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leurs enfants en Dieu ; mais la bienheureuse Vierge aime Dieu dans son fils.
Et ce qui peut encore mettre grandement en relief l'intensité de son amour, c'est que la contemplation où l'amour divin s'allume et s'avive était pour elle comme une très douce nécessité. A Nazareth, n'avaitelle pas toujours sous les yeux, quand elle ne le portait pas entre ses bras, le très aimable objet de sa dilection? Aussi l'Évangile nous la représente-t-il concentrant sur lui toutes ses pensées, toute sa vie. « Maria autem conservûbat omnia verba haec, conf'erens in corde suo » (i). Il y a eu des saints pour qui détourner leurs pensées de Dieu fut un intolérable martyre. Comment la divine Vierge aurait-elle pu l'oublier même un instant, et comment aussi l'incendie d'amour qui brûlait en elle n'aurait-il pas été s'activant chaque jour et devenant plus intense, à mesure qu'elle connaissait mieux ce trésor caché?
Je ne peux résister au plaisir d'emprunter une page d'une naïveté charmante au disciple de saint Anselme, le moine Eadmer. « Quand Marie voyait ce petit enfant, qui avait fait en elle des choses si admirables, se serrer entre ses bras, et se coller à son sein pour y boire un lait virginal; quand elle entendait les vagissements enfantins provoqués par les petites lésions de son corps si délicat, de quelle pieuse émotion palpitait son cœur; avec quelle tendre sollicitude elle écartait tout ce qui pouvait lui être une cause de souffrance! 0 Dieu, fils de cette bienheureuse mère, vous qui êtes la Vertu et la Sagesse du Père, nous vous en supplions par cette même miséricorde qui vous a fait
{i) Luc, ii, ig; 5i.
homme pour nous, daignez nous faire sentir intimement quelles étaient les pensées et les affections de votre très suave mère, alors que, le cœur débordant d'une joie sainte, elle vous tenait tout petit enfant sur ses genoux, répondant à vos innocentes caresses par de doux et fréquents baisers; ou bien quand elle vous consolait dans vos pleurs avec les plus aimables inventions de son amour; lorsqu enfin, suivant les circonstances, elle usait envers vous de toutes les industries que peut suggérer la piété maternelle. Apprenez-nous, dis-je, à concevoir quelque faible idée des sentiments dont son cœur était rempli, afin que, si nos péchés nous rendent indignes d'en avoir une pleine connaissance, nous puissions aum oins respirer dans nos peines, grâce au peu que nous en percevrons. Car ce n'est pas chose de rien que de sentir en soi-même, au moins imparfaitement, l'amour d'une telle mère pour un tel fils.
« Pour moi, j'en suis persuadé, qui conque en aura mérité l'intelligence ne pourra vivre étranger à la douceur de cet amour. Or, participer à la suavité de la dilection maternelle de Marie, c'est être assuré d'avoir sa part, un jour, dans la récompense qui l'a payée... Mais, quelque amour que nous concevions pour Jésus; quand par l'imagination nous le multiplierions comme à l'infini, ce serait encore folie de le comparer à celui de cette très pieuse Dame et Mère. Et ce n'est pas merveille : car l'Esprit de Dieu, l'Amour du Père tout-puissant et de son Fils, celui par qui et en qui est aimé tout ce qui est saintement aimé, lui-même, dis-je, est descendu substantiellement en elle; par une grâce singulière qu'il n'a faite à personne autre au ciel et sur la terre, il s'est reposé sur elle, comme sur la
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Reine et l'Impératrice de toute créature... Donc audessus de toutes les amours des choses créées est la grandeur de l'amour de cette Vierge pour son fils; au-dessus de toutes les douceurs, l'immensité de la douceur où se liquéfiait son âme à la vue du bienaimé, son Seigneur et son Dieu » (i).
III. — De l'amour de la Mère pour le fils passons à l'amour du fils pour sa Mère. Aussi bien^ ne peut-on se faire une notion suffisamment claire du premier, sans avoir médité le second qui en est le principe et la source. Et c'est ce qu'avait bien compris l'auteur du Miroir de la bienheureuse Vierge Marie , quand il disait d'elle : « Quoi d'étonnant qu'elle aime plus que tous les autres, elle qui, plus que tous les autres, est aimée : Quid mirum si prae omnibus diligat, quae prae omnibus est dilecta » (2)?
