‹ La Mère-institutriceChapitre 153 sur 224 · L'ENFANT DE MUNICH · texte numérisé non relu

L'ENFANT DE MUNICH

1 Espérez contre espérance, et vous serez exaucé. »

(Sainte Bible.)

Si nouî sommes en ce monde pour souffrir, comme, hélas! notre vie en fait foi, Dieu periuet pourtant que sur le chemin aride où s e pressent les hommes on trouve à côté de bien des ronces quelques fleurs, comme à 1 ravers les nuages qui couvrent notre tète il laisse apercevoir un coin du ciel bleu.

Cette somme de bonheur presque nulle pour beauc oup, bien minime pour tous, se résume en général dans l'un des êtres en compagnie desquels s'accomplit notre pèlerinage. Pc>ur l'un c'est une mère, un père, auxquels on rend la vie après l'avoir reçue d'eux ; pour l'autre c'est une sœur qui prend la mc>llié de tout ; un frère auquel on attache son existence comme le lierre au chêne ; uno amie qui remplace ces liens lorsque Dieu les a refusés ou brisés et qui fait croire à la prédestination des âmes. Mais pour plusieurs c'est un enfant que le ciel envole pour faire fleurir les destinées les plus flétrie;., réchauffer les cœurs les plus

refroidis, reporter à Dieu les cœurs les plus égarés; car quels parents ont jamais douté sur le berceau de leur enfant?

C'est sous celte forme gracieuse et pure que toute la félicité terrestre d'une noble famille de Munich s'était concentrée.

Pour M. et madame F., la petite Claudine, avec ses cheveux noirs tout bouclés, ses petits pieds roses, ses yeux bleus brillants, était vraiment l'ange du foyer, la divinité tutélaire, l'arc-en-clel qui annonce un jour serein; en un mot le bonheur sur la ferre.

Aussi je ne vous conterai pas l'histoire de son enfance , car cette histoire, fraîche et joyeuse comme une matinée de mai avec ses doux parfums , presque toutes vous la lisez dans vos souvenirs, tandis que moi, pour celles qui la savent, je ne dirais jamais assez, pour celles qui l'ignorent, toujours trop !...

Interrogez donc cette mémoire du cœur que les années sont impuissantes à user , et quand vous aurez retrouvé toutes vos

franches joies d'enfant, tous les tendres soins de vos parents , leurs caresses , leur amour si ingénieux, si profond... quand vous aurez reconquis ces quelques années de naïfs plaisirs, cet âge d'or où tout est enchantement!... vous sourirez... puis vous frémirez... car je vais vous montrer ce ciel pur obscurci... etcette gerbe defleurs moissonnée et jonchée sur la lerre.

Claudine !... oh ! qu'elle était changée !,.. que ses joues étalent devenues blanches, que ses yeux avaient pâli, que ses lèvres étaient décolorées et tristes, maintenant qu'elles ne laissaient plus échapper que des cris de douleur!... Qu'il était affreux de voir l'agile enfant étendue sans mouvement sur son petit berceau où elle ne retrouvait' plus le sommeil de son âge, d'ordinaire si tranquille!... et que l'âme se déchirait à la vue de celte charmante créature repoussant de sa main délicate le vase de la vie avant de l'avoir approché de sa bouche naïve!...

Un ver rongeur s'était mis au calice de cette frêle plante dont il suçait la sève, et sa mère au désespoir et son père au cœur navré avaient beau l'arroser de leurs larmes, sa tige s'en allait toujours ployant, s'inclinait jusque dans les bras de la froide mort!...

Oui, la mort la prit encore toute chaude des baisers de ses pauvres parents dont elle rompait tous les liens en ce monde, et qui, en la perdant, sentaient glisser de leurs mains défaillantes le dernier cordage du naufrage!...

Ils pleuraient tous les deux en se tenant enlacés dans les bras l'un de l'autre, comme des victimes qu'attend l'échafaud; ils pleuraient auprès du berceau où s'étaient englouties toutes leurs es])érances , lorsqu'on vint arracher à leur culte silencieux l'ange expiré pour le porter dans une de ces saintes retraites où, selon un ancien usage, les morts sont exposés sur des lits parés de fleurs et reçoivent le dernier hommage de

tout ce qui les a aimés. Une prière , une; goutte d'eau bénite.

Ondit, et je le crois, que cette dernière séparation renouvelle, d'une horrible sorte, les déchirements de la première , et que l'âme la plus religieuse essaierait en vain dans un pareil moment de ne chercher qu'au ciel l'èlre qui n'habite déjà plus ce corps de marbre. On veut retenir encore ces dépouilles précieuses, et le seul désir que le désespoir n'ôte pas est celui d'aller recevoir au plus vite ces restes d'un objet tant aimé.

Les parents de Claudine sentirent ainsi , et le lendemain leur première pensée les porta à aller pleurer de nouveau sur leur trésor sacré, sur cet astre d'amour qui, en disparaissant à l'horizon les avait condamnés à d'éternelles ténèbres!

Vous fîgurez-vous le lugubre pèlerinage de ces deux époux aux regards timides, à la démarche chancelante, aux cœurs brisés , se dirigeant vers la tombe ouverte de leur fille , cette tombe où ils espéraient se coucher à ses côtés?...

Déjà ils aperçoivent la maison de deuil, ils hâtent leurs pas incertains; la porte cède sous leurs mains tremblantes; ils sont dans la salle des morts. De chaque côté s'étend une longue ligne de cadavres entourés de parents et d'amis ; mais cette foule triste et priante ne les distrait pas de leur forte préoccupation. Ils marchent toujours comme poussés par un instinct surnaturel... plus loin, plus loin encore.

Sur un lit recouvert de mousseline, un enfant enveloppé d'un petit linceul blanc, ses cheveux noirs épars... joue avec les fleurs dont est jonchée sa couche funéraire, et s'en tresse une couronne au son de son rire joyeux... Claudine!...

Les vivants s'agitent, les morts eux-mêmes semblent tressaillir dans leurs froids vêtements.

Claudine !

C'était elle !... vivante !...

M"* Matbiu)» C.

«i. 334 « UNE FILLE DE MINÉE

Page 1