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CHAPITRE IV

Seconde raison qui Fait de sa maternité le centre et la clef des perfections de la bienheureuse Vierge: son union la plus étroite de toutes avec le principe de la grâce.

I. — A cette première raison qui fait de la maternité divine le centre et la source de si nombreux et si ineffables privilèges., le Docteur Angélique en ajoute une seconde, dans la troisième partie de la Somme théologique. La voici traduite mot à mot du latin. « Plus un être se rapproche de son principe en chaque genre, plus il participe à l'influence de ce même principe. C'est pourquoi le Bienheureux Denys a dit, au quatrième chapitre de la Hiérarchie céleste, que les Anges qui, parmi toutes les créatures de Dieu, sont le 'plus rapprochés de lui, participent plus largement que les hommes au trésor des perfections divines. Or, le Christ est le principe de la grâce, selon la divinité comme auteur principal et comme instrument, suivant l'humanité. Ce qui fait dire à saint Jean dans son Évangile : La ffrâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ( i). La bienheureuse Vierge Marie fut la plus rapprochée du Christ selon l'humanité, puisque c'est d'elle qu'il a reçu la nature humaine;

(i) Joan., i, 17.

donc aussi elle a du obtenir du Christ une plus grande plénitude de grâce » (i).

Et quelle sera la mesure de cette plénitude? Nous n'en pouvons douter, celle-là môme qui répond à la perfection de sa cause, c'est-à-dire, à l'intimité de l'union de la Vierge avec Jésus-Christ, principe de toute grâce et de tout don surnaturel. C'est d'après la même doctrine que l'Ange de l'Ecole avait précédemment établi l'existence et la perfection de la grâce dont fut enrichie l'humanité sacrée du Sauveur (2) : tant elle lui paraît solide et vraie.

Bossuet a merveilleusement tiré parti de cette idée, pour expliquer les richesses de la grâce en Marie naissante. « Quand il s'agit de représenter cette plénitude de grâces, l'esprit se confond dans cette pensée eî, ne sait sur quoi arrêter sa vue. Donc, mes frères, n'entreprenons pas de décrire en particulier les perfections de Marie : ce serait vouloir sonder un abîme; mais contentons-nous aujourd'hui de juger de leur étendue par le principe qui les a produites. Le grand saint Thomas nous enseigne que le principe des grâces en la sainte Vierge c'est l'union très étroite avec Jésus- Christ ; et, afin que vous compreniez par les Ecritures divines l'effet de cette union si avantageuse, remarquez, s'il vous plaît, une vérité importante et qui est le fondement de tout l'Évangile : c'est que la source de toutes les grâces qui ont orné la nature humaine,

(1) S Thom , 3 p., q. 27, a. 5.

(2) « Necesse est ponere in Christo gratiam habitualem.. . primo quidem propter unionem illius ad Verbum Dei : quanto enim aliquod receptivum est propinquius causae influenti, tanto magis participât de intluentia illius... (Christus) habuit eam (gratiam) io summo secundum perfectissimum modum quo haberi potest ; et hoc quidem apparet : primo ex propinquitate animae Christi ad causam gratiae : dictum est enim quod quanto aliquod receptivum est propinquius causae influenti, tanto abundantius recipit. .. » S. Thom., 3 p., q. 7, a. 1 et 9.

CH. IV. — LE TITRE d'u.MON 269

c'est notre union avec Jésus-Chrisl. Car, mes frères, cette union a ouvert un sacré commerce entre le ciel et la terre, qui a infiniment enrichi les hommes; et c'est, sans doute, pour cette raison que l'Eglise, inspirée de Dieu, appelle l'Incarnation un commerce : 0 admirabile commercium /... C'est donc cette alliance qui nous enrichit ; c'est cet admirable commerce qui fait abonder en nous tous les biens.

« C'est pourquoi saint Paul nous assure que nous ne pouvons plus être pauvres, depuis que Jésus-Christ est à nous. Celui qui nous donne son propre Fils, que pourra-t-il nous refuser? Ne nous donne-t-il pas en lui toutes choses? Quomodo non etiam cum Mo omnia nobis donauit (i)? Et après s'être comme débordé par cette libéralité inestimable, ne faut-il pas que ses autres dons coulent impétueusement par cette ouverture » (2)?

