SUR LA POÉSIE SACRÉE
La poésie remonte au berceau du monde ; avec Adam elle s'abrita sous les ombrages de l'Éderi; l'homme-roi, ce noble complément de la création, à qui Dieu daigna communiquer les premiers éléments du langage, s'en servit pour exprimer la reconnaisance qui remplissait son cœur. Cette reconnaissance déborda par une ode, et ce fut une magnifique inspiration que cet hommage solennel rendu par Adam au Dieu de l'univeis.
Même après la faute du premier homme et son expulsion du Paradis terrestre, il retrouva les idées et les images qui avaient animé ses chants de gratitude et de respect ; sur les ailes de la poésie, il s'éleva vers un monde meilleur; il ressaisit par l'imagination les délices et le bonheur qu'il avait perdus.
De ces inspirations antédiluviennes, aucuns débris ne sont parvenus jusqu'à nous; mais par le caractère de la Genèse, par l'exemple des faits qui se sont reproduits à toutes les époques, sous toutes les latitudes, chez toutes les sociétés naissantes, il est faciK- de caractériser la poésie primitive.
D'abord elle dut se mêler au chant, sans qu'il y eût encore ni rhythme, ni mesure, ni cadence : les règles n'existaient pas; au
défaut suffisait le goût naturel à chaque homme, et le souffle poétique qui l'inspirait, en exaltant ses forces, leur donnait quelque chose de surhumain.
On est donc forcé de se livrer à des conjectures; mais en raison même de la longueur de la vie, de la sincérité des croyances, des souvenirs récents de l'Éden, de tout ce qu'il y avait d'énergie dans le matin du monde, il faut admettre de grandes et sublimes compositions, malheureusementperdues; car les hiéroglyphes et les signes de l'alphabet n'étaient pas encore inventés pour fixer les sons qui s'évaporaient dans les airs.
Dans l'arche de salut qui portait l'espoir du monde, lorsque la colombe messagère revint avec le vert rameau d'olivier, et que Dieu eut jeté dans les nuées un arc aux changeantes couleurs, radieux symbole de sou alliance avec la terre, à cet aspect Noé entonna un hymne de délivrance.
Cette empreinte toute divine, la poésie la conserva malgré les erreurs des hommes; mais elle dut nécessairement s'altérer au milieu de leur dépravation toujours croissante. Heureusement que l'Éternel se choisit un peuple; à ce peuple d'élite appartiennent les plus beaux monuments de l'inspiration lyrique.