Pritchard, Hist, nat. de V homme, II
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Au Sénégal, chez l'enfant ouolof, de Rochebrune n'a pu constater d'autres particularités de la dentition que « la sortie des canines et des ineisives moyennes supérieures avant toutes les attires, et une précocité de deux mois environ sur l'Européen *. » Mais, dans notre race, la sortie des mêmes dents offre de grandes variations, et l'époque précise de leur' apparition n'est pas déterminée de la même façon par tous les auteurs *.
B. — Déformations et mutilations ethniques 'pratiquées chez Venfant.
Chez un grand nombre de peuples , le type ethnique originel est artificiellement modifié dès les premiers jours qui suivent la naissance ou dans le cours de la première ou de la seconde enfance, par certaines opérations, tantôt seulement bizarres, tantôt cruelles et dangereuses '.
La plus répandue et la plus ancienne est la circoncision. La circoncision doit au judaïsme et à l'islamisme d'être en usage sur une immense
2. Voir dans l'Anthropologie de Topinard^Ies époques de réniplion des dents, d'après Cruveilhier et d'après M;igUot.
3. Letoiirneau, Sociçl. ethnogr.y 11 , el Chereaa, article Mutil. BTHN., in Dict. encycl. des se. méd.
j^^adue du globe. Mais ce serait une erreur de croire qu'elle reconnaît, chez tous les peuples, une origine biblique. On a retrouvé des traces de cette opération, réduite à une simple incision sur l'un des côtés du frein , chez les Mexicains , et l'incision du prépuce est pratiquée chez les Mélanésiens, les Néo-Calédoniens , la plupart des Polynésiens, etc. D'abord instituée dans un but d'hygiène et peut-être commandée par un développement trop considérable du prépuce, chez les Sémites , la circoncision a fini par dégénérer, en dehors du peuple juif, qui la regarde comme un symbole d'alliance entre lui et le Très Haut, en une pratique routinière et non toujours exempte de sérieux dangers; car, exécutée par une main inhabile, elle est souvent suivie d'hypospadias. — Chez les Juifs, « le père est obligé par la loi de faire circoncire son fils au huitième jour, à moins de maladie de l'enfant. La nuit qui précède la circoncision se nomme veille, parce que toute la famille doit garder l'enfant. Le parrain tient le nouveau-né pendant l'opération, et la marraine doit le porter jusqu'à la synagogue, mais ne doit pas y entrer. » Le D' Ghassaniol, auquel nous empruntons ces détails, ajoute qu'il a eu l'occasion de voir pratiquer la circoncision chez un enfant juif, et il raconte ainsi l'opération : a A défaut de synagogue, la cérémonie eut lieu dans un appar-
tement. A cet effet, on prépara et on orna deux sièges, l'un pour le parrain, qui tenait l'enfant sur ses genoux ; l'autre resta vid^ : il était destine au prophète Elie, qui assiste invisible à toutes les circoncisions. L'opérateur, revêtu d'une écharpe, portait sur un plat diverses substances en poudre et un instrument tranchant. Je remarquai une fiole contenant du perchlorure de fer... Alors le parrain, occupant son siège, présenta l'enfant couché sur ses genoux, et l'opérateur, qui, au préalable, avait fixé les bras contre le corps et lié les jambes l'une contre l'autre à l'aide de larges bandes, donna à sucer à l'enfant un sachet contenant un gâteau préalablement trempé dans du lait ; cela fait, il prit avec le pouce et l'index la portion de tégument qu'il devait retrancher et fit d'un seul coup la section cutanée, et, rencontrant audessous la muqueuse, il la déchira avec les ongles, en disant : Béni soyez ^ Seigneur, qui nous avez commandé la circoncision. Puis, suçant deux ou trois fois le sang qui abondait, il le rendit dans une tasse pleine de vin... Enfin, bénissant la tasse qui contenait le vin et le sang, il saupoudra la plaie avec du tan et du ratanhia. C'est au moment où il bénit le vin et l'eau qu'il impose le nom que le père veut donner, en prononçant ces paroles : Vis en ion sang. Ensuite, tous ceux qui assistent à la cérémonie disent au père, en s'en allant : Puissiez-
