‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 38 sur 78 · III. — De l'Orient revenons aux Occidentaux · texte numérisé non relu

III. — De l'Orient revenons aux Occidentaux

« O Notre Dame, rien ne vous égale, rien n'est comparable à vous. Tout ce qui est, ou bien est audessus de vous, ou bien est au-dessous de vous. Au dessus de vous, Dieu seul ; au-dessous, tout ce qui n'est pas Dieu. Oui pourra jamais estimer une telle excellence; qui pourra l'atteindre » (3)? Je l'ai déjà

(i) S. Sophron., or. in SS. Deip. Annunc. 2 . P. G. xcvn, 3241.

(2) S. Andr. Cret., hom. in Dormit. S. Mariae. P. G. xcvn, io5G.

(3) Auctor L. de Concept ione... P. L. eux, 307.

CH. II. — PENSÉES DES PERES ET DES SAINTS l55

fait remarquer, l'ouvrage d'où je tire ce dernier texte n'est pas de S. Anselme, comme on l'a cru longtemps. Mais, sauf le point particulier de la conception de Marie, les idées qu'il renferme sont bien du grand évêque de Cantorbéry. Voyez, en effet, comment il parle lui-même à la divine Vierge dans l'une de ses plus dévotes oraisons : « 0 merveille des merveilles, à quelle sublimité de hauteur je contemple Marie ! Il n'y a rien d'égal à Marie ; il n'y a que Dieu plus grand que Marie. C'est que ce Fils qu'il a engendré, de son cœur, égal à lui-même, et qu'il aime comme lui-même, Dieu l'a donné à Marie. De Marie il s'est fait un fils, non pas un autre que le sien, mais le même : en sorte que le Fils de Dieu et le Fils de Marie sont un seul et commun fils de l'un et de l'autre, suivant la nature. Tout dans l'univers a été créé de Dieu, et Dieu est né de Marie; Dieu a créé toutes choses, et Marie a enfanté Dieu. Lui qui a tout fait s'est fait lui-même de Marie; et par là même il a refait tout ce qu'il avait fait » (i). Ce qu'avait dit le maître dans l'ardeur de sa piété, Eadmer, son plus fidèle disciple, le recueille et le développe avec amour. « Ici, que l'esprit de l'homme se redresse et qu'il entende, dans la mesure de son pouvoir, à quel point le Dieu tout puissant a estimé les mérites de cette bienheureuse Vierge. Qu'il contemple, dis-je, et qu'il admire comment Dieu le Père a engendré de sa nature, et sans commencement, un Fils consubstantiel et coéternel à lui-même; comment il a par lui fait de rien toutes les créatures visibles et invisibles. Or, ce Fils, son unique et son bien-aimé, il n'a pas souffert qu'il fût seulement sien; mais il a voulu que

(t) S. Anselm. Cant., oral. 5s. P. L. glviii, 906.

l56 L. II. — GRANDEUR DE LA MATERNITE DIVINE

le même Fils devînt, en toute vérité, le fils unique, le fils bien-aimé, le fils propre et véritable de la bienheureuse Marie : non pas qu'il dût y avoir deux fils, l'un Fils de Dieu, l'autre fils de Marie, mais un seul et même fils qui, dans l'unité d'une seule et même personne, est à la fois Fils de Dieu et fils de Marie. Oui donc, devant un tel mystère, ne serait pas saisi de stupeur » (i)? C'est, en effet, « que le simple titre de Mère de Dieu suffit à lui seul pour mettre la Vierge à une hauteur au-dessus de laquelle on ne peut concevoir que Dieu » (2).

IV. — Je voudrais m'arrêter. Mais je me souviens que les hérétiques nous reprochent de trop exalter la Mère du Seigneur; et que des catholiques même estiment excessifs et de date récente nos panégyriques enthousiastes à la gloire de sa maternité. C'est ce que j'ai entendu moi-même, et c'est ce qui me détermine à laisser encore la parole aux Saints ; et, de préférence, à ceux qui remontent plus haut dans la suite des âges. Il m'importe peu de paraître prolixe, si par là j'augmente dans une seule âme de chrétien son estime amoureuse pour la Mère de mon Dieu et la mienne.

