‹ La Mère-institutriceChapitre 178 sur 224 · POESIE MODERNE ET CONTEMPORAINE · texte numérisé non relu

POESIE MODERNE ET CONTEMPORAINE

L'influence du christianisme, toute-puissante dans la vie et dans les arts a rencontré beaucoup d'obslaclesdansla litléiature, obstacles qui résullaient de l'autorité des rhéteurs, de l'habitude du calque, de cette servile imitation qui portait les poètes à se modeler sur les grands écrivains de la Grèce et de Rome, sans réfléchir que tout avait changé, religion, lois, mœurs, langage, idées.

Pendant longtemps il y eut comme deux mondes bien distincts; la société ne croyait point aux idoles écroulées du paganisme, et le poète les invoquait comme si l'autel d'Apollon était encore debout. On s'affranchissait des traditions de l'art antique. A l'ombre des cloîtres, l'architecture combinait le triangle curviligne de l'ogive, élançait de hardis piliers, multipliait les colonnettes, travaillait la pierre comme une dentelle brodée par une main délicate de jeune fille, et donnait aux sanctuaires du vrai Dieu vivant ce demi-jour mystérieux qui convient merveilleusement au recueillement de la méditation , à l'ardeur de la prière.

Et pourtant le moyen-âge abondait en images gracieuses, vives, dramatiques. Pour être grand poète, il suffisait de reproduire

le mouvement social qui s'accomplissait pendant cette époque de ferveur et de foi. Les troubadours ne le pouvaient pointleur talent succombait à la lâche, il n'était pas en harmonie avec les événements. Poètes incomplets, comment auraient ils reproduit l'imposant tableau des croisades?

La poésie se concentra donc dans l'art chrétien et sous la tente du chevalier; Erwin de Steinbach, en construisant la cathédrale de Strasbourg, était inspiré comme Godefroy de Bouillon marchant à la délivrance de Jésusalem, désarmant par ses prières au saint tombeau le courroux de Dieu contre les crimes des croisés et refusant de ceindre la couronne royale sur cette terre où le Christ avait porté une couronue d'épines.

Ces idées que nous formulons n'ont obtenu qu'après de longs combats droit de cité dans la république des lettres. L'admirable poème de Torquato Tasso n'avait pas suffi pour démontrer combien la religion chrétienne est féconde en inspirations; il a fallu toute l'autorllé de la parole de M. de Chateaubriand; à lui la gloire de cette immense résolution qui a déjà porlé de si beaux fruits,

Le premier il a osé attaquer les superstitions du p.issé et le vieux respect classique pourlesdieux d'Hésiode et d'Homère. D'une maiu ferme il a déroule les trésors des livres sacrés, et montra en It;die la Jérusalem délivrée, en Angleterre le Paradis perdu^ en Fr;iuce Poljeucle, Esiher, Athaliey en Allemagne, la AJes.iiadc, et enfin, parmi nous, l'exemple de Yoltaire^lui-même devant au christianisme ses plus beaux vers.

A sou retour 11 mit dans la balance Jtala, Rénéf les Martyrs, dont le suceès populaire

fournissait chaque jour de nouvelles previvesdelasupéri^.rlté denniresainte religion comme source d'inspirations poétiques.

Blalgré lanl de preuves éclatantes, on hésitait encore: M. de Lamariine parut et compléta la victoire, dans laquelle il fut puisiammentsecondé par MM. VictorHiigo, deLigny, Charles iSodier, H. de Latuuche, Guiraud, Soumet, Edmond Géraud, etc. eu un mot par tous les véritables poètes de notre époque. La poésie chrétienne a donc triomphé. Alphonse Rastoul.

Page 1