Lelourneau, l, c
très sociétés, plus ou moins civilisées, la femme reste bien un être inférieur ; mais elle devient un objet dont la valeur est mieux appréciée ; la jalousie du possesseur écarte d'elle tout homme qui pourrait dériver à son profit la moindre étincelle ou d'un regard ou d'une pensée; on ne permet l'approche de la femme qu'à ses compagnes ou à des eunuques.
B. — Position de la patiente.
Le travail est imminent ou commencé ; la matrone ou le médecin sont présents. Quelle position doit tout d'abord prendre la femme ?
Autrefois, en Europe, peut-être par réminiscence d'une habitude hébraïque *, on faisait usage d'une chaise percée, sur laquelle la femme devait s'asseoir durant le travail; le fauteuil de Heister a joui d'une certaine vogue au siècle dernier. Dans une telle position, les contractions utérines pouvaient exercer leur action suivant une direction convenable, pendant le temps d'engagement; mais le périnée, difficile à soutenir, était très exposé à des déchirures pendant l'expulsion. Plus tard, on fit coucher la femme Surunfo7 de misère. Aujourd'hui on se borne à disposer les matelas et les garnitures
1. Il est question dans VExode (I, V, 16) d*un fauteail employé pour raccouchement et désigné souo le nom d'Haabessim.
d'un lit ordinaire de la façon que chacun sait, et, quand le travail est assez avancé, c'est-à-dire quand la dilatation est achevée, la poche des eaux rompue ou prête à se rompre, la présentation bien engagée, on fait coucher la femme sur le dos, le bassin un peu élevé, les cuisses à demi fléchies et écartées. C'est la position qui convient le mieux à la femme, et pour supporter ses douleurs, et pour allier TefFort des contractions volontaires à celui des contractions utérines; mais elle rend un peu difficile et fatigant le soutien du périnée par la main de Taccoucheur. En Angleterre, en Suisse et en Allemagne (mais, dans ces derniers pays, seulement pour les primipares) , on préfère le décubitus latéral ; le principal avantage de cette méthode est de rendre beaucoup moins fréquentes les déhirurces de la vulve et du périnée, parce que l'opérateur est plus à même de surveiller la distension de ces parties et en meilleure place pour opposer à l'expulsion trop hâtive une résistance efficace. Tandis que, avec la méthode française, plus de la moitié des primipares subissent des déchirures, à Vienne, avec la méthode anglaise, on n'observe de pareilles lésions que dans une proportion de 6 pour 100*.
Chez les Chinois, la femme qui va accoucher,
1. J. Rendu, ^aUs sur quelques voyages à V étranger au poiiU de tue de Vobstétrique {Ann, de gynéc, février 1881).
peu ou pas vêtue, est assise sur un baquet ou couchée sur le dos. On lui recommande de rester toute passive, et surtout de ne pas se retourner sur le ventre, avant que la tête appuie sur le périnée. C'est que le fœtus , assis dans la cavité utérine pendant toute la durée de la gestation, ne prend une situation renversée qu'au moment de franchir les voies maternelles; il exécute volontairement sa culbute, et avec Faide de ses seules forces ; mais tout mouvement intempestif de la mère, et surtout la compression qu'il aurait à subir de soii coucher abdominal, gêneraient son évolution. L'accouchement par les pieds est attribué à ce que la femme s'est retournée sur le ventre, avant que l'enfant ait commencé sa culbute; les présentations du bras, de l'épaule, d'un côté de la tête^ et les positions transversales, à ce que la femme s'est retournée sur le ventre pendant la culbute *.
Dans beaucoup de races, la femme accouche accroupie, position certainement favorable à l'effort vers la périnée, mais précisément des plus dangereuses pour cette région, qui doit souvent être déchirée sous l'éclat soudain d'une contraction violente, et dirigée tout entière sur des parties molles amincies, très distendues et sans soutien.
1. R. Harris, La pratique de l'obstétrique chez les Chinois, trad, de C. Rodet {Amer, journ, of obsl.j juil. 1881, et An. de gynéc, nov. 1881).
C'est la position adoptée au Japon * et aussi parmi les Hindoues de basse classe. i '
Ailleurs, la femme accouche accroupie ou agenouillée; mais elle peut prendre, au cours du travail, les attitudes les plus variées, ainsi que nous allons le voir.
G. — Accouchement.
Gomme les nations de civilisation européenne sont les seules qui possèdent la connaissance exacte des phénomènes de la parturition, ce sont aussi les seules où l'on se préoccupe des moindres détails relatifs à cet acte, où l'on cherche à reconnaître la présentation et la position exactes du fœtus, où l'on suive avec attention, et notamment par le toucher, les diverses phases du travail, où l'intervention soit déterminée, par avance, pour chaque manifestation prévue ou accidentelle. En dehors d'elles, il est impossible de formuler des règles d'obstétrique reposant sur quelque observation scientifique ; aussi allons -nous assister aux plus curieuses pratiques, chez les Ghinois, chez les Hindous, chez les Arabes, chez les Américains et chez les nègres.