CHAPITRE V
Troisième raison qui fait de la maternité de Marie le centre et la clef de ses privilèges : Yamour de la mère pour le fils, et du fils pour la mère.
I. — La mesure des dons célestes est celle de l'amour : de l'amour que la créature a pour son Dieu; de l'amour que Dieu porte à la créature. Deux vérités si manifestes qu'il semble oiseux d'en entreprendre la démonstration. Et pour parler tout d'abord de l'amour que Dieu porte à sa créature, il faut bien remarquer une différence essentielle entre l'amour du Créateur et notre amour à nous. Ce qui meut la volonté de l'homme, c'est le bien qui préexiste dans les personnes ou dans les choses; d'où il suit que l'amour humain, l'amour créé, ne cause pas la bonté de ce qu'il aime, mais qu'il la présuppose soit en partie, soit même en totalité. Au rebours, l'amour de Dieu produit dans son terme le bien qui le rend digne de ses complaisances. Ce qu'il aime en lui, ce n'est pas ce qu'il y trouve, mais ce qu'il apporte. Aimer, pour Dieu, c'est vouloir et c'est faire du bien. Quand nous disons de Dieu qu'il a plus ou moins d'amour, le plus ou le moins ne doivent pas s'entendre d'une plus ou moins grande intensité dans l'acte par lequel il aime : car il aime toutes choses et lui-même par un seul et même acte toujours simple, toujours immuable,