CH. 1. LA MATERNITÉ DIVINE ET L INCARNATION
vulgaire, mais de cette première-née d'où sortirait le Premier-né de toute créature, en qui subsistent toutes •choses (i). 0 bienheureux couple, Joachim et Anne! Toute la création vous est redevable; car en vous et par vous elle offre au Créateur le don qui surpasse excellemment tous les dons, je veux dire la chaste mère qui seule était digne du Créateur » (2). L'avons-
(1) Col. , 1, i5, 17.
(2) S. Joan. Damasc, ibid., n. 2, 664; col. de Orthod. fui. L. iv, c. i5.
On ne pourrait affirmer d'une manière certaine la vérité de cette tradition. Mais si on la dégage de plusieurs détails qui sentiraient la fiction, rien n'en démontre la fausseté quant à la substance. Elle est certainement très ancienne, puisqu'elle est rapportée par l'auteur du sermon delaNativitè duSeiyneur, inséré parmi les œuvres de saint Grégoire de Nysse. 11 affirme, en effet, avoir lu dans une histoire apocryphe que les parents de la Mère de Dieu étaient restés stériles jusque dans un âge très avancé, mais que sainte Anne avait, comme la mère de Samuel, obtenu par ses prières ce fruit miraculeux de sa vieillesse (P. G. xLvir, 1137. sqq.) Où il faut remarquer qu'en cet endroit la qualification d'apocryphe ne dit pas que l'histoire soit en tout fabuleuse, mais qu'elle n'est pas de celles dont l'autorité est de tous points indiscutable.
La même tradition nous est donnée par les évangiles apocryphes, et notamment par le plus ancien de tous, celui de Jacques, communément appelé le l'rotévangile. Le texte grec de cet Evangile, dans l'état où nous le possédons, peut remonter au quatrième siècle. Il a pour titre : Histoire de Jacques de la Nativité de Marie. Le texte latin est une adaptation du grec, qui est probablement du ve siècle, avec le titre fictif : Livre de la naissance de la B. Marie et de l'Enfance du Sauveur, écrit en hébreu par le B. Evangéliste Matthieu et traduit en latin par le B. prêtre Jérôme. Ce Protévangile est une compilation catholique que l'on croit formée de morceaux dont l'origine ne serait pas la même. Le premier fragment, c'est à-dire le récit de la conception miraculeuse, de l'enfance et du mariage de Marie, daterait, au sentiment des critiques modernes, du 11" siide. Ce serait probablement le livre de Jacques signalé par Origène. Les deux autres pièces, l'une attribuée à saint Joseph sur la naissance du Sauveur, l'autre racontant la mort de Zacharie, seraient ou de la même époque, ou peut-être du 111e siècle. Voir le Diction, de la Bible, au mot Evangiles Apocryphes; et Tischendorf (Evangil. Apocryph. Hagae, i85i). Voir aussi de curieux détails sur le texte latin de l'Evangile de Jacques chez •saint Fulbert de Chartres, serai. 5 ad popul. de Ortu almae Virginis. P. L. cxli, 326, 327.
Or, cette tradition a été acceptée en Orient par la foule des panégyristes de Marie : par saint André de Crète (or. 1 de Assumpt. seu Dormit. B. V. Deip.\ par saint Germain de Constantinople (orat.de Praesentat. 2. P. G. xcxvm, 3i3, sqq.), par le pseudo-Epiphane (orat.de Laudibus Deip. P. G. xliii, 488), par l'empereur Léon (or. de Naliv. mat ris Dei), etc. D'Orient elle se répandit rapidement en Occident, ou ■on peut la lire en nombre d'ouvrages . Voyez, par exemple, le sermon
nous bien compris? La nature par elle-même était impuissante à produire le chef-d'œuvre; et si la grâce, en d'autres termes, si l'intervention du Saint-Esprit, vient aider et compléter la nature, c'est parce que l'enfant du miracle a pour destinée d'être la Mère de Dieu. D'où la conséquence évidente : si Marie n'eût pas dû, suivant les préordinations divines, engendrer virginalement, un jour, le Fils unique de Dieu, la nature était privée du secours de la grâce, et demeurait dans son impuissance. Une Vierge n'aurait pas conçu d'homme, sans le concours de l'homme, si cet homme n'eût pas été le Verbe fait chair. Joachim et Anne n'auraient jamais connu cette enfant, leur couronne et leur joie, si elle n'eût pas été la Vierge qui devait enfanter. Nouvelle preuve que l'existence et la maternité de Marie sont inséparablement liées ensemble, et que celle-ci est la raison de celle-là.
