‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 42 sur 78 · CH. V. RELATIONS AVEC LE SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

CH. V. RELATIONS AVEC LE SAINT-ESPRIT

principe de l'Amour personnel, du Saint-Esprit. L'humanité du Sauveur n'est pour rien dans la procession de l'Esprit de Dieu. S'il le produit, ce n'est pas en tant qu'il est homme, et par un acte de sa nature humaine, mais en tant qu'il est un suivant la nature divine avec le Père, et par un même acte commun de l'éternel amour. Il est donc faux que la sainte humanité du Sauveur soit associée, d'aucune manière, à l'acte par lequel le Verbe produit le Saint-Esprit, pas plus qu'elle ne Test soit à la création, soit à la conservation des mondes. Tout ce qu'on peut dire, si l'on veut employer ce terme d'association, c'est que la nature humaine du Christ est associée dans l'unité de personne au Verbe, avec qui Dieu le Père est le principe de ce divin Esprit.

Mais si l'humanité du Christ, fils de Marie, ne partage à aucun titre la gloire incommunicable de produire l'Esprit de Dieu, c'est à ce divin Esprit qu'elle doit et son existence et son union personnelle avec le Verbe de Dieu. Et voilà le second point de vue sous lequel vont se manifestera nous les relations de la Vierge Mère avec la troisième personne de la Trinité.

II. — Bien que l'action par laquelle Dieu produit l'humanité du Verbe incarné dans le sein de la Vierge, et l'unit hypostatiquement au même Verbe, soit commune aux trois personnes, la loi des appropriations l'attribue spécialement à la troisième. Nous avons déjà vu pour quelles causes, et dans quelle mesure, et les Saints Livres et toute la tradition catholique ont ainsi distribué les rôles entre les divines personnes, là même où rien ne les distingue (i).

(i) Cf. L. 1, c. 2, p. 33.

De quel nom faut-il appeler le nouveau rapport qui s'établit entre la divine Vierge et le Saint-Esprit? Il est assez d'usage parmi les auteurs plus modernes de le considérer comme une union d'époux à épouse. Et cette analogie n'est pas sans cause, puisque c'est par l'opération de l'Esprit-Saint que la Vierge a conçu le Fils de Dieu. « Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie », lisons-nous dans le Symbole. Pourtant, il faut bien l'avouer, si fréquente que soit aujourd'hui l'appellation d'épouse du Saint-Esprit attribuée à la bienheureuse Vierge, elle fut à peu près inconnue des anciens. C'est à peine si je l'ai rencontrée deux fois pendant une longue suite de siècles (i) ; tant on avait soin de la réserver pour compléter l'expression du rapport entre le Fils et sa Mère.

Pourquoi cette retenue? On pourrait, je le crois, en assign3r deux causes. C'est d'abord que ce titre d'époux, étant déjà spécialement l'apanage du Fils, il importait de ne pas le transférer à l'Esprit Saint, de peur que le mélange des noms n'engendrât la confusion des idées. Voilà pourquoi la Vierge n'est pas appelée l'épouse du Père, bien qu'ils engendrent l'un et l'autre un commun Fils, le Verbe fait homme (2). La seconde raison me paraît encore plus sérieuse. Jamais on n'a dit dans l'Église que le Saint Esprit soit le père du Verbe incarné, non pas seulement clans le sens propre, mais même par analogie. Or, l'appellation d'époux de la Vierge aurait naturellement pour corré-

(1) Une fois chez les Latias. c» Virgo Dei Filio specialiter consecrata, specialiter sancto conjugata spirilui ». Serm. l\o, in Assumpt. inter opéra S. Pétri Dam. P. L. cxliv, 719. Une autre fois chez les Grecs.

(2) Je ne connais qu'un seul texte qui lui donne ce litre. Cf. Paraclet. Graecor., p. 286, c. 1. Souvent on la nomme l'épousede Dieu; mais le contexte prouve qu'il faut entendre Dieu le Fils.

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