Vous êtes homme, vous êtes de la famille d'Adam : c'est le premier nœud de l'alliance. Si vous n'apparteniez pas au genre humain, si vous n'étiez pas frère de Jésus-Christ suivant la chair, ce n'est pas à vous que le Fils aurait été donné, et les grâces qui coulent de son cœur entr'ouvert ne seraient pas pour vous. Demandez-le plutôt aux anges déchus dont il n'a pas revêtu la nature; même aux anges fidèles, qui ne tiennent de lui ni leur sainteté ni leur gloire essentielle. Me sera-t-il permis d'ajouter encore mes faibles idées à celles du grand orateur, non certes pour atténuer sa doctrine, mais pourla confirmer par de nouveaux faits; moins pressants, il est vrai, dignes pourtant d'être remarqués, surtout dans leur ensemble.

(1) Rom., vin, 32.

(2) Bossuet, 1 serra., pour la Nativ. de la Sainte-Vierge. 2e point.

Voyez mon Sauveur aux jours de sa vie mortelle. Encore qu'il se fût rapproché de tous les hommes en prenant leur commune nature, il en est toutefois avec lesquels il eut des rapports plus intimes. L'Evangile nous raconte les visites familières dont il honora ses disciples : visite à Jean-Baptiste, visite chez Lazare, visite au Centurion, visite à Zachée; plus tard, après sa résurrection, visite à Pierre, à la Madeleine, aux saintes femmes, aux disciples d'Emmaûs, aux Apôtres. Or, ce que je dis des visites faites par le Sauveur, il faut l'entendre des visites qu'il reçoit. Rappelezvous celles des bergers et des mages, celles de Nicodème, ce prince des Juifs, et de Madeleine la pécheresse. C'est dans ces visites multipliées, le principe de la grâce qui se rapproche des âmes par les corps. Aussi quelles grâces de foi, de repentir, de conversion, de sainteté les mêmes visites n'ont-elles pas produites? Une vertu sortait de lui, purifiante et sanctifiante, éclairant les intelligences, embrasant les cœurs.

C'est encore Bossuet qui va faire l'application de cette doctrine à Marie. « Que si notre alliance avec Jésus-Christ nous produit des biens si considérables, tais-toi, tais-toi, ô raison humaine, et n'entreprends pas d'expliquer les prérogatives de la sainte Vierge : car, si c'est un avantage incompréhensible qu'on nous donne Jésus-Christ comme Sauveur, que penseronsnous de Marie à qui le Père éternel le donne, non point d'une manière commune, mais comme il lui appartient à lui-même, comme fils, comme fils unique, comme fils qui, pour ne point partager son cœur, et tenir tout de sa sainte mère, ne veut point avoir de père encemonde?Est-ilriend'ég,alà cettealliance»(i)?

. (1) Bossuet, /. c.

II. — Je vois l'objection qu'on peut faire. L'union sanctifiante se fait par l'esprit, puisque le nœud en est la grâce. Que l'union du Fils avec sa mère soit la plus intime après celle du Verbe avec son humanité sainte, et de l'âme avec le corps qu'elle anime; qu'elle égale celle du fruit suspendu à l'arbre et vivant de sa vie ; c'est toujours une union de corps à corps, et qui n'arrive pas jusqu'à l'esprit. D'accord, dit Bossuet au même sermon; mais « permettez-moi, je vous prie, d'approfondir un si grand mystère, et de vous expliquer une vérité qui ne sera pas moins utile à votre instruction qu'elle sera glorieuse à la sainte Vierge.

« Cette vérité, chrétiens, c'est que notre Sauveur ne s'unit jamais à nous par son corps, que dans le dessein de s'unir plus étroitement en esprit. Tables mystiques, banquet adorable, et vous saints et sacrés autels, je vous appelle à témoins de la vérité que j'avance. Mais soyez-en les témoins vous-mêmes, vous qui participez à ces saints mystères. Quand vous avez approché de cette table divine, quand vous avez vu venir Jésus- Christ à vous en son propre corps, en son propre sang, quand on vous l'a mis dans la bouche ; dites-moi, avez-vous pensé qu'il voulait s'arrêter simplement au corps? A Dieu ne plaise que vous l'ayez cru, et que vous ayez reçu seulement au corps celui qui court à vous pour chercher votre âme. Ceux qui l'ont reçu de la sorte, qui ne sont pas unis en esprit à celui dont ils ont reçu la chair adorable, ils ont renversé son dessein, ils ont offensé son amour... Aussi cet amour souffre violence; et il ne faut pas s'étonner si..., au lieu du salut qu'il leur apportait, il opère en eux leur condamnation; et il nous montre assez par cette colère la vérité que j'ai avancée, que lorsqu'il s'unit corporellement, il

veut que l'union de l'esprit soit proportionnée à celle du corps.

