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QUATRIÈME LEÇON

Le professeur cite quelques passages des discours les plus renmrquables prononcés dans l'assemblée des états - généraux , où parurent, pour accuser la mémoire de Louis XI , en présence de son fils, les victimes de sa cruauté. Charles d'Armagnac, les enfants du duc de Nemours, le seigneur d'Alençon, le fils du comte de Saint-Paul, l'évêque de Laon , le duc de Lorraine, vinrent successivênïent demander justice ou vengeance.

Voici quelques passages du discours de Jean Cordier :

«....Vous savez tous que naguère, du temps du roi Louis, l'état entier de l'Église a été déshonoré; ses élections ont été cassées, les indignes promus aux épiscopats et aux bénéfices ( plusieurs de ces indignes étaient présents), les biens des églises envahis, les plus saillies personnes délaissées sans aucune dignité, que dis-je? abandonnées à une condition vile et ignominieuse....

« rï'ayez-vous pas va souvend des imio-

cents emprisonnés sans jugement, et même mis à mort , et leur héritage passé aux mains des accusateurs? Quelle a été sa prodigalité et l'excès infini de ses dépenses! personne ne l'ignore; car, vous le savez, il donnait tout sans choix et sans jugement, et ses rapines n'étaient pas moins insensées que ses largesses. Quant au peuple, je dirai avec vérité que, sons ce roi de terrible mémoire , le poids insupportable des impôts faillit le jeter bas et l'écraser.... »

Tout ce discours est empreint d'une patriotique douleur et résume avec énergie les griefs généraux de la France.

Le professeur cite encore quelques passages des doléances présentées au nom de Charles d'Armagnac, qui avait passé plusieurs années dans un cachot de la Bastille où l'eau de la Seine pénétrait dans la mauvaise saison , de sorte qtie ce malheureux prince restait quelquefois pendant trois mois enfoncé dans la boue jusqu'aux ge-

nous. Ce discours, écrit à la m<iiuère cicéronienne, offre une imitation heureuse des formes de l'antiquité. L'orateur retrace les derniers moments du frère de Charles d'Armagnac, assassiné à Lectoure; puis 11 s'écrie:

« O crime abominable et inouï ! ô les plus sanguinaires et les plus impies des traîtres I qui jamais au royaume de France a entendu parler d'une action pareille ? Rappelez et placez devant vos yeux le spectacle d'un forfait aussi horrible un

homme innocent assassiné.... un sang royal et illustre répandu avec cruauté.... non par une condamnation publique , mais par la haine et de la main des hommes les plus méchants et les plus vils!....

« Mais le croirez-vous ? ces hommes pervers non-seulement respirent et vivent encore, mais ils jouissent de leurs richesses et de leurs honneurs, et lorsqu'ils devraient songer à se dérober au châtiment par la fuite, ils osent siéger devant vous, et il semble, à leur rire criminel et à leurs gestes , qu'ils entendent le récit d'une fable inventée à plaisir. »

Puis s'adressant aux instruments des vengeances de Louis XI qui siégeaient dans l'assemblée :

« Vous ne me croyez pas, ceci vous semble un jeu et de vaines paroles ; mais vous porterez la peine de vos crimes jusqu'à la mort. »

Cette plaidoirie nous donne une idée de la culture des esprits à cette époque. On pressent déjà la renaissance ; la manière des historiens du temps rappelait celle des historiens de l'antiquité. Coraines, en son histoire de Iiouis XI, Machiavel et ses discours avaient donné l'exemple. L'éloquence politique est marquée du même caractère, et les monuments qu'elle nous a laissés rappellent le style des anciens.

Le professeur indique en passant le discours de Philippe Pot , seigneur de la Ro-

che, remarquable par la simplicité du langage et l'élévation des idées ; celui du chanoine Jean de Rely au nom de l'assemblée, et celui du chancelier qui parlait au nom du roi. Le pédantisme et la subtilité des premières années du quinzième siècle se retrouvent sans altération dans les deux derniers ; cependant leurs harangues sont remarquables par la modération du langage et un profond sentiment de patriotisme. Le premier discours contient un éloge de la France basé sur le témoignage de l'histoire et qu'on lit avec intérêt, et on peut même dire avec orgueil.

Le professeur termine cette leçon sur les états -généraux de 1484 par quelques passages du discours de Philippe de Poitiers, gentilhomme champenois, en réponse à Hugart, avocat de Poitiers, qui attaque les privilèges de la noblesse et du clergé.

« Je voudrais savoir de celui qui vient de parler s'il pense que les ecclésiastiques et les nobles n'ont pas été de quelque secours au peuple dans cette assemblée, et s'il s'imagine que ses efforts et ceux des députés plébéiens ont été plus utiles à la cause populaire que les travaux de la noblesse et du clergé. Qui a donc tracé devant le roi le tableau détaillé des misères du peuple? c'est le clergé. De quels députés le crédit et l'influence ont-ils le plus contribué à l'allégement des charges ? ne sont- ce pas les hommes distingués que les premiers ordres de l'Etat ont envoyé siéger dans cette enceinte? »

L'orateur récrimine ensuite contre les avocats qui sont les derniers à ressentir les misères du peuple dont ils sucent la substance , tandis que le clergé et la nobles&e partagent sa détresse ou sa prospérité et sont plus intéresses que les hommes du barreau à ménager la classe populaire.

Cette 'harangue éjnut vivement l'assemblée.

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