « S'il n'y avait pas eu la chair à sauver, le Verbe de Dieu ne se serait nullement fait chair » (2). Ainsi parle saint Irénée, au nom de l'Orient et de l'Occident. « Jamais, dit à son tour le grand Athanase, jamais le Verbe ne se serait revêtu de la nature humaine, si la cause n'en eût été la nécessité de l'homme » (3). « Quelle fut pour Dieu la raison de prendre notre humanité? demande saint Grégoire de Nazianze. Assurément, le salut à nous apporter. Quelle autre pourrions-nous imaginer » (4) ?

Les Pères latins font écho à leurs frères d'Orient. Témoin ce passage de saint Augustin : « C'est une pa-

(1) S. Thom., 3. p., q. 3~j, a. 2, ad 1.

(2) S. Iren.jC. H aères . L. v, c. \!\. n. 1. P. G. vu, 1 161 (3; S. Athan., Orat. 2 c. Arian. n. 56. P. G. xxvi, 268. (4) S. Gregor. Xaz., Orat. 3o, n. 2. P. G. xxxvi, 100.

rôle véridique et digne de tout assentiment, que le Christ est venu dans le monde. Mais pourquoi est-il venu dans le monde? Pour sauver les pécheurs. Pas d'autre cause de sa venue dans le monde. Ce qui l'a tiré du ciel en terre, ce ne sont pas nos mérites, mais nos péchés. Oui, s'il est venu, c'est pour sauver les pécheurs. Et vous lui donnerez, dit l'Archange, le nom de Jésus. Pourquoi le nom de Jésus? Parce qu'il sauvera son peuple de ses péchés (i). L'entendez-vous? Voici la raison du nom de Jésus : il sauvera son peuple de ses péchés » (2). Témoin le grand pape saint Léon : « Si l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, avait conservé la dignité de sa nature; si, trompé par une fraude diabolique, il n'avait pas dévié de la loi posée par Dieu, le Créateur du monde ne se serait pas fait créature » (3). Témoin encore ce texte de saint Ambroise : « Vous avez donc entendu que le Christ a offert son sacrifice de ce qui était nôtre; car quelle a été la cause de l'Incarnation, si ce n'est que la chair pécheresse devait être rachetée par ellemême » (4)? A ces témoignages on en pourrait ajouter mille autres, dont nos grands théologiens ont enrichi leurs œuvres (5). S'il est un seul des Pères à penser autrement, j'avoue ne pas le connaître.

Je ne me dissimule pas que les tenants de l'opinion contraire font appel à saint Cyrille d'Alexandrie ; mais il suffit de le lire avec attention pour se convaincre qu'il suit pas à pas, en cette matière, la doctrine du glorieux

(1) Matth , 1, 21.

(2) S. August., serai. 174, n. 8. P. L. xxxvm, o44-

(3) S. Léo., serai. 77, de Pentec. 3, c. 2. P. L. liv, l\\2.

(4) Ambros. L., delncarn. 6, 11 53. P. L. xvi, 832.

(5) Cf. Petav., de Jncarn. L. 11, c. ult. ; Thomass., de Verbi D. incarn. L. 11, 5, cum sqq. ; Kieutgen, voni Erlôser, n. 334, sq [., etc.

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