CH. V. RELATIONS AVEC LE SAINT-ESPRIT
lative dans le Saint-Esprit celle de père du Sauveur, puisqu'il ne serait époux que pour avoir formé le Christ clans les entrailles de Marie. Ce n'est pas que je veuille condamner une expression qui, tout bien considéré, peut rendre une idée juste. Puisqu'elle semble avoir désormais acquis le droit de cité clans les ouvrages destinés à célébrer les excellences de Marie, rien ne fait un devoir de l'exclure, à la condition toutefois qu'on la ramène à sa juste signification.
III. — Le titre généralement employé pour rendre le dernier rapport de la Vierge avec le Saint-Esprit, est celui de temple ou de sanctuaire. Efforçons-nous de pénétrer la signification profonde que renferment des mots si simples. Marie est le sanctuaire du Saint-Esprit, parce qu'il est survenu en elle ; parce qu'il a pris possession de son corps virginal, et formé dans sa chair et de sa chair la chair du Dieu fait homme. Toute âme juste est pour le Saint-Esprit un sanctuaire; disons plus : un tabernacle sacré, « Qu'est-ce, en vérité, que l'âme des Saints, demande saint Cyrille d'Alexandrie? Un vase plein du Saint-Esprit » (i). Et ce n'est pas seulement à l'âme, mais au corps avec elle qu'appar tient ce privilège. « Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple de TEsprit-Saint qui est en vous » (2)? Et que vient-il faire en nous ce divin Esprit? Former, conserver, perfectionner Jésus-Christ.
Si la présence du Saint-Esprit, façonnant des fils adoptifs à l'image du Fils par nature, suffit pour faire de nous son temple et son sanctuaire, comment ne serait-elle pas le temple et le sanctuaire privilégié du
(1) S. Cyril. Alex., in Lac. xxn. P. G. lxxii, 904, 905,
(2) I Cor., vi, 19.
même Esprit, celle en qui il est descendu pour donner à cet Unique l'être et la vie qui le font homme? Disons plus encore. Si le Saint-Esprit habite en nous comme dans son temple, c'est parce qu'il est survenu en Marie, avant de venir en nous ; car notre naissance à la grâce dépend de l'enfantement virginal de Marie, comme l'effet de sa cause. L'opération qui nous transforme en enfants de Dieu, n'est que le prolongement de celle qui forma Jésus, l'auteur de la grâce, dans le sein de Marie (i).
N'objectez pas que c'est là une opération transitoire qui n'exige pas la demeure permanente du divin Ouvrier, puisque la production de l'œuvre a des bornes étroites quant à la durée. Ce serait bien mal comprendre le mystère d'un si grand et si saint ouvrage. L'Esprit-Saint surviendra en vous, dit Gabriel à Marie. Ce mot de survenir nous indique avec quelle plénitude Marie reçut alors l'effusion de l'Esprit; mais il signifie de plus que le Saint-Esprit, quand il descendit pour former corporellement l'humanité du Sauveur, était déjà venu dans cette bienheureuse Vierge. Aussi, dès les premiers mots de son ambassade, le messager céleste lui avait-il dit : « Le Seigneur est avec vous », avant de lui dire qu'il surviendrait en elle.
Nous lisons souvent dans les Pères que la divine Vierge, avant de concevoir Jésus-Christ dans son corps, l'avait conçu dans son cœur; qu'elle l'a enfanté par la foi, avant de l'enfanter de sa chair (2). Peut-être
(1) Virtus enim Altissimi et obambratio Spiritus Sancti quae fecil ut Maria pareret Salvatovem, eadem facit ut regeneret unda credentem. S. Léo M. Serm. 25, in Natiuit. Dom. c. 5. P. L. liv, 211, col. ibid. Serm. 4> 206.'
(2) Cf. e. g. S. Augustin., L. de S. Virg'initate.c. 3, n. 3. P. L. xl, 198. S. Léo. M., Serm. 21, in Nativ. Dom. 1, c. 1. P. L. liv, 191.
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n'avons-nous jamais assez médité ces expressions et d'autres semblables. Tout au plus ont-elles signifié pour nous le consentement et la foi que l'Ange réclama d'elle, comme la condition nécessaire de Fincarnation du Verbe dans ses chastes entrailles. Assurément, ce dernier sens est vrai; mais les paroles des Pères ont une plus large portée. Ils ne les répéteraient pas avec tant d'insistance et d'unanimité, si elles ne tendaient à nous enseigner un grand mystère. Le Verbe de Dieu est le Saint par essence, principe de toute vertu, source de toute sainteté, puisqu'il est avec le Père principe et source du Saint-Esprit, la Sainteté substantielle et la Vertu sanctifiante. Donc il fallait à Marie pour l'enfanter une préparation sans égale de vertu et de sainteté. Le Saint devait être conçu saintement.
La doctrine catholique nous enseigne que, pour recevoir dignement le corps du Seigneur, il faut une âme ornée de la grâce sanctifiante, sanctuaire vivant où trône la divine charité, sancta sanctis. Si vous n'avez pas en vous cet amour et toutes les vertus qui font son inséparable cortège, retirez-vous de la table sainte ; vous n'êtes pas apte à communier au corps du Seigneur. Pour manger le Christ dans son Sacrement, il faut être déjà membre du Christ, et porter en esprit le Christ qu'on s'apprête à manger. Comparez maintenant ces deux mvstères : le mystère du chrétien qui va recevoir en soi le corps du Christ pour s'en nourrir, et le mystère de la Vierge qui va, non seulement porter dans son sein le corps du Christ, mais le former de sa propre chair, et lui communiquer sa vie. Si le premier demande tant de sainteté, ditesmoi quelle abondance ineffable de grâces n'exige pas
le second ? Donc, ô Vierge bénie, vous ne pouviez concevoir le corps de votre Dieu, sans l'avoir déjà conçu dans votre cœur : car cela même est la sainteté.