Retournons à saint Jean Damascène. Il salue la bienheureuse Marie « comme étant tout entière la demeure de l'Esprit Saint, tout entière la Cité du Dieu vivant que réjouissent les torrents du fleuve, c'est-àdire les grâces du Saint-Esprit coulant à flots sur elle; tout unie à Dieu, plus élevée que les plus hauts des Anges, très voisine de Dieu, proxima Deo. 0 miracle, le plus admirable des miracles! Une femme

(1) Eadmer, L de Excell. B. M. c. 3. P. L. clix, 56 i, 562.

(2) Eadmer, ibid., c. 2, 559.

est montée au-dessus des Séraphins, parce que Dieu s'est abaissé un peu au-dessous des Anges (i). Que Salomon ne dise plus : il n'y a rien de nouveau sur la terre (2). 0 Vierge, toute ruisselante de la divine grâce, temple sacré de Dieu, que le Salomon spirituel, le Prince de la paix habite, après l'avoir construit de ses mains; sanctuaire où resplendit, au lieu de pierres précieuses, le Christ, perle infiniment précieuse et diamant de la divinité » (3). Ailleurs, la contemplant au ciel et dans sa gloire de mère, il pousse ce cri d'admiration : « Entre la mère et le fils point de milieu » (4).

Voulez-vous remonter plus haut. Ecoutez de nouveau un père du quatrième siècle, le bienheureux saint Ephrem : « 0 notre très glorieuse Dame, vous êtes plus élevée que les cieux; plus blanche que les rayons du plus radieux soleil ; plus glorieuse incomparablement à vous seule que toutes les armées d'en haut a (5). Avant lui, saint Méthode, évêque de Patare, disait à Marie, sur la fin du troisième siècle : « Le temps nous manquerait, non seulement à nous, mais à toutes les générations futures, s'il fallait vous offrir une louange digne de vous, ô mère du Roi des siècles. C'est là ce que le prophète nous voulait faire entendre, quand il disait : Combien grande est la maison de Dieu, combien vaste le lieu de sa possession ! Il est grand et il n'a pas de fin, il est sublime, il est immense (6). Oui, c'est là vraiment un oracle prophétique, une parole

(1) Hebr., n, g.

(2) Eccl., I, 10.

(3) S. J. Damasc, hom. i, in Nativ. B. V. M., n. 9 et 10. P. G., xcxvii, 676, 677,

(4) ld., or. 3, in Dormit. B. M. V., n. 5, ib., 7G1.

(5) S. Ephrem, opp. m fgraece}. p. 576.

(6) Baruch, ni, 24, 25.

l58 L. II. GRANDEUR DE LA MATERNITE DIVINE

véritable où se révèlent et votre magnificence et votre majesté. Car vous seule avez mérité de partager avec Dieu ce qui est Dieu; vous seule avez engendré dans la chair l'Unique qui procède éternellement de Dieu. Ainsi pense quiconque porte au cœur la fci véritable » (i).

Saint Proclus, avant d'être évêquede Cyzique, avait été le disciple privilégié de saint Jean Chrysostôme, dans l'église de Constantinople. On sait quelle part il eut dans la condamnation de Nestorius,dont il occupa glorieusement la chaire. Il n'est donc pas indifférent de l'entendre parler de cette maternité pour laquelle il avait combattu. C'est avec un saint enthousiasme qu'il en chante les grandeurs. Après avoir passé brièvement en revue tous les grands personnages de l'ancien Testament, pour rappeler leurs gloires et leurs vertus; « non,s'écrie-t-il,il n'est personne qu'on puisse comparer à Marie, la Mère de Dieu. Celui que les Prophètes virent en énigme, elle l'a porté dans ses entrailles, revêtu de notre chair, et rien n'a pu faire obstacle à l'économie du Verbe de Dieu... Je me plais à le redire, rien dans le monde qui soutienne le parallèle avec la Mère de Dieu.

