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UN VIEILLARD

Oh! comme il est calme et tranquille, le vieillard à la chevelure blanche, au front sillonné par les ans. La douceur et la bonté sont répandues sur ses traits vénérables, tout en lui respire le bonheur et la paix. Sa taille un peu inclinée maintenant a dû être noble et fière au printemps de sa vie, et dans ses yeux baissés qu'une joie pure anime se refléta jadis l'amour et le génie. Il appuie avec confiance sa main maigre et ridée sur un bâton qui ne le quitte plus, car il a besoin de soutien, lui dont le temps a épuisé les forces, que tant de lustres ont vu passer; et pourtant, malgré sa faiblesse, quand les enfants du village assemblés dans les champs poursuivent Je papillon léger, on voit encore l'octogénaire les suivre au loin des yeux dans leurs courses rapides, les exciter d'une voix frêle et fêter le vainqueur. « Enfants, dit-il, courez, oh! courez; à votre âge je chassais aussi 'l'insecte aux ailes d'or; je foulais joyeux le gazon des prairies, je cueillais la noisette au bois. Ne perdez pas des jours qui si vile s'envolent. Profitez bien de votre temps; on est si heureux à votre âge. Vous ne pouvez danser toujours. »

Et le plaisir animait sa belle figure ; il e'tait heureux, le bon vieillaid, de se rappeler ses douces émotions, ses joies pures d'enfant; le souvenir du plaisir qu'il ne pouvait plus goûter maintenant le consolait de ses regrets amers et ranimait son cœur. Souvent le soir, dans les grands jours de fête, appuyé sur un bras ami, il se dirige vers l'orme antique où la danse a rassemblé la jeunesse du hameau. Du plus loin qu'il entend la musique champêtre, il précipite sa marche en chantonnant; à sa figure animée par lajoie, on le dirait impatient de figurer dans les joyeux quadrilles. Pourtant ce n'est plus la danse qui l'attire; une place sur l'un des bancs qui se voit le moins ,

quelques phrases amicales des jeunes garçons et des sourires des jeunes filles, voilà ce qui l'attend là-bas. Mais c'est assez pour lui ; le bonheur des autres fait tant de bien ! « Enfants, dit-il, dansez, oh! dansez; à votre âge je m'amusais aussi le soir de nos beaux jours; j'aimais à me délasser de mes longues fatigues. Profitez bien de votre temps pour goûter les plaisirs; ne perdez pas des jours qui si vite s'envolent. Vous ne pourrez danser toujours ! »

Et joyeux d'amuser le bon vieillard, chacun, profitant de ses sages conseils, se livrait au plaisir avec ardeur. Alors, voyant le bonheur répandu sur des figures charmantes, le vieux père oubliait sa béquille et ses quatre-vingts ans, et se revoyait à ses jeunes années.

Aussi, quand le rappel réunissait sous les bannières chères à la France les jeunes gens de son village, quand le pays armé réclamait leur secours , il soupirait en les voyant partir. « Amis, leur disait-Il en retenant des larmes de regret prêtes à tomber de ses paupières, allez avec ardeur défendre notre roi ; combattez avec courage l'ennemi ambitieux, repoussez l'esclavage; la gloire vous appelle à vos rangs, la victoire sourit à la valeur; amis, ne perdez pas de temps. Les années épuisent les forces, le mousquet devient lourd au bras appesanti; alors le cœur bat vainement pour la gloire. Vous ne pourrez vaincre toujours. «

Alors une larme brillait dans ses yeux, ses joues amaigries se coloraient soudain d'une vive rougeur. Mais bientôt le calme reparaissait sur son visage en pensant à la gloire qui l'avait entouré. Et le bon vieillard ne pensait plus à sa béquille en regardant sa croix d'honneur.

Bien plus souvent aussi , dans les longs soirs d'automne, quand la brise plus fraîche souffle dans le vallon , quand les arbres de

la forêt frissonnent, on le voyait, assis devantsa porte, entretenir un vieil ami. Quelles étaient douces et bonnes ces heures qui s'écoulaient en racontant des histoires effrayantes, ou bien des hauts faits d'armes et des souvenirs de voyageur; comn^ie ses yeux brillaient quand il redisait ses campagnes, ses peines de guerre, ses victoires et ses combats! Sa mémoire étant intarissable ses récits ne devaient pas finir.

Mais si dans le cours de ses narrations amusantes le bon vieillard entendait sonner l'horloge du hameau, son regard se tour-

nait involontairement vers le champ du repos. Un nuage de tristesse paraissait un instant sur son front vénérable; mais bientôt dissipé il reprenait sa douce sérénité. « Ami, redisait-il à s^on vieux camarade en lui serrant la main, et souriant pour raffermir son cœur, profitons bien de notre temps pour rappeler notre vie et la conter à nos enfants. Ne perdons pas des jours qui si vite s'envolent; nous ne pourrons causer toujours. »

M"« Louise.

MÉGANIQUE.

(premier article. )

La mécanique est fondée sur les lois du mouvement, qui ont elles-mêmes pour base la gravité ou pesanteur.

La perpétuité du mouvement des corps planétaires a longtemps induit les physiciens à penser qu'il était possible de trouver en mécanique le mouvement perpétuel; mais la loi même de la gravité, qui n'est contrebalancée sur notre globe par aucune force , comme cela a lieu dans le système général du monde , rend un tel but impossible à atteindre ; aussi, les nombreux essais qui ont été tentés l'ont toujours été vainement.

