CH. III. — LE TITRE DE DISPOSITION 2Ô
sublime, rien de plus doux pour notre misérable mortalité. Encore que Dieu ait fait beaucoup de grandes choses dans le monde, pourtant ses doigts n'ont jamais rien façonné ni de si excellent ni de si magnifique que cette Vierge bénie » (i). Et ce n'est pas chose étrange : « car l'éternelle sagesse qui atteint fortement d'une extrémité à l'autre et qui dispose toutes choses avec suavité, l'a formée telle qu'elle fût digne de recevoir la Sagesse même en elle et de la revêtir d'une •cliair immaculée » (2).
« Disons donc avec allégresse à la Sainte Vierge Marie, mère de Notre Seigneur Jésus-Christ; disonslui hardiment : Allaitez, ô mère, le Christ, Notre Seigneur et le mets délicieux des âmes. Nourrissez de votre lait le pain qui nous est venu du ciel, ce pain déposé dans la crèche pour devenir l'aliment des animaux raisonnables... Allaitez celui qui vous a faite ce qu'il vous fallait être pour que lui-même fût fait de vous ; qui, conçu de vous, vous a rendue féconde, et qui, naissant de vous, vous a conservé l'honneur de la virginité; celui qui, avant de naître, a choisi luimême et le sein et la ville et le jour où il prendrait naissance, et qui par lui-même a fait ce qu'il a choisi. Et c'est là ce qui jadis avait été prédit (3) : Ne dira-ton pas de Sion : Un homme et un homme est né en elle; et le Très-Haut lui même Ta fondée » (4) ?
(:) S. Petr. Dam., Serra. 44, în Ncttiv. B. V. Serm i. P. L. i44, 739,740.
(2) Ici., serra. 45, in Nativ.B. V. Serm. 2. Jbid., 741.
(3) Psalm, lxxxvi, 5.
(4) In append. Serm. S. August , serm. 128, in Nat. Dom., n. 2. P. L. 39, 1998 II est plus que douteux que ce sermon soit l'œuvre de S. Augustin. Mais ce que tous reconnaissent, c'est qu'il est tiré par fragments des ouvrages de l'illustre docteur, et que les pensées sont de lui.
Si l'on interprète ces mots un homme et un homme d'une multitude
f64 L. ITI. — CENTRE DES PRIVILÈGES DE MARIE
Jusqu'ici nous n'avons guère considéré que la Mère de Dieu. Saint Thomas, dès le principe, nous avertissait qu'il faut aussi tenir compte de la coopératrice à Fœuvre de la Rédemption, quand on parle des privilèges accordés à la Vierge en vue de sa mission. « Marie, dit-il ailleurs, est pleine de grâce quant au rejaillissement sur tous les hommes. C'est, en effet, une grande chose en chaque saint qu'il ait autant de grâces qu'il en faut pour suffire au salut de plusieurs. Mais la plus grande merveille serait qu'il en eût assez pour suffire au salut de tous les hommes du monde ; et c'est là ce que nous voyons dans le Christ et dans la bienheureuse Vierge » (i). Ce n'est pas ici le lieu de nous arrêter plus longuement à ce point de vue particulier : nous y reviendrons plus d'une fois ou plutôt les Pères nous y ramèneront, quand le moment sera venu de contempler en Marie la Médiatrice et la Mère des hommes.
En attendant, cueillons encore une exquise pensée de saint Bernard sur la préparation de grâce exigée par la maternité divine. « Le Sauveur des hommes, voulant se faire homme et naître de l'homme, a dû choisir entre toutes les femmes ; disons mieux, se former à
d'hommes, le texte n'en convient pas moins à Marie, mère universelle des enfants de Dieu.
Rappelons encore une ingénieuse et touchante pensée de Pierre de Celle, dans l'une de ses homélies sur l'Annonciation de la très sainte Vierge. Le pieux et docte évêque interprète les paroles de l'Ange, Ave, gratia plena. t« Sicut appellavit (Deusx; congregationes aquarum Maria, sic congregationes gratiarum in Maria. Gratia plena : non caperet, non conciperet Jesum, nisi gratia plena. Semper enim Jésus natavit apud Patrem in mari copiosarum deliciarum. Praemisit ergo matrî eamdem navem in qua natare consueverat, et alluvione gratiarum alveum ejus impie vit, ut merito diceretur gratia plena. Alveus iste gratiarum... non siccatur .. non minuitur... Ecce ego sto juxta fontem aquae; igitur, puella, da mihi bibere, quia superabundas dono donandi et voluntate largiendi... » Petr. Cellens.^Serm. 24, m Annunc. Dont. 3. P. L. en, 7i4i sq.
(1) S. Thom., Opusc super Salut, angelic, ad verba: Gratia plena.