LA COMPLAISANCE
Charles et Henri demeuraient dans la même ville et fréquentaient la même école; mais leurs caractères ne se ressemblaient point. Charles ne connaissait pas de plus grand bonheur que de pouvoir faire plaisir aux autres; Henri ne rendait service à personne alors même qu'on l'en priait instamment et qu'il pouvait le faire sans peine. Un jour que ces deux enfants étaient ensemble à l'école , Charles avait oublié sa plume ; il pria son petit camarade, qui en avait trois , de lui en prêter une ; mais Henri la lui refusa, a J'ai besoin de mes plumes, dit-il, c'est pour moi que je les apporte, et non pour d'autres. » Une autre fois, Charles étant occupé à arroser un p.irterre que ses parents lui avaient abandonné pour son usage, dit à Henri, qui était plus grand et plus fort que lui, qu'il l'obligerait beaucoup s'il voulait l'aider à arroser ses fleurs. Mais celui-ci lui répondit qu'il n'était pas son domestique, et qu'il ne concevait pas comment on pouvait lui faire une pareille demande.
Un jour Henri avait aussi oublié ses plumes; il regarda d'un air triste celles de Charles et n'osait lui en demander ime ; mais ce dernier s'en étant aperçu lui dit : « Ne te gène pas, mon ami, j'ai plus de plumes qu'il ue m'en faut, et tu en luanques^
choisis-en une parmi les miennes; » ce que Henri fit en rougissant. Quelques jours après, Henri se trouva de nouveau avec Charles. Pendant que celui ci cueillait sur son parterre des fleurs pour un bouquet à sa mère : « Si j'avais aussi des fleurs à offrir à ma mère dont c'est aujourd'hui la fête! » dit- il; mais il comprit qu'il ue pouvait en demauder à son camarade, n'ayant jamais eu de complaisance pour lui. Charles le prévint encore : « Mes fleurs sont à ton service, lui dit-il; viens en cueillir autant que lu en désires, non-seulement pour ta mère, mais encore pour toi, si tu les trouves belles; je suis heureux de pouvoir t'eu offrir. « Henri accepta celte bonne offre, et de ce moment, touché de la bonté de Charles , il s'appliqua à imiter son exemple. Bientôt il devint son égal en complaisance et en toutes sortes de procédés honnêtes. Charles éprouva la plus vive satisfaction en pensant qu'il avait contribué à produire cet heureux changement, et Henri, de son côté, n'oublia jamais le service que lui avait rendu sou jeune ami. Il se forma entre ces deux enfants un attachement aussi sincère que durable.
J.-J. Hoxrr.