Du reste, la Sainte Ecriture, encore que, nulle part, elle n'affirme expressément une liaison si étroite, la fait aisément deviner à qui la médite et sait l'entendre. Impossible de la lire attentivement, sans acquérir la conviction que la maternité de Marie n'est pas une qualité comme accidentelle à son existence; mais qu'elle est plutôt de sa constitution, je dirais presque, son être même. A cette lumière, j'oserais, toute proportion gardée, la comparer, comme mère du Fils, au Père de cet Unique pour qui c'est tout un d'être Père et d'être une personne divine et Dieu même. Et de même qu'en vertu de la relation réelle qui les oppose
sur la Nativité de la B.V. M. dans l'appendice des œuvres de saint Hildefonse (P.L. xcxvi,2 78),le sermon de saint Fulbert de Chartres sur la Nativité de la Mère de Dieu (/. c.,324, sq.), Denys le Chartreux l'admet et cite pour elle le Coran {de Laud. Deip. L. i, a. 5), Cf. P. Theoph. Raynaud, Diptycha Marian. P. I., punct. i, n. 4«
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et les constitue, penser l'un c'est concevoir l'autre, ainsi nul fidèle ne se rappelle la Vierge sans avoir devant le regard de l'esprit celui dont elle est la mère. A Dieu ne plaise que je donne la comparaison comme parfaite. Pourtant, quand nous aurons creusé le sens caché des Ecritures, vous m'accorderez que, si je l'ai faite, ce n'a pas été sans fondement.
Ouvrons donc les Ecritures. Jamais Marie ne s'y montre sans Jésus. La première fois qu'elles la font connaître au monde, c'est par l'annonce de sa maternité. « Je mettrai une inimitié entre toi et la Femme, entre sa Semence et ta semence » (i). Partout, dans la suite, elle m' apparaît avec Jésus : Jésus naissant, Jésus fuyant en Egypte, Jésus offert au temple, Jésus perdu et retrouvé, Jésus croissant, travaillant et soumis, Jésus prêchant, Jésus expirant. Je vous demande de m'indiquer un endroit des Saintes Lettres, où Ton parle de la mère indépendamment du Fils. Cet endroit unique, vous ne le trouverez pas. Assurément, Marie n'est pas toujours à côté de Jésus, bien qu'elle l'accompagne, le plus souvent, jusque dans ses courses apostoliques. Mais là n'est pas la question. Ce que je veux dire, c'est que partout où l'Evangile fait mention d'elle, il la présente ou la nomme dans son rapport intime avec le Fils de Dieu, son fils.
Elle était à la retraite du Cénacle, après l'Ascension, et Jésus n'était plus là. Mais écoutez ce que disent les Actes : Et les Apôtres « persévéraient unanimement dans la prière... avec Marie, mère de Jésus » (2). On dirait une loi, sans nulle exception, qui défend de séparer jamais le nom de la mère du nom
(1) Gen., m, 10.
