HISTOIRE D'UNE ORPHELINE
LA JEUNE FILLE
Je ne conuus jamais mes parents. On était en i8i5, Paris se trouvait occupé par les étrangers; toute la ville était remplie de leurs soldats, qui semblaient en être les maîtres. La bonne madame Dutremblay, qui m'a élevée, et dont les restes vénérés reposent ici;, m'a dit que des canons avaient été braqués sur les quais, les places publiques et sur le Pont-Royal, en face le château qu'habitaient alors le roi et sa famille ^ ... ^
A ce moment du récit de l'orpheline, la pluie commence à tomber. L'étranger n'y prend pas garde d'abord, et d'un signe de tête amical il prie l'inconnue de continuer. L'eau tombant assez fort et l'abri de quelques arbres ne pouvant les garantir, la pieuse fille ouvre son parapluie, regarde le ciel, et dit au monsieur: «Le temps menace de nous inonder. Avantqu'ilpleuvedavantage. excusez-moi, je vais me retirer....
l'étranger.
J'ai ma voiture à la porte.... je vous reconduirai....
(i) Historique.
LA JEUTTE FILLE , s" efforçant de sourire.
J'.ii beaucoup de con$ance en vous; mais cela ue se peut....
l'étranger.
Au moins donuez-moi votre adresse.
LA JïXNE riLLç, le regardant, U'u^ <Wf ifi^tf- Mon adresse? la voilà... (£Ue montre la tombe qui lui est chère. )
l'étranger, touché.
Quaud pourrai-je vous y voir?
LA JEUXE FILLE.
Tous les jours, de|)uis trois heures de l'après-midi. » A ces mols,s'eloigDant rapidement, elle se perd dans les bosquets, à travers les arbres, et dispar.iît. L'étranger, q-i'elle iiiiéressait à un si vif degré, n'a pourtant pas 1.1 force de la suivre; son image reste là, il lui semble la voir encore... Il prend lentement le chemin qui le conduit hors du cimetière, il arrive à sa voiture et rentre à son hôlel.