« Parcourons en pensée toutes les créatures, et dites-moi s'il y a quelque chose qui égale ou surpasse cette Vierge, Mère du Verbe. Promenez un regard sur la terre, les mers, les profondeurs de l'air; pénétrez jusque dans les cieux; considérez en esprit les vertus invisibles et répondez-moi. Avezvous rencontré dans toute la création semblable merveille? Les cieux racontent la gloire de Dieu (2);

(1) S. Mcthod., serin, de Sim. et Anna., n. 10. P. G. xvin, 37.3.

(2) Psalm., xvin. 1,

CH. II. PENSÉES DES PERES ET DES SAINTS l5f)

les Anges le servent en tremblant; les Archanges, les Chérubins, les Séraphins n'osent affronter de trop près son infinie splendeur, et je les entends crier d'une voix où la terreur se mêle à l'admiration : Saint, saint, saint, le Dieu des armées; les cieux et la terre sont pleins de sa gloire (i). L'abîme des mers obéit à sa voix (2); les nuées, saisies de crainte, lui servent de char (3); le soleil, à la vue de son injuste supplice, s'éclipsa d'horreur (4); l'enfer vomit ses captifs, et son aspect en épouvanta les geôliers (5); la montagne, touchée de son pied, parut se résoudre en fumée; le Jourdain, à son ordre, s'enfuit tremblant vers sa source (6); la mer, domptée par la vue de son image que figurait la verge, se divisa d'elle-même... (7); le feu de Babylone respecta dans les trois jeunes Hébreux le chiffre de la Trinité (8).

« Voilà, certes, des choses bien étonnantes. Remettez-vous en mémoire d'autres faits plus merveilleux encore; et maintenant admirez le triomphe de la Vierge. Celui devant qui tremblent ainsi toutes les créatures; celui qu'elles ne louent qu'en frissonnant d'épouvante ; celui-là même la Vierge, et la Vierge seule, l'a reçu d'une manière ineffable dans ses chastes entrailles » (9). « Si donc nous voulons la célébrer dignement par nos louanges, confessons qu'elle est, en toute vérité, la Mère de Dieu fait homme. Tout le

(1) Is., vi. G.

(2) Luc., vi. 1, 24.

» 3) Is., xix, 1.

(4) Matth., xxvii, 45.

(5i Matth., xxxn, 5a.

(G) P>alm., r.xiir, 3.

(7) Exod , xiv, 1G.

(8i Dan., ni, 5o.

(9) S. Proclus, oi'at. 5. Laudat. in S^ V. Deip., n. 2. P. G. lxv, 717, sq.

reste sera toujours au-dessous de ce titre de gloire. Appelez-la Reine du Ciel, Souveraine des Anges ; imaginez pour l'exalter tout ce qu'une intelligence humaine peut concevoir de plus excellent, jamais vous ne penserez ni n'exprimerez rien qui égale cette simple, mais ineffable louange : elle est la Mère de Dieu ; non assurget ad hune super indicibilem honorem qu& creditur et praedicatur Dei Genitrix » (i).

C'est Pierre de Celle qui va poursuivant dans ces termes les sublimes pensées de saint Proclus. Le même évêque de Chartres écrit encore : « 0 Vierge des Vierges, qu'est-ce que cela ? Où êtes-vous? Je regarde et je vous vois qui vous approchez presque immédiatement de l'inestimable et suréminente Trinité... Vous n'en êtes pas une quatrième personne : car la Trinité, dans sa très une, très immuable et très parfaite unité, ne peut admettre d'égal. Ou'êtes-vous donc? Seule la première après l'Unité et la Trinité, la Mère de celui dont le Père est Dieu le Père; la Mère de celui de qui procède, comme du Père, l'Esprit Saint; una et prima post Unitatem et Trinitatem... » (2).

Un siècle après, l'auteur du Miroir de la Vierge écrivait cette belle page, dont on fait généralement honneur à saint Bonaventure; et certainement celui-ci ne l'aurait pas désavouée : « La Mère du Seigneur, mère et vierge tout ensemble, est la plus digne entre les mères. Elle est vraiment la mère que demandait un tel fils; la mère à qui seule il convenait d'avoir ce même fils; une mère telle que Dieu lui-même ne pourrait en faire une plus grande. Dieu pourrait faire un plus grand monde, Dieu pourrait faire un plus grand

(1) Petr. Cellens. L. de Panibus, c. ai. P. L. cen, 1021.