(2) Act., 1, 14.
de son fils, à moins toutefois qu'on la nomme uniquement par lui. Quatre fois, dans un seul chapitre du premier Evangéliste, l'ange et saint Matthieu font mention d'elle, et quatre fois ils accolent le nom de Jésus à celui de sa mère. Les masres viennent adorer le nouveau Roi d'Israël; et « ils trouvent l'enfant avec Marie, sa mère » (i). Elisabeth, au jour de la Visitation, s'était écriée déjà, sous l'action du Saint-Esprit: « D'où m'arrive-t-il que la mère de mon Seigneur vienne vers moi » (2)? Quand le saint vieillard Siméon eut achevé son cantique, et remis l'enfant aux bras de son père adoptif et de sa mère, « il dit à Marie, sa mère» (,*»). « Et sa mère conservait et repassait toutes ces choses en son cœur »(4). Saint Marc ne parle directement qu'une fois de la Vierge : c'est pour l'appeler mère de Jésus (5). Et si, dans un autre passage, il relate certaines paroles des Juifs où Marie se trouve nommée, c'est toujours comme mère de Jésus qu'on la désigne (6). Saint Jean ne la connaît pas sous un autre nom que celui de mère de Jésus : témoin le récit des noces de Gana et la scène du Calvaire (7); tellement qu'il n'emploie pas une fois l'appellation de Marie.
Puis-je croire qu'une manière de parler si constante, en des livres inspirés de Dieu, ne contienne pas un sens profond? Et quel peut-il être, si nous n'y voyons pas la compénétration voulue du ciel entre l'existence de la Vierge et sa maternité ? Vous me demandez ce
(1) Matth., 11, 11.
(2) Luc, 1, 4^-
(3) Luc, 11, 34.
(4) Luc, 11, 5i .
(5) Marc, m, 3i .
^6) Marc, vi, 3.
(7; Joan., 11, 1, sqq. ; xix, 25, 26.
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quelle est; je n'ai de par l'Evangile qu'une réponse : « Marie de laquelle est né Jésus, qui est le Christ» (i), et plus brièvement encore : Marie de Jésus.
L'ancien Testament, s'il en était besoin, ajouterait son témoignage à celui du Nouveau : tellement c'est chose évidente que l'Ecriture ne parle de Marie qu'au point de vue de sa maternité divine. Retranchez les textes qui la représentent, soit comme l'ennemie du serpent infernal, celle dont la Semence écrasera la tête du monstre (2), soit comme la Vierge qui, demeurant vierge, conçoit et met au monde l'Emmanuel (3), soit comme la femme qui enceindra un homme (4), soit comme celle qui doit enfanter (5); et vous la chercherez vainement du livre de la Genèse au dernier livre des Macchabées, à moins toutefois que vous ne trouviez un texte où elle vous apparaisse encore dans son être de mère. Preuve sensible qu'elle n'a d'existence que pour cela.
Mais, sans insister davantage sur cette considération, j'aime mieux méditer, sous la direction des Pères et de l'Eglise, le texte si connu des Proverbes, où la divine Sagesse a dit d'elle-même : « Lo Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, avant qu'il eût rien fait, dès le principe » (6). Les Septante, où la Vulgate emploie le terme possedit, m'a possédée, ont mis l'expression creavit (exTise), m'a créée. Ce fut pour les Ariens une occasion de retourner ce texte
(1) Matlh., 1, 16.
(2) Gen., m, i5.
(3) Isa., vu, 14.
(4) Jerem., xxxi, 22.
(5) Sous-entendez d'après le contexte : le Dominateur qui, sorti de Bethléem, apportera la délivrance et la paix, c'est-à-dire, le Messie. Mie h., v, 3 cum antec.et conseq.
(6j Prov., vin, 22.
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contre la consubstantialité du Verbe avec Dieu, son Père, puisqu'il semble lui-même s'affirmer ici comme créé. Sans vouloir suivre les Pères dans toutes les explications par où ils démontrent l'inanité de l'argumentation des hérétiques, signalons dans leurs réponses ce qui peut se rapporter à la question présente, et donnons tout d'abord la parole au victorieux champion de la foi dans ces luttes, je veux dire à saint Athanase d'Alexandrie. Il accepte la leçon du texte grec, c'est-à-dire celle qui porte : « il m'a créée principe de ses voies, en vue de ses œuvres. J'ai été fondée avant tous les âges... », etc. Et voici comment il l'interprète.
