Maury, iimertc. Journ., janvier
ques ou d'excès sexuels prématurés, engendrent, chez l'enfant, en dehors de toute action diathésique, une faiblesse native ^ que développe encore le défaut de soins et de privations. L'abus du tabac, celui de l'opium contribuent sans doute aussi à l'amoindrissement physique du produit des unions, dans les races où on les observe. La faiblesse de complexion se traduit par l'état d'émaciatibn générale, contrastant avec l'énorme développement du ventre , l'apathie , une sorte de dépérissement progressif ; le plus souvent, l'éclat insidieux d'une tuberculisation termine plus ou moins rapidement une existence souffreteuse. Rarement les parents apportent quelque attention à un pareil état, dans les races incivilisées, ou ellesle conjurent par les amulettes et les gris-gris. Chez les Arabes, on se préoccupe un peu plus, peut-être, de la santé du petit être, déclaré mouzzely q'est-à-dire chétif ; mais on n'est guère en possession de moyens efficaces pour accroître ses forces ! « Il faut : 1** faire cuire un fékhoun (tortue) avec du hQrmel (rue); ajouter ensuite quelques graines de tafarfarat(?), un peu de bois de quemmoune (cumin). Le petit malade mangera de ce mélange pendant trois jours : on aura soin de lui renouveler la préparation chaque matin. 2<» Ou bien on lui donnera pour toute nourriture, pendant trois ou six jours, un œuf de poule qui aura préala-
blement cuit une nuit entière dans du vinaigre. » (Berth^)
A Spetza et à Hydra, on rencontre, sous le nom de 7C0V0Ç (douleur), une maladie pyrétique de marche chronique, qu'en raison de son allure consomptive^ de ses aflBnités avec certaines anémies graves et du vague qui règne encore sur sa nature, nous décrirons dans le groupe des affections constitutionn^lles^ Nous empruntons entièrement les éléments de notre étude au mémoire du D'' Stéphanos '. La maladie se déclare ordinairement vers la fin de la première année, après Tapparition des premières incisives; plus rarement, vers l'âge de trois ou quatre ans. Elle est plus commune chez les garçons que chez les filles. Elle atteint de préférence les enfants nés de parents tuberculeux, à constitution lymphatique et débile, réduits à l'état cachectique par la syphilis ou l'alcoolisme; ceux qui ont été mal nourris, affectés déjà de troubles gastro-intestinaux; mais souvent elle frappe les enfants au milieu d'une santé florissante, en apparence, quelquefois pendant la convalescence de maladies fébriles aiguës. On n'a relevé, dans Tétiologie, aucune influence météorologique ou tellu-
2. Hâlons-nous d'ajouter que, en plaçant dans ce groape \eponos de Farchipel grec, nous ne vouions pas préjuger de sa véritable oatura.
3. Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1881, n«>« 47 et 51. Voir aussi le mém. des D" Parissis et Telzis, Paris, 1882.
rique particulière. — Lorsque les premiers symptômes apparaissent, si le petit enfant était déjà sain, son teint se flétrit peu à peu, devient pâle, plus tard jaunâtre et d'une couleur de paille ; la sclérotique prend une couleur bleu foncé ; Furine exhale une odeur fétide ; il y a de l'abattement, de la paresse dans les mouvements, de l'indifférence à toute chose, et de la fièvre vers le soir. Plus tard, la fièvre s'établit avec des frissons et des sueurs, sous un type intermittent, ordinairement quotidien. La rate augmente rapidement de volume, et quelquefois il survient un gonflement léger des ganglions lymphatiques au cou. L'appétit se conserve ordinairement, mais capricieux et souvent perverti; la digestion est difficile, accompagnée de dyspnée et de sueurs; les vomissements sont rares ; la constipation et la diarrhée se succèdent alternativement ; le ventre est météorisé ; les urines sont albumineuses ou sucrées. Des phénomènes du côté des voies respiratoires, ordinairement de nature catarrhale, se présentent à une époque variable. Peu à peu, les phénomènes généraux s'accentuent, la .fièvre devient rémittente ; la tempe rature s'élève à 39, 40, 41®. Des localisations sont fréquentes du côté de divers organes (bronchite difi'use, broncho-pneumonie, méningite, péritonite). « La fièvre continue avec tous les caracr tères d'hecticité; la rate atteint un volume énorme,