(2) Petr. Cellens. Serm. i3, de Purifie. S. Mar, P. L. ccn, 675.

iGl

ciel ; une mère plus grande que la Mère de Dieu, Dieu ne pourrait la faire. C'est pourquoi S. Bernard a dit : aucune autre mère ne convenait à Dieu, qu'une vierge ; aucun fils ne convenait à une vierge, qu'un Dieu (i) : car il n'a pu naître ni une mère plus grande entre les mères, ni un fils plus grand entre les fils » (2).

Ainsi les siècles répondent aux siècles pour se jeter les uns les autres, à travers l'espace et le temps, ce cri de vénération et d'amour : « Quantum potes, tantum aude, — Quia major omhi laizde, — Nec laudare sufficis. Tout ce que vous pourrez, osez-le; car elle est supérieure à toute louange, et vous ne suffisez pas à la louer». C'est que cette Vierge, dans sa dignité de Mère de Dieu, est immensément plus haute, plus grande que la création tout entière, immédiatement au-dessous de Dieu, si proche de Dieu, que Dieu seul la surpasse et la domine.

V. — Voilà ce que nous lisons chez les Pères et dans les anciens auteurs. A-t-on jamais renchéri sur ces éloges dans les temps moins éloignés de nous? On cite une formule où la Vierge-Mère est représentée comme atteignant les frontières de la divinité (3); S. Bernardin de Sienne nous la montre « très voisine

(i) S. Bern., hom. 2 super Missas est, n. 1.

(2) Specul. B. V. lect. 10. .Opp. S. Bonav. (éd. Vives), xiv, p. 2G0. Il est certain que le Spéculum B. V. n'est pas une œuvre authentique de S. Bonaventure, et ses nouveaux éditeurs le reconnaissent expressément.

(3) Je crois l'avoir noté, ce texte passe communément demain en main et de livre en livre, sous le patronage de S. Thomas d'Aquin.ll est de Cajelan, dans sou commentaire sur la Somme theologique. Le voici tel

■qu'on peut l'y trouver (2-2, q. io3, a. 4» ad 2). « Ad fines divinitatis propria operatione attigit, dum Deum consepit, peperit, genuit et lacet proprio pavit. »

IÔ2 L. II. CxRAXDElTR DE LÀ MATERNITE DIVINE

du Christ, vicinissima Christo » (i), car, « ayant été choisie pour être Mère de Dieu, elle a par là même été élevée à une dignité transcendante, au-dessus de toute dignité qui puisse convenir aux simples ministres du Très-Haut » (2). Le même saint nous dit encore « qu'une femme, pour être digne de concevoir et d'enfanter un Dieu, a dû, pour ainsi dire, être portée à une certaine égalité avec Dieu même, par une mesure en quelque sorte infinie de perfection et de grâces » (3).

Mais, en vérité, ni les deux premières expressions, si fortes qu'elles soient, ni la dernière elle-même avec les tempéraments qui la ramènent à la mesure, n'énoncent rien que la plus haute antiquité n'ait cent fois proclamé de la^ Vierge; disons plus, que cette bénie Vierge n'ait elle-même proclamé la première, à la gloire de Celui qui l'a choisie pour naître d'elle. « Fecit mihi magna qui potens est...; fecit potentiam in brachiosuo.W m'a fait de grandes choses, Celui qui est puissant... lia déployé la force de son bras » (4). D'un mot, Dieu fit sortir du néant le ciel, la terre et les eaux. Dixit etfacta sunt. 11 dit et tout cela fut fait. Ces magnificences de l'univers, qui ravissaient d'admiration le Roi prophète, sont l'œuvre de ses doigis (5). De trois doigts il soutient la masse de la terre (6), et porterait des mondes. S'agit-il de se créer une Mère, il lui faut toute la force de son bras. C'est avant tout l'œuvre de l'amour; mais pour la parfaire, il faut la toute-puissance au service de l'a-

()) S. Ben:ard. Sen., de Glor. nomine M. serm. i, a. 2, c. 1. Opp. IV. (Luçduni, iG5o).