« Le Seigneur, dit la Sagesse., m'a créée principe de ses voies; c'est-à-dire, mon Père m'adonne un corps, et par là m'a créé, non pas comme Dieu, mais comme homme, pour le salut des hommes... Si donc nous acceptons le mot créé des Proverbes, il faut l'entendre non pas du Verbe tout entier, mais du Verbe considéré dans ce corps créé dont le Père l'a revêtu à cause de nous, nostri causa, pour que nous fussions renouvelés et déifiés en lui ( r). Donc, ce n'est pas de la nature du Verbe, mais de son humanité que parlent les Proverbes... Avant toute création le Verbe était, de toute éternité... Mais quand le Créateur eut fait ses œuvres, et qu'une économie de restauration fut nécessaire pour en relever les ruines, alors le Verbe s'offrit lui-même et s'anéantit jusqu'à devenir semblable à l'ouvrage de Dieu: et c'est là ce que signifient les mots: // m'a créée (2)... Aussi l'Écriture ajoute-t-elle immédiatement après : pour ses œuvres, en vue de ses œuvres. Elle veut par là
(1) S. Athan , Orat. 2 c. Arian. n. l\7> P. G. xxvi, 245, s<j.
(2) Ici., ibid.t n. 5i, 256.
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nous faire connaître la cause de cette création, comment le Verbe s'est incarné pour la restauration des œuvres de Dieu : c'est que la Sainte Ecriture a coutume, lorsqu'elle parle de l'origine de Jésus-Christ dans la chair, d'énoncer la cause pour laquelle il s'est fait homme... Car avant l'Incarnation du Verbe il y a la nécessité de l'homme, sans laquelle il n'eût jamais revêtu notre chair (i)...
« Et il m'a fondée avant les siècles : comme si la Sagesse disait : Moi qui suis le Verbe, mon Père m'a revêtu d'un corps terrestre. C'est ainsi que celui qui pour notre cause a épousé la nature humaine est fondé; il est fondé, dis-je, afin que nous-mêmes, adaptés et comme incorporés à lui, nous nous élevions à la perfection véritable (2)... Du reste, si l'Ecriture aux mots créée, fondée, joint les formules : avant les siècles, lorsque la terre n'était pas faite encore, il n'y a pas là de quoi nous surprendre : tout cela se rapporte au même mystère, celui du Verbe fait homme.
« La grâce que nous a faite le Sauveur, s'est révélée dans le temps; mais, avant notre naissance, ou plutôt, avant la constitution du monde, elle nous était préparée dans les éternels conseils. C'est que Dieu n'avait pas besoin d'attendre pour délibérer sur notre sort, commme s'il eût, à quelque époque, ignoré nos destinées futures. Comme il savait donc éternellement qu'après avoir été créés dans la sainteté nous deviendrions rebelles à ses ordres et serions chassés du paradis; lui qui est la bonté par essence, il nous prépara dans son propre Verbe une économie de salut,
(1) Id.,ibid., n. 53, 54, 260, 261 ; col. n. 55, init.
(2) Ici-., ibid., n. 74, in f . 3o5. ■
qui nous rendît à l'immortalité (i)... Donc le conseil et le décret de notre salut remontent au delà de tous les âges; mais l'exécution s'en est faite par la venue du Sauveur, à l'heure où le demanda la nécessité » (2).
J'ai dit plus haut que saint Cyrille était en harmonie parfaite avec son illustre prédécesseur.
