‹ La Mère-institutriceChapitre 104 sur 224 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Enivré de l'encens qu'au fond de ses palais ,

Brûlaient sur ses autels de fastueux valets,

Un Nabab s'appelait dans l'excès du délire,

Un flambeau d'équité, la splendeur de l'empire ,

Le fi ère du soleil ! . . lorsque du haut des cieux

L'astre indigné, s'écrie : audacieux!

Mes rayons bienfaisants, mes faveurs signalées

Dans la profondeur des vallées Vont cherchant l'herbe obscure et la uaissante

fleur, Pour les vivifier d'une douce chaleur , Et toi, méchant, les pleurs de l'infortune , Bien loin de l'émouvoir blessent ton cœur pervers, l'renible ! Dieu maudit ceux que le pauvre importune, Car le pauvre est l'ami du Dieu de l'univers.

Frappé de l.n vérité de ces paroles, le gouverneur se lève, et hors de lui : « C'est Pilpay !.. Où est-il? où est-il? Esrl.ivc, que je le voie!...» Et suivi de l'esclave et des courtisans il se rend dans la salle où l'attend l'auteur de l'apologue. Les yeux fixés à terre, le sage méditait en ce moment un de ces drames lameux , devenus pour la

postérité une précieuse source d'instruction et de délices. « Le voilà, dit l'esclave en le montrant. Le misérable ne s'aperçoit pas de la présence de son seigneur. Tenez , il griffonne encore, je vais l'avertir... Gueux î — Silence, misérable , dit à voix basse le gouverneur, eu porlantla main sur la bouche de l'esclave. Sous ces haillons de l'indigence est caché le plus rare trésor de l'univers. Silesortétait juste il serait le maître de ce palais, c'est moi qui en assiégerais la porte. Nous lui avons fait faire antichambre, faisons antichambre à notre tour : que le génie reçoive au moins une fois l'hommage qui lui estdù. » A ces mots l'émir s'assied à terre, l'esclave, les grands de la cour suivent son exemple , et tous dans un profond silence attendent que le favori des Muses sorte de ses méditations pour leur donner audience.

Puissances de la terre, retenez celle leçon de l'émir, ceux à qui le ciel a refusé les dons du génie , ne sont grands aux yeux de la postérité qu'autant qu'ils ont su s'abaisser devant lui.

Bosv.\LOT.

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