Et comme il appartient au Saint-Esprit d'opérer en nous et cette effusion de grâce et cet enfantement spirituel qui nous fait d'autres Christ, il fallait que ce divin Esprit fût en vous avec la plénitude de ses dons avant d'y venir former le Christ selon la chair. Et c'est là ce que veulent signifier les Pères, quand ils affirment que vous avez engendré le Verbe dans votre cœur, avant de l'engendrer dans votre corps virginal. Or, si l' Esprit-Saint est en vous par la plénitude de ses dons, vous êtes son temple et son sanctuaire. Je dirai plus : vous êtes son temple unique, son unique sanctuaire, comme vous êtes l'unique fille et r unique épouse; un sanctuaire tellement beau, tellement riche des dons et de la présence du divin Esprit, que tous les autres pâlissent et sont comme rien devant lui.
Est-ce là tout ce pourquoi la bienheureuse Vierge est le sanctuaire du divin Esprit? Non; elle le fut encore parce qu'elle a porté corporellement le Fils de Dieu dans son sein. En effet, ce mystère ne demandait pas seulement l'entrée de l'Esprit de Dieu pour la formation de l'humanité du Sauveur aux entrailles de Marie. En vertu de Y immanence intime de chaque personne divine dans les deux autres, le Fils de Dieu ne pourrait habiter si singulièrement le corps maternel, sans que le Saint-Esprit y eût par là même sa très particulière demeure.
Enfin, pour ne rien omettre, n'oublions pas que Marie doit un jour avec Jésus et par Jésus enfanter les fils d'adoption. Et parce que cette génération nou-
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velle a le Saint-Esprit pour principe (i). il faut bien que l'Esprit du Fils soit dans la Mère pour lui donner la fécondité spirituelle, comme elle en a reçu la vertu d'enfanter le Verbe fait chair. Que de titres à porter le nom de temple, de tabernacle, de sanctuaire de l'Esprit de Dieu; mais aussi, de ce chef, quels droits à notre respect, à nos admirations !
IV. — Un passage de Denys le Chartreux résume admirablement toutes ces considérations sur les rapports de la bienheureuse Vierge avec la sainte Trinité. Je le prends dans le livre intitulé : l'Eloge de la vie solitaire. L'article 29e est consacré tout entier à Marie médiatrice. « La voilà donc cette Unique que le Père éternel a préparée comme une très véritable et très éminente mère à son unique et plus que très doux Fils, en tout égal, consubstantiel et co-éternel à lui-même; celle que le plus que très libéral Esprit-Saint a remplie d'une exubérance de grâce, d'une perfection de pureté, de sainteté, de sagesse, telle que devait en être surabondamment comblée la mère de celui-là même d'où procède éternellement et véritablement ce même divin Esprit. La voilà celle que\e sur-très beau, sur-très sage et sur-très noble Fils de Dieu s'est de toute éternité choisie pour mère. 0 très glorieuse Dame, Vierge très pure, Mère plus que très digne, très douce Marie, à quelle hauteur, à quelle béatitude, à quelle gloire vous vois-je élevée !
« 0 de toutes les créatures la plus heureuse, la plus illustre, la plus admirable, voici que vous êtes vraiment associée à la paternité du Père éternel, compa-
(1) Joan., iii, 5.
rentalis (i), ayant un seul et même fils avec lui. Oui, vous êtes la très excellente Mère du Fils unique de Dieu; vous êtes le très singulier tabernacle de l'adorable Paraclet, la mère de celui duquel il émane. Quoi plus? Vous êtes l'amie très familière de la sur-essentielle et sur-três bienheureuse Trinité, la suprême dépositaire de ses secrets les plus intimes; si haute qu'il vous admet au partage de son empire et de sa gloire. Et si le souverain artiste, Dieu, l'Ouvrier suprême vous a faite si grande, si pleine d'amabilité et de perfection, c'est qu'il était lui-même épris de vos charmes et de votre bonté (2)... Oui, certes, et ce n'est pas chose douteuse, il vous a parée de tant de privilèges, enrichie de si inestimables bienfaits, de préférence à tous les autres élus, parce qu'il convenait souverainement qu'une telle mère, une telle épouse, une telle reine, fut belle, grande et riche pardessus tous ses serviteurs et toutes ses servantes.
« En vérité, ô Dame plus que très aimable et très vénérable, par cela même que, participant à la paternité de Dieu le Père, vous êtes devenue la Mère de Dieu leoFils, votre dignité est en quelque sorle infinie, es quodammodo infinitae dignitatis. Par le droit et le privilège de cette divine maternité, vous avez le pouvoir décommandera toute créature... Que dis-je, à toute créature 1 Ne semblez-vous pas même avoir une certaine autorité sur le vrai Dieu, né de votre sein béni, si je le regarde dans la nature humaine qu'il a reçue de vous ; dans celte nature suivant la-
(1) Ailleurs Denys le Chartreux emploie encore ce terme intraduisible appelant Marie comparentalisPatri aeterno,comparentalisetsiinillima* De laudibus V. L. il, a. 4 et i5.
(2) Psalm.. xliv, 12,