La preuve en est dans le commentaire qu'il a fait du même texte pour réfuter les mêmes attaques. « Le Seigneur, dit la Sagesse, m'a créée; comme si elle disait : mon Père m'a revêtu d'un corps, et m'a créée comme homme, pour le salut de l'homme... Puis donc que le Fils de Dieu s'est fait homme pour achever les œuvres de Dieu, et devenir Je principe des voies qui mènent à la réparation du genre humain, c'est à juste titre qu'il dit de lui même : Le Seigneur m'a créée principe de ses voies et pour ses œuvres » (3).
« Il m' a fondée avant les siècles. Dieu, dont la science n'attend pas la présence des événements pour les connaître, a vu, même avant la constitution du monde, ce qui devait advenir dans les temps les plus reculés. C'est pourquoi... devant tous les âges, il a posé son Fils,. dans sa prescience, comme le fondement sur lequel nous devrions nous appuyer pour nous élever de notre chute jusqu'à l'incorruptible immortalité. Car il savait que nous allions mourir, en devenant pécheurs... Connaissant donc en son éternité nos destins futurs^ le Créateur a prévu et prédéfini celui qui devait être homme pour nous, c'est-à-dire son Verbe, afin qu'il lut le principe de ses voies et une base inébranlable de restauration pour la nature humaine... Donc, à
(1) Id., ibid., n. 75, 3o5.
(2) Id.t ibid., n. 77, 3og.
(3) Cyrill. Alex., Thesaur, Assert. i5. P. L. lxxy, 26G, 274.
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considérer le décret et l'intention du Père, le Christ a été fondé avant tous les siècles; mais à considérer l'exécution, l'œuvre s'est opérée dans le temps, en la manière qu'exigeait la nécessité des choses » (r). N'avais-je pas raison d'affirmer l'identité de doctrine où nous trouvons jusqu'à la répétition dos mêmes formules ?
Pourquoi cet appel à la pensée de ces grands docteurs ? Parce qu'elle ne confirme pas seulement l'opinion ci-dessus émise sur le fait de l'Incarnation, mais qu'elle nous aide à mieux concevoir ce qu'est la maternité divine à l'existence de Marie. Personne, en effet, ne peut ignorer avec quelle insistance l'Église applique à la bienheureuse Vierge ce passage de nos saints Livres. Grecs et Latins l'emploient de concert pour célébrer ses glorieuses origines; et la sainte Liturgie ou leur en a donné l'exemple ou l'a reçu d'eux (2). Que l'application qui se fait de ces textes à Marie ne repose pas sur le sens littéral, je l'accorderai sans peine. Soit! il y a seulement accommodation. Mais ce n'est pas une de ces accommodations factices quiressortent plus des mots que des choses, nées d'un agréable jeu de l'esprit plutôt qu'appuyées sur un fondement doctrinal.
Non, si l'Eglise attribue constamment à Marie ce que l'Esprit-Saint a révélé de la Sagesse incarnée, c'est que le texte exprime des idées qui lui conviennent; non pas au même degré qu'au Fils de Dieu, son fils, mais en vérité toutefois, et dans une mesure exclusivement sienne (3). Donc Marie, comme le Verbe fait
(1) Id., ibid., 291-294.
(2) Cf. Offic. connu. B. V ; Immacul. Concept. ; Nativ. B. M. V.; Rosarii B. V. ; Desponsationis, etc., etc.
1-3) Si nous supposons, avec nombre de Pères, que le texte des Pro-
1 44 If 'H. GRANDEUR DE LA MATERNITE DIVINE
chair, a été créée pour être avec lui et par lui le principe des voies nouvelles, et la restauratrice des œuvres de Dieu. Et voilà pourquoi l'Eglise lui fait dire comme à lui : « J'ai été fondée avant tous les âges... Les abîmes n'existaient pas encore, et les montagnes n'étaient pas assises sur leur forte base, et j'étais déjà conçue; avant les collines j'étais engendrée » (i) ; non pas en réalité comme le Verbe-Dieu, mais dans la prédestination divine, comme ce même Yçrbe fait homme.
