Hist. nat. de l'homme, II, 214, et Letouraeao, L c
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tem^ntj souvent ordonné par le maître, que la femme conservera les apparences d'une vii^nîté chèrement payée par certains acheteurs. Il est à remarquer que, dans notre ooionie sénégalaise, la négresse accepte volontiers une union de quelque durée avec le blanc et fuit l'approche accidentelle de l'Européen. C'est que, dans le premier cas, elle se croit assurée, pour elle et pour son enfant, des moyens de soutien qui lui mianqueront toujours dans le second. Jadis, avec la coutume des mariages signares * , une population de métis a pu se former dans les villes; aujourd'hui, les produits de croisement sont devenus rares, parce que les premiers muiéXres, réduits à s'unir entre eux, ont rapidement dégénéré, et parce que les rapports clandestins du blanc avec la négresse aboutissent presque toujours à l'avortement ou à l'infanticide, pratiqués par la mère, en dehors des limites soumises à notre autorité; la femme échappe ainsi aux charges de la maternité, en même temps qu'en faisant disparaître la preuve de ses relations avec un blanc elle se ménage une chance d'union avec un homme de sa race. Les négresses provoquent prématurément l'expulsion du fruit, à l'aide de manœuvres manuelles et par l'ingestion de substances abor-
1. Voir noire Mémoire sur Vacclimatement dans la race noire (fier, rf'an^^rop., janvier i882, 47).
tives : nous citerons, parmi ces dernières, Técorce de Koche et Técorce de Sounaby^ qui sont aussi employées pour faciliter l'accouchement.
Dans les nations civilisées, Tavortement devient un crime que la loi s'efforce de réprimer sévèrement. Quant à le prévenir, en tenant compte des conditions sociales défectueuses qui le. provoquent, trop souvent les codes ne s'en préoccupent guère ! Bien certainement, la fille qui se débarrasse de îson fruit, après avoir été abandonnée par un séducteur, parce qu'elle n'entrevoit, pour son enfant et pour elle, qu'une vie de misère et d'opprobre; la femme, dont l'avortement doit cacher au monde et à un mari l'amant, qu'une loi affranchie des préjugés religieux et assez sage pour repousser l'indissolubilité d'un lien fréquemment établi sous des influences trompeuses, lui eût assuré comme protecteur, n'ont pas le droit d'ar- .rêter le développement de l'être qu'elles ont conçu. Mais la société ne les frappe-t-elle pas avec la lâche hypocrisie d'un complice, empressé à se dérober derrière les rigueurs auxquelles il abandonne les coupables qu'il a portés à la faute? Moins dignes de pitié sont les femmes qui pratiquent l'avortement dans le seul but de maintenir la fraîcheur de leurs charmes^ de se soustraire aux obligations de la maternité pour continuer sans entrave une vie de plaisirs futiles ; mais nous estimons que la
société qui possède et perpétue de pareilles femelles mérite elle-même les plus sévères reproches, car c'est par le vice de Téducatiori publique que la femme des civilisations raflBaées étouffe en elle l'instinct qui la doit ennoblir et retourne au type de la brute tasmanienne, « à laquelle il est aussi licite de se débarrasser de son fruit que de se couper les cheveux. » (Let.)* C'est aussi dans les sociétés qui marchent à la tête du progrès (qui le déclarent du moins) que l'affaiblissement de l'esprit de sacrifice et de dévouement aux jeunes, et l'injuste égalité légale, qui confond, sous les mêmes charges, le célibataire, l'union improductive, et la famille chargée d'enfants, poussent les sexes à l'application de la doctrine malthusienne. La réduction dans la fécondité des mariages, d'abord motivée par la limitation des ressources du ménage, est bientôt maintenue par l'appât qu'elle offre au libertinage; les unions tendent à devenir le but d'une satisfaction grossière : le peuplement des nations s'arrête, et, sous les apparences d'un luxe brillant, du développement intellectuel le plus avancé, leur rétrogradation vers les phases primitives de l'humanité commence; elles s'écroulent enfin, et l'on est étonné de voir les colosses écrasés sous les premiers
coups d'une race barbare et hier encore presque inconnue !
Les moyens d'avortement se perfectionnent dans les sociétés, à mesure que se multiplient les mobiles qui déterminent cette pratique.
Dans les sociétés bouddhiques, si humaines en leurs lois, Tavortement est fréquent, et nous y voyons une preuve du désaccord qu'entraîne, entre la conduite des individus et les prescriptions politico-religieuses, toute loi trop sévère pour les exigences que commande la nature (le bouddhisme exalte le célibat et condamne à cette existence un grand nombre de sujets vigoureux, qui trouvent dans les cloîtres une existence facile, en son profond égoïsme). — L'organisation sociale, en Chine, place la femme en minorité perpétuelle et, dans ses unions, ne tient aucun compte de ses inclinations. Dans ces conditions, combien d'unions clandestines doivent se produire, qui chercheront à dissimuler leurs conséquences par l'avortement! A Pékin, dit Morache, les avortements sont pratiqués sur une vaste échelle; les substances abortives en vogue aont publiquement afiBchées, à côté des aphrodisiaques, sous le nom de remèdes pour faire dégager le ventre^ rendre la virginité, etc. L'avortement est surtout pratiqué pour cacher des liaisons adultères, incestueuses ou irrégulières ; il est commun parmi les
veuves, que la loi oblige à une éternelle chasteté; il serait assez rare dans les ménages légitimes *. Le Pen-Tsao énumère un grand nombre de substances employées, les unes comme accélératrices du travail ou comme abortives, selon leur dose d'administration, les autres seulement comme abortives; beaucoup n'ont évidemment qu'une action problématique; mais il n'en est pas moins intéressant d'en reproduire l'énumération sommaire, d'après Dudgeon ^ A la première catégorie appartiennent les graines de balsamine (impatiens balsamina) , qu'on administre avec le gingembre, la sandaraque, les noyaux de l'azerole et de la pêche, le musc, le camphre, etc. ; à là seconde, quatre espèces d'aconit, la racine de*plusieurs espèces d'arum (macrorum, pentaphillum, etc.), le corydalis ambigua, le fruit du Psoralea arylifolia, le Phytolacca, la racine du Pupalia geniculata (achyranthes aspera, selon Hoffmann etShuetes; rhododendron, selon Hanbury), etc. — An Japon, d'après Nieuhof, il est permis aux femmes enceintes de se faire avorter, pour éviter les charges d'une trop nombreuse famille ou la dépense que doit occasionner la naissance d'un enfant, quand elles ne se croient pas en état d'y satisfaire. — L'avortement est fréquent parmi les Annamites,