vous aussi assister à ses noces K » — La circoncision est obligatoire dans les pays musulmans, bien que le Koran n'en dise pas un mot. Les Arabes d'Algérie la pratiquent vers la cinquième année, en général; les Kabyles, vers six ou huit ans; les Turcs, vers huit ou dix ans. Bertherand nous a décrit très complètement l'opération telle que l'exécutent les Arabes. « Pour circoncire, l'opérateur {thahar), après avoir préparé une grande gamelle en bois (djefna), remplie de sable, pour recevoir le sang , se place sous un haïk , avec un ou deux assistants, dont l'un tient l'enfant les cuisses bien écartées. Le thahar ramène le prépuce en avant le plus possible et le lie fortement avec un fil ordinaire contre le gland. Il prend aussitôt un disque de bois (pueurgha)^ un peu plus fort et plus large qu'une pièce de 5 francs, et au centre duquel existe un trou circulaire assez grand pour admettre à peine le bout du doigt auriculaire. C'est à travers cette ouverture que le thahar passe d«abord le fil, puis tout le prépuce fortement lié; en un clin d'œil, il presse fortement le disque contre le gland, tire légèrement sur le fil pour tendre le prépuce, et, détournant habilement l'attention de l'enfant en lui faisant regarder le pla-
1. La Po8thot(mie au XIX* siècle {Mém. de la Soc. acad, de Br$it). — Picart donne un dessin qui représente assez exactement la scène de la circoncision chez les Juifs ({. c. , I).
ibnd^ ua objet quelcoaque^ il profite de oe moment pour couper le prépuce {djelda) i Taide de forts ciseaux, quelquefois avec un rasoir, le plus Mcmyent avec le couteau arabe , caurbe et si bien nffîlé. Un des assistants présente alors un œuf bien frais, ouvert avant Topération et dans lequel «est entièrement plongée la ver^ de l'opéré. Au himi de deux ou trois minutes, le thahar couvre la plaie avec de la fine poudre de feuilles d'aghar (thuya artieulé), à titre d'hémostatique, et entoure la verge d'une petite bande ou d'un morceau de ehiffon. Le jeune eofant est couché sur le dos et doit rester plusieurs jours dans cette position, autant que possible. L'opérateur le visite pendant sept jours : la première fois, il enduit la plaie avec un mélange de beurre chaud et de graine pilée de seroual (cyprès); les jours suivants, il fait un pansement confiistant en cataplasme d'oignon, de oUah' (Absinthium Judaïcum) et de beurre piles ^isemble, dans le but de prévenir et de diminuer la suppuration. Si , à la septième visite , la plaie n'est pas entièrement guérie, l'opéré doit prendre un bain de verge dans du sable bien chaud. Les bémorrhagies sont rares, et, d'habitude, le patieat se trouve guéri au septième jour... Quand le djelda a été séparé par le thahar^ un des assistants l'enveloppe aussitôt dans un chiffon. Après l'opération, ce morceau de prépuce est déposé et aban-
donné sur un objet quelconque, soit sur un arbre^ un palmier, dans un endroit quelconque, un jardin, soit sur un animal, un bœuf, etc., et le père du circoncis lui fait cadeau de l'objet, ou de la propriété ou de l'animal, sur lequel le djelda a été placé \ » Le D' Noguès a aussi vu pratiquer l'excision du prépuce entre deux ligatures '.
La pratique de la circoncision existe en Afrique et à Madagascar. Elle n'est pas générale cependant, et beaucoup de tribus la repoussent. A la Côte d'Of , Bosman et Barbot ne l'ont pas trouvée en vigueur au delà des limites du pays d'Akra. Féris, dans sa relation sur la côte des Esclaves, dit qu'elle est en usage chez les Géjis et les Na,gos, mais qu'elle n'est pas employée chez les Minas : chez ces derniers, même, les pet'sonnes qui ont été circoncises ne peuvent prendre part à certaines cérémonies. L'opération se pratique sur les individus des deux sexes, et ordinairement vers l'époque de la puberté ou en pleine adolescence; dans le pays du Rio-Nunez, nous avons même vu des sujets circoncis au delà de vingt-cinq et de trente ans. Dans ce même pays, nous avons entendu un nègre nous donner une curieuse explication du motif qui maintenait l'opération en faveur parmi ceux de sa race : c'était que le gland, toujours à