CONTE ORIENTAL
Pilpay, le père de l'apologue chez les Orientaux , était, comme tous les nourrissons des Muses, en butte à la colère de l'aveugle et inconstante déesse.
Mais quoique en proie à la plus affreuse pauvreté, il avait recueilli sous le hangar qu'il habitait de jeunes orphelins dépourvus et chassés du toitpaternel par un homme puissant. Indigné d'un pareil attentat, le poète se rend au palais du gouverneur et demande à lui parler. A sa vue les courtisans tournent le dos. Un esclave se rend au sérail, séjour de la mollesse et des voluptés, et de la porte:» Seigneur, un mendiantderaande à vous parler, w Sa grandeur
sourit avec pitié. L'esclave comprend la réponse , s'incline r.vec respect et de retour près de Pilpay : «Va-t-en, misérable; croistu que mon maître ait le loisir d'entendre des gueux de ton espèce. » Pilpay se retire et ne se décourage pas. Le lendemain et les jours suivants mêmes démarches, mais pas plus de succès; dix fois déjà il a essuyé les mêmes outrages , lorsque tirant ses tablettes, il écrit quelques mots, prie l'esclave de les ])orter et se retire dans un coin , résolu d'y rester jusqu'à ce que justice lui soit rendue. Cependant le gouverneur a reçu les tablettes, il les ouvre et y lit ce court apologue , sous le voile duquel lui était adressée une énergique ieçou :