CHAPITRE II
Corollaire du chapitre précédent : la maternité divine l'emporte incomparablement en excellence sur la dignité des fils adoptifs et sur celle des prêtres de la nouvelle Alliance.
I. — Si éclatants que soient les témoignages sur lesquels nous avons établi l'excellence de la maternité divine, et si forts que paraissent les motifs de l'exalter au-dessus de toute autre dignité créée, il semble pourtant qu'elle doit céder le pas à la filiation adoptive, ou, ce qui est tout un, comme on le verra bientôt, à la maternité spirituelle. Trois raisons principales tendraient à nous le persuader : les privilèges admirables enfermés dans la grâce de l'adoption; l'autorité de Jésus-Christ lui-même, et le jugement des Saints.
J'ai dit en premier lieu : les privilèges enfermés dans l'adoption divine, « ce don de tout don », comme l'a nommée saint Léon le Grand. Qu'est-ce, en effet, que la grâce de l'adoption, d'après la doctrine catholique? Une participation très parfaite de la nature incréée; l'image de la divine essence réellement imprimée dans nos âmes ; le lien mystérieux qui nous unit très étroitement à la substance même de Dieu. C'est par elle que la Trinité tout entière, Père, Fils et Saint-Esprit, habite dans l'homme comme dans son vivant sanctuaire; par elle que nous sommes vraiment de la fa-
mille de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ, vivant non plus seulement de la vie de la nature, mais d'une vie calquée sur la vie de Dieu, d'une vie surnaturelle et divine; par elle enfin que nous devenons les fils bienaimés de Dieu, dieux même.
Or, la maternité divine, quelque étroite affinité qu'elle établisse entre Jésus et Marie, ne comprend pas formellement en elle-même et par elle-même de si h au les et si glorieuses prérogatives. Elle n'imprime pas l'image de Dieu dans l'âme; elle ne transforme pas physiquement la nature; elle n'est pas un principe de vie supérieure à toute vie naturelle. Dépouillez une Mère de Dieu de tout privilège de grâce autre que sa maternité, jamais, avec ce qu'elle est, elle ne pourra contempler face à face la gloire de Dieu, comme un fils d'adoption la voit au ciel; parce que la maternité n'est, en vertu de son essence qu'une relation, la relation de la mère au fruit de ses entrailles. Et c'est ainsi que la comparaison entre les privilèges enfermés dans l'adoption divine et la nature de la maternité divine semble nous faire un devoir de préférer la dignité de fils adoptif à celle de Mère de Dieu.
J'ai dit, en second lieu, que l'autorité de Jésus- Christ paraît confirmer cette préférence. Le Sauveur évangélisait les foules de la Judée. Pendant que la multitude, empressée sur ses pas, l'écoutait avec admiration, les scribes et les pharisiens jaloux s'efforçaient de lui tendre des pièges et de le décrier aux yeux du peuple. « Or, nous raconte l'Evangile, il arriva qu'au moment où il parlait ainsi une femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté; bienheureux le sein qui vous a allaité! A quoi Jésus répondit : Bien plu-