« S'il en est ainsi, ô divine Vierge, je conçois quelque chose de si grand de vous que non seulement je ne le puis dire, mais encore mon esprit travaille à se l'expliquer à lui-même. Car telle est votre union au corps de Jésus, lorsque vous l'avez conçu dans vos entrailles, qu'on ne peut pas s'en imaginer une plus étroite. Que si l'union de l'esprit n'y répondait pas, l'amour de Jésus serait frustré de ce qu'il prétend, il souffrirait violence en vous; il faut donc, pour le contenter, que vous lui soyez unie en esprit, autant que vous le touchez de près par les liens de la nature et du sang. Et puisque cette union se fait par la grâce, que peut-on penser et que peut-on dire? Où doivent s'arrêter nos conceptions pour ne pas faire tort à cette grandeur? Et quand nous aurions ramassé tout ce qu'il y a de dons dans les créatures, tout cela réuni ensemble pourrait-il égaler votre plénitude (1)? »

Retournons aux belles considérations tirées de la sainte Eucharistie, soit pour montrer qu'elles ne suffisent pas à rendre tout ce que la bienheureuse Vierge pouvait espérer de son union corporelle avec son fils, soit pour résoudre une difficulté qui pourrait en affaiblir la force.

J'ai dit que cet exemple ne suffit pas à rendre ce que Marie doit à son union avec Jésus. C'est, d'abord, parce que l'union est infiniment plus étroite entre la mère et le fruit porté dans ses entrailles qu'elle ne peut l'être entre la chair du Christ et le fidèle qui la mange en communiant. Les liens qui rattachent le fils

(i)Bossuet, ibicl.

à la mère sont plus intimes. Elle ne l'a pas seulement en elle, sous des espèces étrangères, et par conséquent sans aucun contact physique d'elle à lui. Le fils de la bienheureuse Vierge est en sa mère, comme tout autre enfant; attaché par lui-même au sein maternel, le touchant de sa substance et comme greffé sur lui, respirant d'un même souffle et palpitant d'un même cœur. Marie n'a pas seulement Jésus en elle, mais il est d'elle et croit d'elle. C'est, à l'origine, sa propre chair, et c'est de sa chair et de son sang qu'il se développe et se nourrit. Plus étroite et plus intime, l'union est aussi plus durable. Bien courts sont les instants mille fois précieux où le corps de Jésus-Christ habite corporellement dans celui qui l'a reçu. Dès que les espèces sacramentelles ont perdu leurs propriétés sous l'action dissolvante des forces organiques, le corps du Seigneur cesse d'exister dans la poitrine où s'est opérée leur transmutation. Ce n'est pas que de lui-même il se retire ou subisse je ne sais quel changement; la cause unique en est au changement des espèces auxquelles la parole du consécrateur le retenait uni. Au lieu d'une union si éphémère, c'est pendant neuf mois que la Vierge a porté Jésus, le principe de la grâce, dans ses entrailles à jamais bénies: tabernacle vivant où il était à demeure, attendant pour en sortir l'heure déterminée par la nature et parles desseins paternels.

Je sais que, les heures ou plutôt les minutes de la possession sacramentelle écoulées, il reste une certaine union du corps eucharistique de Jésus avec le communiant. La jouissance ne dure pas, mais le droit demeure. Toutefois cette union, si sainte et si heureuse qu'elle soit, qu'est-elle comparée à l'union permanente qui suivit le virginal enfantement de la

LA MÈRE DE DIEU. — 1. — l8

?74 L- m- — CENTRE DES PRIVILEGES DE MARIE

Mère de Dieu? Que de fois encore Jésus ne s'est-il pas attaché au sein de Marie, pour s'y nourrir de sa plus pure substance ? Combien de fois les Anges du ciel les ont-ils vus doucement enserrés dans les bras l'un de l'autre, lèvres contre lèvres, et cœur contre cœur? C'était le bien-aimé qui paissait au milieu des lys (1); le bien-aimé qui, comme un bouquet de myrrhe, reposait sur la poitrine de la bien-aimée (2). Et, ravie, la très heureuse mère se disait dans son cœur : « Il est à moi mon bien-aimé, et je suis à lui » (3) ; et c'était toujours la fleur suspendue à la tige de Jessé.

