‹ La Mère-institutriceChapitre 146 sur 224 · M. ALEXANDRE BONIFACE · texte numérisé non relu

M. ALEXANDRE BONIFACE

Nous nous proposons de donner la vie des professeurs français qui se sont le plus distingués par leur enseignement et par leurs ouvrages ; cette galerie ne manquera ni d'intérêt ni d'utilité. M. Boniface, dont le nom est populaire daas l'instruction élémentaire, méritait sous tous les rapports de commencer cette intéressante revue.

Alexandre — Bo^iFAce (Antoine), ne à Paris le aa décembre 1785, occupe un rang distingué parmi les instituteurs et les grammairiens de notre époque.

Elevé dans le commerce par ses parents, il ne paraissait nullement destiné à parcourir une autre carrière, surtout celle de l'enseignement, à laquelle il se livre avec succès depuis trente ans.

A l'âge de i4 ans, il ne savait guère que lire, écrire, calculer et dessiner, et il avait pour cette dernière faculté des dispositions si particulières qu'il fit en peu de temps de grands progrès dans la peinture.

Toutefois ses parents, voulant lui donner quelque instruction, le placèrent aucollége de la Marche , et il ne tarda pas à s'y faire remarquer par son zèle et son intelligence, et en quelques années il termina si bien son cours d'études qu'il remporta tous les premiers prix de ses classes. Mais alors le commerce n'eut plus d'attrait pour lui, et, contre l'intention formelle de ses parents, il compléta ses études classiques et se prépara à se livrer à l'enseignement, pour lequel il a^ait une vocation tellement prononcée qu'il lui sacrifia ses plus chers intérêts.

Urbain Domergue , membre de l'Institut et l'un de nos premiers grammairiens qu'il avait su intéresser en sa faveur , l'adopta en quelque sorte et se plut à le former pour sa carrière future.

D'autres membres de l'Institut , Bemarclin de Saint- P icrre , Chénier , Morellet, etSitard, s'empressèrent de prendre part à cette bonne action de Domergue, en ac-

cueillant le jeune Boniface et en l'aidant de leurs conseils et de leurs excellentes leçons.

Allié à la famille de Napoléon, il pouvait aspirer encore à de plus hautes protections ; il n'en profita jamais, et ne voulut devoir son avancement qu'à ses premiers bienfaiteurs et au zèle qu'il apporta dans ses travaux.

A. l'âge de vingt ans il enseignait déjà avec succès le français et l'anglais j à vingt-deux ans, secrétaire de l'Académie grammaticale fondée par Domergue en 1807 , il entra dans la célèbre institution de Dubois-Loyseau , comme professeur de langue française, et il eut l'avantage de compter parmi ses collègues Luce-d«-Lancival , Mau~ gras et Poisson.

C'est alors que M. Boniface publia son premier ouvrjge sur la grammaire; c'était un cours élémentaire à l'usage de ses élèves : cet ouvrage, entièrement épuisé, n'a pjis été réimprimé.

Vers ce temps, Domergue, Suard et Morellet travaillaient assidûment au Die tionnaire de l'Académie , qui , d'après leur plan , devait être entièrement composé de phrases d'auteurs ; M. Boniface , dont ils avaient mis le zèle à l'épreuve, avait déjà recueilli et classé plus de vingt mille exemples, dont la plupart ont fait partie du Dictionnaire. Mais à la mort de ces académiciens consciencieux, leurs collaborateurs et leurs successeurs, désespérant sans doute d'achever l'œuvre, jugèrent plus convenable d'abandonner cet admirable plan, et de recommencer entièrement le Dictionnaire , dont plus de la moitié était déjà imprimée.

C'est sans doute à cette occasion que Lebrun lança cette épigramme :

On fait, défait, refait ce beau dictionuaire, Qui, toujours très bien fait, reste toujours à faire.

Le travail de M. Boniface fut donc perdu, du moins pour le public, mais non pour lui ; car il l'avait éclairé et dirigé sur la seule bonne méthode d'enseignement, celle qui est fondée sur les Jaits , et qii'il n'a cessé de pratiquer jusqu'à présent.

Désirant s'y perfectionner et l'appliquer à plusieurs branches d'enseignement , il alla en i8i4 étudier à Iverdun, auprès de Peslalozzi , l'excellente méthode d'édiica tien de cet illustre et vénérable instituteur, et pendant près de trois ans il y fut tour à tour élève et maître. En 1817, il revint à Paris, continua la publication de ses ouvrages, se livra à l'instruction des jeunes personnes dans l'institution de madame Daubrce, où il pouvait en toute liberté

faire l'application de sa méthode , et prépara pendant cinq ans les matériaux nécessaires à la direction d'un institut à l'instar de celui de Pestalozzi, mais avec les modifications exigées par les besoins des élèves.

Cet institut, fondé à Paris, le 1" mai 1822, est encore dirigé par M. Boniface, et l'état en est toujours de plus en plus prospère.

Egalement voué à ses travaux littéraires et à la direction de son institut, M. Boniface a publié un grand nombre d'ouvrages classiques et a formé des élèves très distingués.

La ville de Cambrai , patrie de son père, l'a admis ainsi que son frère X, B.Saintiney au nombre de ses habitants notables, et plusieurs sociétés littéraires et scientifiques de la France se sont empressées de le compter parmi leurs membres. Cependant le seul titre dont il s'honore est celui d'instituteur, D. L.

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