‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 33 sur 78 · CH. I. LA MATERNITE DIVINE ET L INCARNATION · texte numérisé non relu

CH. I. LA MATERNITE DIVINE ET L INCARNATION

Athaiïase, son prédécesseur, et nous savons déjà quelle est cette doctrine. Du reste, bientôt nous verrons l'un et l'autre revenir sur la même idée pour l'affirmer avec une force nouvelle (i). Donc, concluons-nous, de même que l'Incarnation du Fils présuppose dans les desseins de Dieu la chute originelle de l'humanité, ainsi la maternité de Marie dépend de la même condition.

Saint Bonaventure fait remarquer avec justesse que l'opinion suivant laquelle le mystère du Verbe incarné se rattache uniquement, dans sa cause principale, à l'expiation de nos péchés, l'emporte sur l'autre au point de vue de la piété. Elle nous donne un sentiment plus vif et plus profond de l'amoureuse miséricorde de notre Dieu pour nous, ses ingrates et coupables créatures (2). Et c'est là ce qu'exprime admirablement Notre Seig-neur dans son entretien avec Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il obtienne la vie éternelle » (3). Ne pouvons-nous pas dire avec autant de vérité que la dépendance où se trouve la maternité de la Vierge au regard de notre déchéance morale est pour cette divine mère un motif puissant d'aimer et d'aider les pécheurs?

En tout cas, ce sont là des considérations que n'ont pas oubliées les plus dévoués serviteurs de Marie. « G très douce Vierge, quelle surabondance de grâce

(i) Par là tomberont les arguments que l'opinion contraire a tirés des Livres Sapientiaux : car c'est précisément en expliquant ces livres que S. Athanase et S. Cyrille ont si exp Litement affirmé le sentiment que nous avons à prouver.

(2)S. Bonavent., in in, D. i, art. 2, q. 2.

(3) Joan ,m; it>.

avez- vous trouvée devant Dieu ! Grâce singulière, car vous seule avez mérité cette plénitude; grâce universelle, car votre plénitude se déverse sur tous... Donc, ô Vierge, les pécheurs peuvent recourir à vous; ils ont le droit de vous dire : Faites-nous part de là grâce que vous avez trouvée pour nous; car, si nous n'avions pas été des pécheurs, vous n'auriez jamais été la Mère de Dieu ». Celui qui parle de la sorte à Marie est un auteur du quatorzième siècle, le pieux Raymond Jordan (i).

Cette espèce de sommation respectueuse, faite à la bienheureuse Vierge au nom des pécheurs, est familière aux écrivains mystiques du moyen âge. Don-

(i) Piae lect. seu contemplât . de B. V. P. 4, contempl. 4> n. 3. Il était communément connu sous le nom d'Idiot, ou de sage Idiot, jusqu'au moment où le P.Théophile Raynaud, S. J , publia un manuscrit de ses ouvrages. On sut par lui que l'auteur était Raymond Jordan (lat. Jordanus), prévôt d'Uzès en i38i, et depuis abbé de Sella dans le diocèse de Bourges. Ces Piae conteniplation.es , se trouvent dans la Summa Aurea de Migne,t. IV, p. 85i, sqq.

Ces pensées sont si consolantes que je veux rapporter encore ce passage de Richard de Saint-Laurent : « Les pécheurs peuvent lui dire : G 'est pour nous que vous êtes devenue Mère de Miséricorde. En effet, s'il n'y avait eu ni pécheur ni péché, il n'y aurait pas eu d'Incarnation, et par conséquent, elle n'aurait pas été Mère de Dieu . . Voilà pourquoi un de nos poètes lui a chanté%nagistralement : Hâtez-vous de faire miséricorde aux misérables, ô bienheureuse Vierge : car, si vous vous regardez vous-même, ce sont les misérables qui vous ont faite bienheureuse. Donc, béatifiez les misérables dont la cause vous a béatifiée vous-même. « Festina miseris misereri, Virgo beata, Nam si te recolis, miseri fecere beatam. Ergo bea miseros, quorum te causa beavit. »

Et encore : « N'ayez pas en haine les pécheurs : sans eux vous n'auriez pas mérité d'avoir un tel Fils. Point d'hommes à racheter, nulle raison pour vous d'enfanter le Rédempteur.

Nec abhorre peccatores Sine quibus nunquam fores

Tanto digna Filio.

Si non essent redimendi, iNulla tibi pariendi

Redemptorem ratio. »

Ricard, a S. Laurentio, de Deipara, L. îv, 22. Cet ouvrage se trouve vers la fin des œuvres d'Albert le Grand, t. XX, sous ce titre : de Laudibus B Marias. L'auteur était Pénitencier de Rouen vers le milieu du treizième siècle.

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