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La véritable population du pays, celle qui a la force, le courjige et le nombre en partage, erre dans les campagnes, divisée en tribus nomades, connues sous le nom d'Arabes dans les plaines, de Rabaïlesdans les montagnes de l'Atlas. Le nom est différent; les mœurs se ressemblent beaucoup, à l'exception que les K;ibaïles sont moins errants que les Arnbes. Us habitent, en général, ou sous des tentes, ou dans «le misérables baraques du moment, en sorte qu'à peu d'exceptions près on ne trouve ni villages ni maisons dans les campagnes; on n'y trouve que des cain]iements nomades, nommés douars. Je dis à quelques exceptions près, car il existe, non loin de certaines viihs , quelques maisons éparses ou groupées dans des lieux dont l'extrême fertilité invile les habitants à se fixer au sol, nonobstant les ravages fréquents des nomades. C'est une civilisntion nai>sante quiessaie de lutter contre la barbarie;mais dans celte lutte c'est la barbarie qui finit par l'emporter.
La tribu forme un ou plusieurs douars, suivant qu'elle est plus ou moins nombreuse. Elle s'établit dans un endroit fertile, auprès des sources, sur le bord des ruisseaux; elle y forme son campement habituel ; on gratte la terre, on ensemence du froment ou de l'orge; ensuite on va plus loin à la recherche de nouveaux pâturages ])Our les troupeaux de chameaux, de chevaux, de bœufs, de moutons, de chèvres, qui forment la richesse des familles. Plus lardon revient pour faire la moisson, grain et p.iille, dans des .silots dont l'entrée qu'on enfouit est soigneusementdérobée aux yeux des étrangers.
Les inh\x& se battent pour les pâturages,
pour se refouler chacune dans son arrondissement, pour s'enlever des troupeaux, pour se brûler des moissons, par esprit de vengeance. Outre ces combats parliels de tribu à tribu , plusieurs tribus se rassemblent pour les grandes expéditions sous la conduite d'un chef habile qui sait leur inspirer delà confiance. L'ambition de ce bey les tient eu haleine par des guerres continuelles; la paix amènerait la chute de son influence, les tribus se disperseraient. Sa vie est une lutte, un combat continuel. Ses traités de paix ne sont que des trêves momentanées pour respirer un instant ou pour se retourner avec toutes ses forces contre un nouvel ennemi. Du reste, les expéditions sont courtes; il faut bientôt se dis^ierser de nouveau pour vivre.
La propriété du sol est, à peu d'exceptions près, inconnue; chaque fiimille choisit et cultive son champ ; la récolte enlevée, il redevient le plus souvent commun; par conséquent l'agriculture est fort insignifiante.
Les femmes et les esclaves font tous les travaux domestiques, et comme la simplicité de leurs besoins les rend peu nombreux, on n'entretient que peu d'esclaves; le grand nombre serait à charge, on aurait trop de bouches à nourrir.
Les hommes montent à cheval, pillent et font la guerre; c'est leur seule occupation.
La guerre est pour ces barbares l'état normal.
Le but de la victoire, c'est le pillage; jamais la gloire ou la conquête stable. Rarement font-ils des prisonniers; le grand nombre d'esclaves les gênerait. L« malheureux qui tombe dans leurs mains, ils lui coupent la lête lorsqu'ils n'espèrent pas en tirer une rançon ou trouver à le vendre comme esclave. La vie dure de ces brigands et l'habitude de la guerre ferment leur âme féroce à toute pitié; ils répandent du sang comme de l'eau, avec indifférence.
Le premier soin d'un jeune Arabe, dès qu'il commence à sentir ses forces, est de se
procurer d'abord un fusil, ensuite un cheval. Si sa famille est trop pauvre pour lui en fournir, il fait tout pour s'en procurer: pillage, surprise, assassinat, tout lui <st bon pour parvenir à son but. Si la fortune ne le sert pas, il va jusqu'à louer ses services, dans les villes, à des Maures et même à des Juifs, m;ilgré ses mépris, pour g.-igner de quoi acheter ces objets de son ambition. Le possède-t-il enfin; le voilà un homme, un guerrier à ses veux et aux yeux de sa tribu. Il trouve une femme. Désormais le pillage lui fournira de quoi la nourrir.
