‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 34 sur 78 · CH. I. — LA MATERNITE DIVINE ET L INCARNATION I2Q · texte numérisé non relu

CH. I. — LA MATERNITE DIVINE ET L INCARNATION I2Q

nons-en d'autres exemples. Ils seront à la fois une confirmation de la doctrine que nous cherchons à mettre en lumière, et pour notre dévotion envers la Mère bénie du Sauveur un stimulant des plus efficaces. Voici, pour commencer, une prière de saint Anselme de Cantorbéry : « 0 Dieu qui êtes devenu le fils d'une femme, en vue de la miséricorde; ô femme qui vous-même êtes devenue Mère de Dieu, en vue de la même miséricorde, ayez pitié d'un misérable, vous en pardonnant, et vous en intercédant pour moi ; ou bien montrez-moi quelqu'un de plus miséricordieux en qui je trouve un refuge plus assuré, quelqu'un de plus puissant sur qui je me repose avec plus de confiance » (i).

Après le maître, voici le disciple, héritier de sa doctrine et plus encore de son affectueuse dévotion pour Marie : « Quand je réfléchis en moi-même que le Verbe fait chair est devenu son fils pour le salut des pécheurs, j'ai grande espérance de participer aux largesses de cette incomparable mère : car, je ,ne l'oublie pas, c'est pour les pécheurs, bien plus que pour les justes, qu'elle est Mère de Dieu. Son très miséricordieux Fils ne dit-il pas qu'il est venu pour appeler à lui, non pas les justes, mais les pécheurs ? Et n'ai-je pas lu dans l'Apôtre que le Christ est venu dans le monde sauver les pécheurs dont il est, dit-il, le premier (2)? Si donc c'est pour les pécheurs, c'est-à-dire pour moi et pour mes semblables, qu'elle a été faite Mère de Dieu, comment la grandeur de mes crimes pourrait-elle me contraindre à désespérer du pardon,

(1) S. Anselm., orat . 5i ad S. V. M. P. L. clviii. 902; Cf. Orat. 4? ; ibid., 945.

(2) 1 Tim., 1, i5.

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quand Dieu a tiré d'elle un si ineffable remède pour les guérir » (i)? Encore un texte du même genre; il est de Richard de Saint-Victor: « Si je me présente au jugement avec l'humble aveu de ma misère, et si j'ai pour défendre ma cause la mère de miséricorde, comment ne trouverai-je pas grâce devant mon juge? Marie a été faite Mère de Dieu pour une fin de miséricorde. Aussi, je le crois, elle exerce perpétuellement cet office de miséricorde, en faveur du genre humain, devant la face du Père et devant son Fils, Jésus-Christ Notre Seigneur » (2).

Ajoutons, pour finir, quelques lignes, pleines d'onction, tirées de saint Thomas de Villeneuve. Je les copie dans un de ses discours sur la Nativité de la Vierge : « Célébrons la très digne naissance d'une si excellente mère... Il nous convient de nous glorifier en quelque sorte auprès d'elle : car nous lui avons été l'occasion d'une si haute dignité. En effet, sans la maladie du péché, le ciel ne nous eût pas envoyé notre grand médecin. Ce qui donc nous a fait coupables, cela même a été l'occasion de la faire Mère de Dieu. Car si l'homme n'avait pas péché, nous n'aurions pas eu le Verbe dans la chair. Et pourtant, ô Vierge, cela ne vous constitue pas notre débitrice : car ce n'est pas notre mérite qui l'a fait, mais plutôt notre démérite. Telle est cependant votre bénignité que vous ne pouvez voir votre élévation, sans vous rappeler notre misère; oui, vous serez vraiment l'avocate des pécheurs, vous qui avez été élevée si haut à cause de leurs péchés. Encore que nous ayons le repentir de

(1) Eadmer, de Excellent. V. Mar-iœ, c. i.P.L. eux, 667, 558. Cet ouvrage a été longtemps cité sous le nom de saint Anselme, mais à tort, comme on en convient maintenant.

(r<) Kichard de S. Vict, in Gant. c. 3g. P. L. cxcvi, 5i8.

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