Si l'union des corps au Sacrement produit de si merveilleux effets, qui pourra dire quels torrents de grâce ont coulé du cœur de Jésus dans celui de sa mère, parmi de si tendres et si durables embrassements? Jean, le disciple préféré, ne reposa que peu d'instants sur la poitrine de Jésus; et, dans ce court espace, Jean but à cette divine source assez de lumières, assez de charité pour éclairer le monde et l'embraser. Encore une fois, que dirons-nous de la divine mère dont la bouche fut si longtemps collée aux fontaines du Sauveur ? J'ai lu dans l'histoire des Saints quels effets extraordinaires la sainte Eucharistie produisait parfois en eux, non seulement dans le secret des âmes, mais dans les membres, et surtout au cœur. Ne serait-ce pas faire injure au fils que de penser qu'il ne produisit pas des effets mille fois plus divins dans sa mère, au milieu de leurs mutuelles et virginales caresses?

(0 Cant., 11, 16.

(2) Cant.. 1, 12.

(3) Canl., 11, 16.

Venons maintenant à l'objection. Pour que l'union corps à corps qui se fait dans la sainte Eucharistie produise ses fruits de grâce, il faut l'institution divine. Tous ceux qui touchèrent jadis le corps du Seigneur, ne furent pas sanctifiés par son contact. Il faut, de plus, un ensemble de dispositions qui ne cause pas, il est vrai, la grâce, mais qui toutefois en est la condition et la mesure. Enfin, suivant une opinion probable, la chair de Jésus-Christ n'opère que dans l'acte même de la manducation sacramentelle, et non pas tant qu'elle demeure au corps du commua niant.

Toutes difficultés qui, bien considérées, vont se retourner pour confirmer l'efficacité sanctifiante de l'union maternelle delà Vierge avec l'humanité de son divin fils. Vous dites que la chair de Jésus-Christ ne porte pas ses fruits de grâce indépendamment de l'institution divine. Oui le nie? Mais pourquoi donc le Verbe a-t-il pris cette chair dans le sein de la Vierge? Par suite, pourquoi cette union si parfaite entre le Verbe et son corps, entre le corps du Verbe et Marie? N'avons-nous pas vu qu'elle a pour fin une œuvre de sanctification ; et si c'est là le but unique de l'Incarnation du Verbe, par où commencera cette œuvre ; où se réalisera-t-elle avec une énergie plus puissante, si ce n'est pour Marie et en Marie? Il importe peu qu'elle ne reçoive pas alors le corps de Jésus sous les espèces sacramentelles. En est-il moins vivant et vivifiant, le corps de la vie par essence? Ou plutôt, comme nous l'avons montré, n'exercera-t-il pas d'autant plus naturellement son influence sanctifiante, qu'il s'unit plus immédiatement à la divine Vierge?

Vous me dites que le contact de la chair sacrée de Jésus, pour être sanctifiant, présuppose des dispositions. Mais quel cœur fut donc jamais disposé comme celui de Marie? Méditez la salutation de l'Archange Gabriel, et vous y verrez qu'avant même de concevoir le Sauveur elle est déjà pleine de grâce; le Seigneur est avec elle, et toutes les bénédictions célestes sont tombées sur elle en rosée bienfaisante. Ce n'est pas assez : l'Esprit de sainteté, l'Esprit d'amour, le Don de Dieu, principe et source de tous les dons survient encore en elle, et la Vertu du Très-Haut la couvre de son ombre. Et Marie répond à ces divines influences par des vertus qui, comme elle, n'ont pas eu d'égales dans aucune créature ; par une foi qui la fait proclamer bienheureuse (i); par une humilité qui l'abaisse dans la proportion que Dieu l'exalte (2) ; par une pureté si virginale qu'elle séduit en quelque sorte le cœur même de Dieu.

« Ne jugez donc pas de la Sainte Vierge comme des mères communes. Chrétiens, je n'ignore pas qu'elles s'unissent à leurs enfants, même par l'esprit. Qui ne le voit pas? Mais je dis que l'union se commence au corps et se noue d'abord par le sang. Au contraire, en la Sainte Vierge la première empreinte se fait dans le cœur ; son alliance avec son fils prend son origine en l'esprit, parce qu'elle l'a conçu par la foi >) (3).

Ainsi la conception de Marie répond en quelque sorte à celle du Père. Le Dieu éternel a conçu de toute éternité son Verbe et son Fils dans son intelligence

(1) Luc, 1, 45.

(?) Luc, 1, 48.