occupant souvent la plus grande partie du ventre. Le durcissement et le gonflement de celui-ci deviennent considérables; mais ils ne sont généralement accompagnés d'aucune douleur. Les veines sous-cutanées se dessinent souvent. La peau, déjà noirâtre, devient encore plus foncée; l'œdème envahit les extrémités, la face et le côté sur lequel se couche l'enfant; l'œdème de la face devient fréquemment si intense, que le malade est méconnaissable. Des hémorrhagies des gencives et des épistaxis surviennent ordinairement dans cette période, rarement beaucoup plus tôt ou au commencement de la maladie ; des hémorrhagies de l'estomac et de l'intestin sont rares. Dès pétéchies sur le corps et des ulcérations des gencives sont très communes. Plus rarement, on observe la gangrène des gencives ou d'autres parties de la bouche, la nécrose de l'une ou de l'autre mâchoire, accompagnée de chute des dents. On a aussi observé le noma, avec des destructions étendues, des furoncles nombreux, des éruptions pemphigoïdes, des abcès froids souscutanés, fétides, sur les fesses, plu^ rarement au visage ou ailleurs. La maladie portée à ce point, la mort est presque inévitable. Les évacuatioD> alvines, vers la fin, deviennent incoercibles, quelquefois dysentériformes (après une diarrhée intense, la diminution ou même la disparition de la
tuméfaction de la rate n'est pas rare). L'amaigrissement devient squelettique, la température du corps tombe au-dessous du type normal, les sueurs froides et abondantes se montrent, et la mort survient. » La maladie peut durer de deux mois jusqu'à un ou deux ans. Elle peut se terminer par la guérison, chez les sujets sans antécédents héréditaires. — Dans la seule autopsie qui ait été pratiquée, on a relevé les lésions suivantes : « En ce qui concerne la rate, sa capsule était très dense; elle-même était mamelonnée, et ses cloisons étaient épaissies; elle n'a présenté ni de pigmentation notable, ni d'accumulation anormale de globules blancs; signes de congestion et d'inflammation chronique du poumon droit; abcès ossifluents de la première côte droite, avec nécrose limitée de la même côte et pleurésie sèche dans la région correspondante; cirrhose commençante du foie (attribuée à l'administration exagérée de l'eau-de-vie, au cours de la maladie); congestion des reins. Les ganglions bronchiques et -ceux du ventre ont été trouvés, en général, normaux, quelques-uns un peu plus volumineux que de coutume. Rien au mésentère. » Chez deux malades, le D^ Karamitsas a trouvé le nombre des globules rouges sensiblement réduit, tandis qu'il a constaté à peine quelques globules blancs. — « Un traitement tonique et antipyrétique, l'éloignement des conditions anti-
hygiéniques et leur remplacement par des conditions favorables, le tout appliqué de bonne heure, ont souvent produit de bons résultats. On a surtout observé l'excellente influence de l'abandon du lait d'une mère cachectique pour un autre plus convenable, de l'emploi des préparations de fer, de quinquina et de Fhuile de foie de morue. Au début, l'usage de la quinine suspend ou diminue la fièvre ^ssez fréquemment, ainsi que la tuméfaction de la rate, tandis que, plus tard, ce moyen est rarement efficace. En certains cas, cet ensemble de moyens a amené la guérison, même à une période avancée de la maladie. » Le vin et les autres alcoohques sont très utiles. Une émigration est quelquefois salutaire.
Le ponos offre plus d'un point de ressemblance avec une forme clinique observée, à Naples, chez des enfants, par le D*" Gardarelli, et décrite sous le nom depsetido-leitcémie; mais elle s'en distingue précisément par l'absence des phénomènes leucémiques, constatés, en celle-ci, du côté de la rate et du foie. 11 reste à établir s'il dépend d'une cause infectieuse et parasitaire, comme le D' Stéphanos incline à le croire.
2* Maladies infectieuses, — L'enfance possède via-à-vis d'elles tantôt une immunité remarquable, tantôt des aptitudes particulières.
La fièm^e typhoïde ne s'observe guère au-dessous
de la quinzième année; néanmoins, on Ta rencontrée chez des enfants à la mamelle, et elle devient moins rare de la cinquième à la onzième année (Griesinger *).
La fièvre jaune est relativement rare dans Fenfance comme dans la vieillesse, dans la race la plus prédisposée (race blanche). On voit parfois la maladie enlever plusieurs personnes autour d'un nouveau-né, qu'elle respecte. Il est donc assez surprenant qu'on ait cherché à édifier l'explication de l'immunité des créoles adultes sur une infection contractée dans le bas âge et méconnue à cette époque. Il nous paraît plus simple et plus rationnel de remplacer une hypothèse, en désaccord avec le fait principal sur lequel elle s'appuie, par la théorie de la transmission héréditaire d'une immunité acquise à la souche, au prix d'une infection originelle.
Dans le choléra, les nourrissons ne sont atteints que suivant une proportion assez faible. Mais « l'enfance présente, dans les différentes épidémies, une susceptibilité morbide très inégale, tantôt très faible, tantôt très forte : la cause prochaine de cette particularité est tout aussi obscure que dans les épidémies de dysenterie... Un grand nombre d'enfants sont quelquefois atteints au début des épi-