Ces nomades se battent montés sur des chevaux rapides, souples, adroit^, sobres, infatigables. Les fantassins ne sont qu'une exception com]>osée des malheureux, fort méprisés dans la tribu, qui n'ont pas su se procurer un cheval. Rarement des combats en rase campagne; ])resque toujours des surprises; jamais le moiiulre ordre; tout est fini eu un coup de main ; le vaincu échappe au sabre du vainqueur de toute la vitesse de son cheval.
Ont- ils affaire à des troupes régulières; ils s'ouvrent devant elles, se disj)erserit presque sans combat, gagnent les flancs et les derrières des colonnes, les harcellent, pillent les convois et les bagages, surprennent et égorgent les isolés, les traînards, les postes détachés. Fait-on rétrograder des troupes contre eux ; ils échappent aussitôt, grâce à la vitesse et à l'agilité de leurs chevaux. Ce sont plutôt des surprises de voleurs que de véritables combats.
Leur manière de combattre exige de l'espace ; aussi répugiienl-il.>i à se renfermer dans les villes pour les défendre. L'exemple contraire de Constantine est une exception, l'effet d'une résolution ins'antanée. Les Kabaïles paraissaient vouloir l'abandonner, bien entendu après l'avoir pillée, suivant leur coutume. Déjà le bey lui-même en avait retiré ses femmes et ses trésors; mais voyant arriver, au lieu d'une armée, une poignée de soldats en désordre, déjà vaincus par la faim, le froid, la gelée, le*
maladies, la certitude du succès lui fit changer d'idée. En général, ils évitent les sièges comme les batailles. INous n'avons rien à gagner avec ces barbares, pas même de la gloire.
J'oubliais de dire qu'ils ont le secret de faire la guerre sans argent, secret que nous ne leur avons point dérobe en Afrique ; point de solde, nulles distributions de vivres. Les guerriers des tribus arrivent au rendez-vous avec armes, sans bagages, cha-
cun portant quelques petits pains et un peu d'orge.
Ces mœurs des Arabes actuels étaient celles des anciens Numides. Elles n'ont pas changé dej)uis des siècles, parce qu'elles tiennent à la nalure du sol africain, parsemé de déserts arides. Nous avons donc peu d'espoir de les voir changer de nos jours.
Le vicomte Rogniat.
LE DAÇLIA.
Du Mexique élégante fleur, Dont l'art a doublé les pétales Et les ti?es pyramidales, En niullipliant la couleur ; Dans nos climats Gère d'éclore, Tu montres un disque enchanteur, Quand le zé()hir consolateur De sou souffle réparateur Ouvre la rose et la colore.
Si tu n'as point sa douce odeur Jointe à l'attrait qui te décore, Au moins tu gardes ta fraîcheur.
Ainsi qu'une eau vive et limpide, Au rivage heureux de Tibur, En sa fuite ou lente ou rapide, Conserve un cristal toujours pur; Et de tes corolles à peine Une périt qu'une autre encor, Du vent qui désole la plaine Bravant l'impétueuse haleine, Epanouit dans son essor.
Un front ou de neige ou d'ébène Et ses reflets d'azur et d'or.
D'un feu volage digne emblème, La rose vil trop peu de jours; Mais toi, gardienne de toi-même, En l'âpre saison, fleur que j'aime,
On te verrait briller toujours, Comme à la saison des amours , Si du fi'oiJ la rit;ueur extrême De ton éclatant diadème N'outrageait les riants contours.
Loin, pourlant, que ta vie expire Sous les traits dEoie irrité.
Dont la cruelle iniquité De Flore anéantit l'empire, Tubercule en terre abrité, Dès le retour des vents propices, Nouveau Phénix , sous leurs auspices, Tu renais, jeune de beauté.
Ainsi, de l'amitié fidèle.
Dans la fortune et les revers , Tu nous présentes le modèle, Depuis que sur nos arbres verts Glisse la première hirondelle, Jusqu'au moment qu'à tire d'aile Son vol la dérobe aux hivers.
Salut donc, fleur sans imposture; Que ton trésor, vainqueur du temps, Soit pour les amis inconstants Une leçon de la nature.
Albert MoirTÉMONT.