Dès lors nos deux existences étaient enlacées l'une et l'autre dans l'unité d'un même décret, dans l'intention d'une même fin, le salut du monde; tellement associées et mêlées que Dieu lui-même ne nous a jamais séparés dans sa pensée. Toujours il l'a voulu comme mon Fils, toujours il m'a voulue comme sa Mère; et l'un et l'autre il nous a voulus uniquement pour son œuvre par excellence, la réparation de la nature déchue. « Que l'homme donc ne vienne pas séparer ce que Dieu a si indissolublement uni » (2).
Il importe assez peu que nous suivions le texte grec des Proverbes ou celui de la Vulgate (3). Lisez comme porte notre version latine : « Dieu m'a possédée au commencement de ses voies; avant qu'il créât aucune chose, j'étais dès lors. J'ai été établie (ordonnée) dès
verbes se rapporle à la Sagesse incarnée^ ce n'est plus seulement au sens accommodatice, mais d'une certaine manière au sens littéral qu'il parle de la Mère de Dieu. Je veux dire que cette divine Mère s'y trouve implicitement, adsiynificata, connotata, comme disent les interprètes de nos saints Livres. Pourquoi ? Parce que l'idée du Verbe dans la chair, notre chair, rappelle naturellement à la pensée la femme qui doit être le principe de cette même chair.
(i)Prov., vin, 23, sqq.
(2) Matth., xix, 6.
(3) Le texte hébreu indique plus spécialement une production par voie de génération. Mais cela n'infirme en aucune manière le raisonnement qui précède, puisque saint Athanase, saint Cyrille et la Liturgie ont pris les leçons du grec ou de la Vulgate pour les appliquer soit au Fils, soit à la Mère.
Cil. I. LA MATERNITÉ DIVINE ET l/lNCAR\AT10N l45
l'éternité... »; la conclusion qui découle naturellement de l'accommodation du passage à la bienheureuse Vierge, reste la même : Marie, dans les conseils de Dieu, ne doit exister que pour être la mère de la Sagesse incarnée.
Aux premiers jours du monde, Dieu créa d'abord l'homme; puis, du côté de l'homme il tira la femme, pour qu'elle lui fût un aide semblable à lui ; et l'homme et la femme furent deux dans une seule chair : deux opérations divines, séparées dans le temps, mais solidaires l'une de l'autre, comme le texte inspiré nous le montre avec évidence. Ainsi la production de Marie devance celle de Jésus; mais elle s'y réfère; et s'il est permis de voir quelque différence entre la création du premier couple et la formation du nouvel Adam et de la nouvelle Eve, c'est pour constater une alliance, disons plus, une dépendance plus étroite entre le fils et la mère qu'elle ne fut entre le premier époux et la première épouse. Ils sont plus un dans une seule chair et dans une existence commune.
Répétons-le, parce que rien n'est plus important pour se rendre c; mpte du rôle, des destinées, des gloires de Marie. Le Verbe fait chair et Marie se compénètrent dans les décrets de Dieu, si bien qu'il est impossible de concevoir l'un sans penser à l'autre. Le Sauveur est prédestiné dans le plan divin, non pas après coup, mais du premier moment, au premier jet, comme ayant une mère; et cette mère elle-même fait indissolublement partie du même plan, comme un élément non pas accessoire, accidentel, mais essentiel. Au même titre que le Rédempteur du monde ne se conçoit pas indépendamment de sa nature humaine, et que cette nature elle-même doit exister uniquement
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pour être l'organe animé du Christ Sauveur, ce Fils de l'homme appelle une mère, et cette mère est tellement pour lui qu'elle n'aurait jamais eu de réalité sans lui. Qui ne pressent déjà quelles conséquences vont suivre d'une si haute unité pour la gloire de la Vierge Mère, et quels trésors de grâce et de sainteté renferme pour elle une si ineffable prédestination?