LE SOLDAT INTRÉPIDE
SVIATOSLAF 1er.
Sviatoslaf , le fils d'Olga , était un prince d'un grand courage, qui ne cherchait que l'occasion d'acquérir de la gloire: c'est afin de satisfaire cette passion pour les armes qu'il déclara la guerre à Zimiscès, empereur des Grecs , qui n'avait pas tenu ses promesses envers la Russie; et coaime
les états de Sviatoslaf étaient encore bien petits à celte époque , ce prince ne put rassembler qu'une armée peu nombreuse, mais toute composée des plusbraves gucr-
j riers , avec lesquels il partit pour aller à
! la rencontre de Zimiscès.
Taudis que les Russes fai^iaient des pro-
diges de valeur contre les Grecs, Sviatoslaf ignorait qu'uD autre ennemi était aux portes de la ville de Kief qui était devenue , sous Olga , la capitale de la Russie. Une nation voisine qu'on appelait les Petchenègues , apprenant que le prince russe était parti bien loin pour combattre les Grecs , envoya de suite une puissante armée , afin de s'emparer de Kief, la capitale. Celte ville eût certainement été prise , et par conséquent l'empire de Russie eût été perdu , sans le courage d'un jeune soldat.
A quelque distance de la ville se trouvait campée une petite troupe de Russes; mais l'armée entière des Pelchenègues les séparait de Kief, de sorte qu'ils ne pouvaient secourir leurs compatriotes et empêcher que la ville no fui a?sipg(ie. Déjà les habilans mouraient de iàim , car les vivres étaient épuisés et l'ennemi veillait avec soin à ce qu'il n'entiât pas un seul morceau de pain dans la ville , quand un jeune homme se présente et offre de risquer sa vie pour sauver toute cette population affamée.
Il sort ds la ville par une porte secrète, tenant une bride à la main, court au camp des ennemis, et demande à tout le monde si on n'a pas vu son cheval. Les Petchenègues le prennent pour un de leurs camarades et le laissent passer , tout en se
moquant de son prétendu malheur : il traverse ainsi leur camp , arrive à celui des Russes et leur apprend que la ville est sur le point de sa i-endre , parce qu'elle n'a plus de pain. Aussitôt le général russe demande une entrevue au général des Petchenègues , lui fait croire que son armée n'est qu'une avant-garde , et que la grande armée des Russes doit arriver d'un moment à l'autre ; le chef des ennemis commence à s'effrayer , consent à faire un traité de paix, et Kief est délivrée des Petchenègues.
Jugez un peu de la joie de ce bon jeune homme , qui , par sa hardiesse , venait de sauver la vie à tant de monde. Quand il rentra dans la ville avec l'armée russe , les habilans , pleins de reconnaissance , le portèrent en triomphe jusqu'à la cathédrale , où ils allèrent remercier Dieu de leur avoir donné un libérateur.
Cepen !ant Sviatoslaf continua la guerre avec les Grecs , souvent vaincu , plus souvent vainqueur , et quoique cette guerre eût bien diminué ses troupes , il s'obstina à la continuer 5 mais il finit par être victime de son imprudence , car il perdit , dans un dernier combat , la bataille et Id vie : un prince grec lui trancha la tête et se servit de son crâne comme d'un vase à boire.