La plus récente des inventions de ce genre consiste dans les deux piles galvaniques , entre lesquelles se meut une pendule alternativement attirée et repoussée par le fluide à l'état positif et à l'ctat négatif. Mais les esprits justes savaient d'avance que les piles perdraient peu à peu , par l'émission du fluide, par l'oxidation, etc., leur vertu attractive et répulsative, et que la pendule s'arrêterait au bout d'un laps de

temps plus ou moins considérable-; c'est ce qui est arrivé, et ce qui prouve que cette combinaison ne pouvait avoir qu'un mouvement momentané , comme tous les phénomènes secondaires de la nature.

Quant à découvrir le mouvement perpétuel par le moyen de la mécanique proprement dite , cette espérance est maintenant reléguée parmi les chimères, avec l'astrologie , la pierre philosophale, l'art de prolonger la vie, etc.; le raisonnement et l'expérience ont démontré que la gravitation vers le centre de la terre s'oppose à ce qu'un corps mis en mouvement continue indéfiniment de se mouvoir , attendu que sa gravité tend sans cesse à le ramener à un point fixe le plus près possible du centre commun , et qu'il finit forcement par s'y arrêter.

La mécanique n'a pour but réel que d'accroître l'effet des forces simples.

La force simple d'un poids d'une livre ne contrebalance qu'un poids égal et ne peut mouvoir qu'un poids moindre , tandis

que par remploi des moyens mécaniques la même force contrebalancera ou pourra mettre en mouvement un poids de deux, de vingt, de cent, de mille livres. Cette faculté n'a point de bornes en théorie. Le mot d'Archimède: « Donnez-moi un point d'appui et je remuerai le monde,» était donc une assertion fondée , théoriquement parlant.

Les masses les plus considérables qui aient été mues par la puissance mécanique sont les pierres qui forment les pyramides d'Egvpte. Il est vrai qu'il n'est pas prouvé que ces masses énormes aient été transportées par des machines, plutôt que par la réunion des forces simples ; mais la première de ces conjectures est, sans contredit, la plus raisonnable, la puissance mécanique n'ayant pas de bornes assignées , tandis que l'emploi des forces simples réunies est limité par les moyens d'exécution; par exemple, l'impossibilité de faire agir mille hommes sur une surface donnée qui ne peut les contenir. On peut donc conclure que les anciens ont été très avancés dans l'art de la mécanique , et que c'est par elle qu'ils ont exécuté les immenses travaux qui excitent encore notre admiration.

La mécanique se compose de six moyens, qu'on emploie soit isolément, soit d'une manière combinée.

Ces moyens sont : le levier, la poulie , la roue et son axe, le plan incliné, le coin, la vis.

Dans l'application des lois de la mécanique à une machine quelconque , il faut nécessairement :

1 " La puissance , ou force qui doit donner la première impulsion ; elle consiste dans l'effort des hommes, des animaux, des poids, des ressorts , de l'eau, du vent , de la vapeur, etc.;

a** La résistance à vaincre par la puis-

sance ; elle consiste généralement dans uu poids à mettre en mouvement;

3° Le point d'appui, ou centre du mouvement de la machine ;

4*^ Les vélocités relatives de la puissance et de la résistance ;

5o Enfin la ybrce d'inertie, \e Jroltement, traînant ou roulant, et la nicistance de l'air, qui diminuent la force des moyens.

Le levier est une barre non-flexible plus; ou moins longue, communément destinée à, soulever un poids,ou à le mouvoir de côté.,

Il y a trois genres de leviers.

Dans ceux du premier genre le point d'appui se trouve entre la puissance et la résistance; il peut se trouver en dessus, comme dans la balance; il peut se trouver en dessous , comme dans la balançoire 'ordinaire.

Si les deux bras du levier , de cTiaque côté du point d'appui, sont égaux f;n longueur , la puissance devra être plus grande que la résistance pour la mettre e n mouvement ; à plus forte raison si le: bras du côté de la puissance est plus court. Dans ces deux cas l'effet du levier deviendra nul.

Au contraire, plus le bras du «:ôté delà puissance a de longueur, relativement au bras du côté de la résistance, plui. le levier aura de force.

Parmi les leviers du premier genre , le plus puissant est celui qu'on dé signe sous le nom de pince; sa force, empl oyée seulement pour élever de grands poids à une petite hauteur , vient de ce qu e , par sa structJire même, la résistance se trouve rapprochée le plus possible du po int d'appui.

Dans ceux du second genre , la résistance est entre la puissance et le point d'appui, comme dans les rames d'un bateau.

Les longueurs relatives des bras de ce levier, de chaque coté de la résistance, donnent lieu aux mêmes aîiserlions que celles qui viennent d'être faites pour les leviers du premier genre, de chaque côté du point d'appui.

Dans ceux du troisième jjenre , la puis-

satice est entre le point d'appui et la résistance.

Ce genre de levier, dont le jeu augmente la résistance au lieu de la diminuer, n'est point usité dans la construction des machines ; on ne s'en sert qu'isolément et lorsqu'on ne peut faire autrement.

Dans'^'tous les leviers l'équilibre a lieu entre les deux: bras, quelque inégaux qu'ils soient en longueur , quand la somme du bras le plus long, multipliée par la puissance , est égale à la somme du bras le plus court, multipliée par la résistance, c'està-dire que la puissance et la résistance doi-

vent être l'une et l'autre en raison inverse de leur distance respective du point d'appui. Dans la rupture de l'équilibre entre les deux bras d'un levier, le calcul s'établit de la même manière, en ménageant une supériorité du côté qui doit l'emporter. Ce calcul s'établit aussi en multipliant les quantités de matière par leur vélocité ; il s'ensuit que la puissance du poids le plus léger sera supérieure à celle du poids le plus lourd, si sa vélocité relative est suffisante pour rendre son résultat supérieur , ce qui est facile à déterminer au moyen de la muhiplicatloa indiquée.

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