TROISIEME LEÇON
Dans celte leçon , le professeur examine d'abord la nature et l'origine des états-généraux.
Sous les rois de la première race, ces assemblées étaient la réunion des vainqueurs pour délibérer sur les moyens d'assurer et d'étendre leurs conquêtes. Plus tard, lorsque la fusion des vainqueurs et des vaincus fut faite, les assemblées du Cliamp-de-Mars perdirent une partie de leur importance , et sous Charlemagne nous ne voyons plus de guerriers indépendants maintenant leurs droits et stipulant des garanties, nous voyons des assemblées purement consultatives. Elles ne se réunissent plus en vertu d'un droit imprescriptible; celui qui les a convoquées peut les renvoyer à son gré lorsqu'il en a
tiré ce qu'il a voulu , lorsqu'il leur a demandé les conseils qui devaient l'éclairer. Sous le régime féodal , les assemblées du Champ-de-Mars devinrent inullles parce qu'il n'y avait plus d'intérêts génératix à discuter. Ce n'est que sous la troisième dynastie, à l'époque de Philippe- le-Bel, qu'elles reparaissent et que les trois ordres s'y trouvent représentés.
Le professeur démontre ensuite que les états- généraux ne pouvaient jouir de la popularité telle que nous la concevons aujourd'hui, parce qu'ils étaient toujours pour le peuple le symjitôme de quelque désastre à réparer et de quelque nouvel Impôt. La convocation des Etats annonçait soit les I dangers du pays, menacé d'une guerre, soit
la nécessité de dégager la parole royale imprudemment donnée, soit les besoins de la royauté' en enfance ou menacée de tomber en quenouille.
Les Etats de 1484 offrent un caractère particulier. Appelé après le long règne de Louis XI , où tous avaient eu à souffrir , chaque ordre avait des réclamations à faire. La session fut ouverte par le chancelier qui prononça un discours très long et très savant dans lequel on remarque l'influence des écrivains de l'antiquité , et cet empressement d'une érudition nouvelle qui aime à se montrer. Dans les siècles précédents les citations étaient fréquentes, mais elles étaient presque toujours empruntées à l'Ecriture, aux livres saints et à deux ou trois auteurs profanes tout au plus. Sénèque , Perse et Juvénal partageaient seuls, avec la
Bible et les Pères , les honneurs de la citation ; mais ici on se trouve en pleine latinité, on voit que l'orateur a étudié "Virgile et Cicéron.
LTn député bourguignon, seigneur de la Roche, parla sur la question de la régence, et son discours est remarquable par sa logique et son énergie, et les idées nouvelles qui s'y font jour.
Toutes les réclamations sont présentées avec netteté , vigueur et convenance. Chacun des ordres demande la restitution et le maintien de ses privilèges et l'abolition des abus; mais c'est surtout sur la réforme de la justice qu'ils appuient avec le plus de force; ils demandent qu'il n'y ait plus de vénalité d'emplois; ils réclament pour les juges l'élection et l'inamovibilité, et la punition du magistrat prévaricateur.