‹ La Mère-institutriceChapitre 198 sur 224 · SAINTE OLGA · texte numérisé non relu

SAINTE OLGA

Vous vous souvenez bien , mes enfans, que Rurick , en mourant , avait laissé uu (ils : ce fils se nommait Igor ; il n'avait que trois ans quand il perdit son père , le pauvre enfant I — mais Oleg, le régent , l'éleva avec autant de soin que l'aurait pu faire un bon père. Ce petit garçon devint un homme , et il était déjà marié quand Oleg mourut : c'est surtout de la femme d'Igor que je veux vous entretenir.

Il y avait dans un village , auprès de la ville de Kief, une jeune fille d'une beauté remarquable. Igor , qui allait souvent chasser de ce côté , la rencontra plusieurs fois. Charmé de sa jolie figure <;t surtout de son esprit , il la demanda en mariage à oCà parcns , qui n'étaient q«e dos pa^bdUb. Ces pauvres gens n'o-

saient pas croire d'abord à leur bonheur.; mais quand ils virent que le jeune prince parlait sérieusement , ils y consentirent de grand cœur, et pensèrent devenir fous de joie. Ainsi la peùte villageoise , qui se nommait Olga , quitta ses moutons pour monter sur le trône de Russie.

Quelque temps après son mariage, Igor eut l'imprudence de demander à un peuple voisin , qui se nommait les Dreuliens, plus d'argent qu'ils n'avaient promis de lui en payer par an. Ces Dreuliens se révoltèrent , surprirent Igor dans une embuscade , et l'attachèrent à de jeunes arbres , qu'ils rapprochèrent , et qui, en se redressant , déchirèrent en pièces le malhemeux prince.

Quand la jeune reine vint à apprendre ce malheur , elle faillit mourir de cha-

grin ; puis qaand elle fut un peu remise de sa douleur, elle jura de se bien venger de ces me'chans Dreuliens : elle promit de leur accorder la paix ; ceux-ci , trop confians , lui envoyèrent vingt ambassadeurs ; mais la reine avait fait creuser une grande fosse où, à leur arrivée , on les jeta tous vivans , et pendant cette horrible exécution, elle écrivit aux Dreuliens qu'elle avait résolu d'accepter la main de leur prince, comme ils l'en avaient suppliée , et qu'elle désirait qu'on lui préparât . pour célébrer ce mariage , une fête digne de son rang , puis elle partit avec une nombreuse suite de seigneurs et de soldats.

Les Dreuliens , qui ne se doutaient de rien , avaient préparé un repas magnifique auquel assistèrent tous les principaux de leur nation. Olga , en réjouissance de son mariage ,les excita à manger et à boire jusqu'à ce qu'ils tombassent dans une ivresse profonde ; et quand ils furent dans cet étal , les Russes , qui avaient eu soin de ne pas s'enivrer , se précipitèrent sur eux à un signal de la reine , les massacrèrent tous sans qu'ils pussent résister , et revinrent en toute hâte avec la perfide Olga.

Eh bien ! mes enfans , cette femme qui tant qu'elle fut païenne, commit presque autant de crimes que la reine de France

Frédégonde, devint une tout autre personne après avoir embrassé la religion chrétienne , et mérita même , après sa mort , d'être mise au nombre des saints.

Dans ce temps-la, il y avait à Kief une foule de prêtres qui enseignaient la véritable religion : déjà quelques Russes s'étaient convertis. Olga , touchée sans doute par la grâce de Dieu , embrassa aussi la religion chrétienne. Elle se rendit à Constanlinople où elle fut reçue par l'empereur Constantin VII. Là elle se prépara au baptême qui se fit avec les plus grandes cérémonies, eut pourparrain le patriarche lui-môme , et reçut le nom d'Hélène, Ce n'étaient que fêtes et réjouissances à Constantinople ; l'empereur lui donna dans son palais un repas magnifique servi dans de la vaisselle d'or , ensuite elle revint dans ses états , et tie songea plus , à son tour , qu'à convertir ses sujets à la religion du vrai Dieu.

Olgfi vécut encore quelques années danâ la plus grande piété , soulageant les malheureux par des aumônes j mais elle eut la douleur de mourir sans pouvoir convertir son fils Sviatoslaf. Tout le peuple alla verser des larmes sur le tombeau de cette reine si pieuse , et depuis on l'invoque en Russie sons le nom de sainte Hc' lène.

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