S'il est impossible de mesurer la grandeur de l'amour de Marie pour Jésus, comment se flatter de rendre l'amour de Jésus pour sa Mère? Car autant Notre Seigneur surpasse la divine Vierge en toute autre chose, autant il est meilleur fils qu'elle est bonne mère. C'est Bossuet qui parle ainsi de cet amour de Jésus, et c'est de lui que nous allons encore emprunter pour une grande part les réflexions propres à mettre en relief ce même amour. Il remarque donc que Notre Seigneur, au témoignage des Saintes Ecritures, s'est montré l'amant passionné de la nature humaine. Descendu des cieux pour la guérir et la relever, il n'a rien dédaigné de ce qui était de l'homme. L'Apôtre nous le montre
(ij Eadmer., L. de Excell. Virg. c. 4- P. L. clix, 564, 565. {2} Specul. B. V. Mariae, lect. 0, inter Opp. S. Boaav. xiv, p. 25i {fil. Vives, 18G8J.
2f)4 l- in« CENTRE DES PRIVILEGES DE MARIE
qui se fait en tout, per omnia, semblable à ses frères (i), et prend sur lui tout ce qui nous appartient, non seulement le corps, l'âme, et les facultés de l'un et de l'autre, mais jusqu'à nos misères, jusqu'à nos infirmités, jusqu'à nos tristesses et nos troubles, jusqu'à notre mort; tout, en un mot, sauf le péché.
Comment, après s'être ainsi revêtu de ce qui paraissait même indigne de sa personne, au point d'être scandale aux Juifs et folie aux Gentils; après avoir fait siens tous les sentiments de notre nature, compatibles avec la sainteté de son être et de sa mission; comment n'aurait-il pas eu dans son cœur l'amour filial, puisqu'il n'y a rien de plus naturel, de plus juste et de plus nécessaire? Je comprendrais, à la rigueur, qu'il eût fermé son âme à la crainte, à la tristesse, aux ennuis mortels qu'il éprouva pour notre salut, au jour de sa Passion. Mais, avoir une mère, et ne pas l'aimer comme on doit aimer une mère, voilà ce qui serait chose encore plus indigne de lui qu'elle ne semblerait incroyable. En tout le reste, il excellerait comme il convient à l'archétype de toute perfection; et dans cette vertu dont son Père a fait un si grave précepte, il serait devancé par d'autres, et cesserait d'être notre parfait exemplaire? Est-ce chose admissible? Donc, ô Jésus, quand votre Évangile se tairait; quand je ne vous aurais pas entendu sur le Calvaire, au milieu de vos tourments sans nom, nous enseigner par un dernier exemple l'amour et la sollicitude qu'un fils doit à sa mère, je saurais ce que vous avez été pour la vôtre.
Et cet amour, fruit naturel du plus tendre et du plus aimant des cœurs, trouve en Marie mille raisons d'ai-
(i) Hebr., n, 17, 18; iv( 10.
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mer que je ne vois pas dans les autres mères. Ce n'est pas par un événement fortuit que le Fils de D'eu est né d'elle; de toute éternité, il l'avait prédestinée de préférence à toute autre pour être sa mère; et qui ne sait que les prédestinations divines partent de l'amour et vont à l'amour? Jésus-Christ aime, jusqu'à lui donner son sang, tout homme venant en ce monde, même les plus grands pécheurs, même ceux qui l'ont le plus outrageusement traité. Mais il a pourtant ses préférences,et l'histoire de saint Jeanl'Evangéliste en estime preuve: préférences pour l'innocence toujours conservée; préférences pour les vierges dont il se glorifie d'être l'époux, et que cet Agneau de Dieu veut, au ciel, avoir de plus près à sa suite (i). S'il aime si passionnément un cœur sans tache, quelle doit être sa tendresse pour celle dont l'innocence n'a de supérieure que sa propre pureté? S'il a mis dans la virginité ses plus chères complaisances, comment n'aurait-il pas une affection incomparable pour la Vierge par excellence, Reine et modèle de toutes les vierges?
Jésus-Christ nous apprend dans son Evangile qu'un simple verre d'eau, donné en son nom au plus petit de ceux qui croient en lui, ne restera pas sans récompense (2). C'est dire équivalemment qu'il provoquera de sa part et plus de bienfaits et plus d'amour. Quand donc, je me rappelle que ce n'est pas un verre d'eau froide, mais sa nature humaine tout entière, c'est-àdire ce qui l'a fait homme, glorificateur et glorifié de Dieu dans sa chair, que Jésus a reçu de Marie; si j'ajoute qu'elle ne Tapas engendré comme les mères communes donnent le jour à leurs enfants, puisque c'est
(i* Apoc, xiv, 4- (2) Malth., x, 42.
dans la plénitude de sa liberté qu'elle est devenue mère, et qu'elle fut seule à le produire de sa propre substance; si je considère enfin quelles ardeurs d'amour ont précédé, accompagné et suivi ce divin enfantement, ne serait-ce pas à moi témérité de vouloir exprimer la tendresse de Jésus pour une telle mère?