(3) Bcssuet., /. cit.

par la plus spirituelle des générations, avant de l'enfanter incorporé dans une chair humaine. De même en a-t-il été, toute proportion gardée, pour la Vierge Marie. Cet Unique a été le fruit non seulement de son corps, mais, avant tout, de son cœur, de son humilité, de sa charité, de sa virginité, de toutes ces vertus aimables et fortes qui faisaient d'elles la Mère du bel amour, mater pulchrae dilectionis (1).

III. — Il reste à résoudre deux difficultés plus capitales et plus spécieuses. Première difficulté. L'union si intime delà sainte Vierge avec le principe de la grâce ne dura qu'un temps. Jésus-Christ ne fut pas toujours dans ses entrailles virginales, ni toujours sur son cœur et dans ses bras. Sans parler des autres causes de séparation, momentanée du moins, plus d'une fois il la quitta pour répandre la bonne nouvelle, avant l'éloignement prolongé qui commence à la glorieuse Ascension.

Partir de là pour nier ou pour atténuer l'influence prépondérante de l'union du fils avec la mère sur les privilèges de Marie, c'est méconnaître ou le principe posé par le Docteur Angélique ou l'application qui s'en fait dans la sainte et divine Vierge. Est-ce donc que les liens de la maternité se relâchent par l'absence? Une mère est-elle moins mère, un fils devient-il moins fils, par cela seul qu'ils ne sont plus Fun près de l'autre? Leur union se commence, il est vrai, dans le rapprochement le plus étroit des corps : il le faut bien pour que l'une devienne mère, et l'autre fils. Mais, une fois l'union corporelle de mère à fils

{i)Eccli., xxiv, 2(5.

consommée, ni l'absence ni la distance, ni le temps ni l'espace ne sauraient la détruire. Donc, toujours et partout la chair du Sauveur est la chair de Marie; toujours et partout le sang- de Jésus est celui-là même dont la première source fut au cœur de Marie. Donc aussi, toujours et partout cette mère admirable conserve ses titres aux très spéciales effusions du principe universel de la grâce.

Ainsi tombe la première difficulté. La seconde part de ce fait que l'union maternelle de la bienheureuse Vierge avec le principe de toute grâce ne remonte pas à ses premières origines. Par conséquent, elle ne put la sanctifier dans une partie considérable de sa vie mortelle. Cette difficulté je crois l'avoir résolue. Elle prouve, du moins en principe, que les faveurs divines durent être prodiguées avec une plus merveilleuse surabondance à la Vierge devenue mère ; et c'est là ce dont il n'est pas permis de douter. Mais enfin la même union, pour n'être pas encore passée dans les faits, était pourtant dans les desseins éternels de Dieu. Le Verbe voyait dans la chair de Marie sa propre chair future; et, si l'Incarnation du Fils de Dieu refluait, pour les sanctifier, sur les hommes qui vécurent avant elle, comment n'aurait-elle été la cause d'effets plus abondants en celle qui devait un jour en être le sanctuaire?

Ajoutez une considération tirée de la sainte Eucharistie. Ce fut le sentiment de saint Augustin que personne n'entre dans la vie, s'il n'a mangé la chair et bu le sang du Christ. Et pourtant, le grand docteur ne ferme pas le banquet de la vie glorieuse aux baptisés, qui meurent avant d'avoir pris corporellement cette nourriture divine. C'est qu'il voit dans le bap-

terne une communion déjà commencée; parce que le baptême ne nous unit pas seulement par l'esprit à Jésus-Christ, mais qu'il nous incorpore à son corps mystique, et nous ordonne à cette nourriture où lui-même est l'aliment sacré des enfants de l'Église et de Dieu. Ainsi peut-on dire que Marie fut unie, dès sa première origine, au fruit béni de sa virginité. A ce moment initial de son existence, elle le conçut dans son cœur, et fut ordonnée tout entière «à le posséder, un jour, corporellement dans ses entrailles; car, nous l'avons déjà vu, c'est pour cela qu'elle fut divinement introduite dans le monde et tirée du néant (i).

(i) Ici doit se placer une remarque nécessaire. Je n'ai ni dit ni voulu dire que la continuité de l'union réclamait par elle seule une infusion continuelle de grâce sanctifiante. Il nous suffit, en général, d'y voir un titre permanent aux divines largesses, et principalement à des effusions de lumières et de motions surnaturelles. Du re^te, le temps viendra de signaler les circonstances où la grâce sanctifiante de Marie put recevoir des accroissements indépendants de ses actes méritoires, ex opère operato.

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