(2) Ici., de Glor. nom. M., serm. 3, a. 2, c. 1. Ibid., p. 82.

(3) Jd.,de Nativ. B. Mariae V., art. un. c. 12. Ibid., p. 97. t4) Luc, 1, 4c, 5i .

(5) Psalm., vin, 2, 4.

(G) Is , XL, 12.

mour, si sublime est cet ouvrage, et tant il dépasse en excellence tout autre ouvrage de Dieu.

Je me trompe, il en est un qui prime cette grande œuvre, c'est l'Incarnation du Verbe. Mais si le Verbe fait chair l'emporte par lui-même sur la maternité dont il lient cette chair, on peut dire en toute vérité qu'il ne faut pas un moindre effort pour faire d'une femme la Mère de Dieu, que pour faire de Dieu le fils de cette mère : tant ces deux ouvrages se tiennent et se confondent. Et ce qui prouve que ce sont là vraiment les œuvres de Dieu par excellence, c'est qu'il n'y en a pas d'autres sur lesquelles il ait écrit son nom, qu'il ait signées de son nom, s'il est permis d'employer ce terme. Le nom que portent les autres ne me dit rien de D'eu. Quant à ces deux chefs-d'œuvre, Dieu lui-même est contenu dans leur nom : Homme-Dieu, Mère de Dieu.

Quand saint Paulavoulu donner au monde une idée qui répondît à la grandeur du Christ, le Prêtre de la Nouvelle Alliance: « Quel est, demande-t-il, celui des Anges à qui Dieu ait jamais dit : Vous êtes mon Fils; moi, je vous ai engendré aujourd'hui? Et encore : Moi je serai son Père, et lui il sera mon Fils? » (i).0 Vierge, ô Mère, cette question de Paul me raconte votre incompréhensible gloire. J'ai lu dans l'Evangile : « Marie, de laquelle est né Jésus, Maria de qua natus est Jésus » (2) ; Jésus, premier-né du Père, et Dieu comme lui. Et je me demande : Quelle est, en dehors de vous, celle des créatures à laquelle Dieu ait jamais dit : Vous êtes ma Mère, et vous m'avez engendrés aujourd'hui? Et encore : Moi, je serai votre fils, et vous, vous serez ma mère?

(1) Flebr., 1, 5.

(aj Malth., 1, 16.

l64 L« u' GRANDEUR DE LA MATERNITE DIVINE

Ce que la foi catholique m'enseigne du relèvement de notre nature par les abaissements du Dieu fait homme, c'est en vous que je le vois réalisé dans sa plénitude. La même heure et le même mystère qui le fait descendre jusqu'au néant, quand il prend la forme d'esclave, vous fait monter presque jusqu'à l'infini, quand vous devenez non seulement une Vierge mère, mais la Mère de Dieu. En vérité, ce n'est pas une surprise pour moi d'entendre les plus saints et les plus grandsgénies du inonde affirmer àl'envi l'impuissance où ils sont de concevoir et d'exprimer dignement ce que vous êtes. Vous-même vous n'avez pu l'expliquerclairement, incapable que vous étiez de le comprendre. Il a fait en moi de grandes choses. Cela vous suffit; si illuminé qu'il soit des splendeurs divines, votre esprit se perd dans la contemplation de ces merveilles. Et quand même, aux jours de votre pèlerinage, il vous eût été donné de les comprendre, votre science serait pour vous seule, et vous seriez obligée de répondre, comme l'Apôtre, aux interrogations de vos enfants : « J'ai entendu des paroles mystérieuses qu'il n'est pas permis à un homme de rapporter » (i) : car aucune langue humaine ne pourrait les redire, aucune oreille, les entendre. Et c'est là, Mère aimable et Mère admirable de mon Dieu, ce qui fait ma joie, de savoir votre maternité si relevée par-dessus toute grandeur, que rien ne saurait en mesurer l'ineffable élévation.

(i) II Cor., xii, 4-

Page 1