Or, cette tendresse en lui n'est pas seulement de l'homme. Il n'y a pas plus de séparation dans l'amour du Sauveur que dans sa personne. Ce qu'il aime de son cœur d'homme, il l'aime de son cœur de Dieu. Vérité d'autant plus certaine, quand il s'agit de Marie, que ce qu'elle aime elle-même est la personne du Verbe, et que c'est à la personne du Verbe qu'elle a librement communiqué sa chair pour qu'elle devînt la chair du Dieu fait homme. Nous le croyons, entre le Père et le Fils, il n'y a pas de différence d'amour. Une même nature, une même volonté, un seul et même amour, telle est la loi de leur essence. Donc, ce qui déborde sur cette bienheureuse Vierge, c'est, avec l'amour du Fils, l'amour du Père et l'amour inséparable du Saint-Esprit ; trois amours qui ne sont qu'un amour, source et principe de toutes les faveurs divines et de tous les biens. Après cela, les Pères et la sainte Église peuvent-ils assez proclamer leur impuissance à dire les privilèges de Marie, quand la Trinité tout entière l'entoure de si ineffables complaisances?
Puisque la plupart de ces considérations sont, au moins dans leur substance, empruntées de Bossuet, il convient de les résumer par une page du même auteur: « Heureuse mille et mille fois (cette Vierge) d'aimer si fort le Sauveur, d'être si fort aimée du Sauveur. Aimer le Fils de Dieu, c'est une grâce que les hommes ne reçoivent que de lui-même; et, parce que Marie
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est sa mère, et qu'une mère aime naturellement ses enfants, ce qui est grâce pour les autres lui est comme passé en nature. D'autre part, être aimé du Fils de Dieu est une pure libéralité dont il daigne honorer les hommes; et, parce qu'il est le fils de Marie et qu'il n'y a point de fils qui ne soit obligé de chérir sa mère, ce qui est libéralité pour les autres, à l'égard delà Vierge devient une obligation. S'il l'aime seule de cette sorte, il faudra par nécessité qu'il lui donne, et dans la mesure de son amour. Il ne pourra lui donner autre chose que ses propres biens. Les biens du Fils de Dieu sont les vertus et les grâces, c'est son sang- innocent qui les fait inonder sur les hommes; et à quel autre pensez-vous qu'il donnerait plus de part à son sang qu'à celle dont il a tiré tout son sang » (i)?
IV. — Mais, avant de clore ce chapitre, il faut encore répondre à une objection que nous avons déjà rencontrée dans l'exposition du second principe. C'est que ce grand amour du fils pour la mère et de la mère pour le fils ne semble pas avoir précédé l'Incarnation dont il est une suite. Par conséquent, et l'alliance, et la tendresse, et la munificence ne vont pas à glorifier l'origine et les premières années de Marie.
Loin de nous semblable manière de concevoir les choses de Dieu. Et pour commencer par le Fils, il ne faut pas oublier que s'il est homme, et dans cette qualité postérieur à la Vierge, il est aussi, comme Fils unique de Dieu, avant sa mère, avant tous les siècles (2). Par conséquent, dès lepremier instant qu'elle
(1) Bossuet., 3me serin., pour la Nativ. de la S. Vierge, Ier point. (2; Joan., vin, 58.
entre au monde, il la regarde, en vérité, comme sa mère, puisqu'elle l'est en effet dans ses décrets éternels. Oui, dans cette chair, il voit déjà sa chair, et dans le sang virginal de Marie, son propre sang ; car ses conseils sont immuables, et ce qu'il a une fois résolu, c'est comme s'il était fait. Ainsi, dit encore Bossuet, « son alliance avec Marie commence à la conception de cette princesse, et avec l'alliance l'amour, et avec l'amour, la munificence ».
Ce qui nous trouble le regard en cette matière, c'est que nous ne savons pas nous déprendre assez complètement de nos vues ordinaires. Relevons nos pensées, et considérons que devant le fils quedoit enfanter la bienheureuse Vierge, tous les siècles sont comme un seul jour, et que rien ne peut changer l'ordre de ses choix. Pour le Fils de Dieu la naissance de Marie est la naissance de sa mère; vérité tellement certaine qu'elle reçoit de lui Pexistence uniquement pour lui donner à lui-même sa nature humaine. Donc il la tient dès lors pour telle; et c'est ainsi qu'il doit la traiter. Un époux humain aime l'épouse de son choix, avant que le sacrement de l'Église l'ait faite indissolublement sienne; et s'il avait, dès qu'il a arrêté le dessein de la prendre pour compagne, et la certitude absolue de son union future, et la puissance de réaliser tout le bien qu'il lui souhaite, il la ferait, dès cet instant, la plus belle, la plus riche et la plus vertueuse des femmes. Et le Fils de Dieu, tout-puissant et tout bon, ne ferait pas pour sa mère ce qu'une créature ferait pour une autre créature, et il ne servirait de rien à Marie d'avoir un fils qui fût à sa naissance et l'auteur de sa naissance?
Si la difficulté tombe d'elle-même, quand il s'agit