LES FRATRICIDES
YAROPOLK.
Sviatoslaf avait eu trois fils , Yaropolk, Oleg et Vladimir ; avant de mourir , il partagea son royaume entre ses trois enfans , de sorte qu'il y avait ti ois princes qui régnaient ensemble. Mais vous allez voir, mes enfans , combien l'envie est un
vilain défaut, et combien elle peut entraîner loin , puisqu'elle fait quelquefois commettre les crimes les plus affreux ; car ce pauvre père , qui ne soupçonnait pas la méchanceté de ses iils , avait partagé son royaaœe ea trois parties » ne pensant
guère qu'ils se battraient entre eux après sa mort pour posséder l'empire tout entier.
Yaropolk fut le premier à déclarer la guerre à sou frère Oleg , sous prétexte qu'il avait tué le fils d'un de ses amis ; ce dernier rassemble une armée et cherche à se déléndie ; mais, comme il était le plus faibîe, il fut vaincu , et, en traversant un peiit pont de bois jeté sur un fosse' large et profond , le pont manqua sous ses pieds , et le malheureux prince tomba dans l'eau et se noya , lui et tous les gens de sa suite. Quand Yaropolk , qui le poursuivait , arriva sur le bord du fossé , il aperçut le cadavre de son frère , et tout ambitieux qu'il était , il ne put retenir ses larmes en pensant que c'était lui qui avait causé sa mort.
Au bout de quelques jours , son désir de régner seul étant encore plus grand que ie repentir de son crime , il avait déjà oublié la mort d'Olegquand le démon de la jalousie s'empara aussi de son fière Vladimir qui , furieux de voir Yaropolk posséder maintenant plus de terres que lui-même, lui déclara la guerre à son toui\
Yaropolk était renfermé dans Kief. Un traître, nommé Bloud, lui persuada d'ouvrir les portes à Vladimir, afin d'éviter la guerre ; Yaropolk le crut , laissa entrer son frère, et courut se jeter dans ses bras: c'est là que l'atteudait la vengeance de Dieu : Vladimir fit semblant de se réconcilier ; ils se rendirent ensemble au palais, et là deux assassins plongèrent leurs poignards dans le coeur du malheureux Yaropolk.
Cela vous fait horreur , mes enfans , vous ne concevez pas (ju'un frère aille jusqu à tuer son ficre; jugez par là ce que c'est que la jalousie, puisqu'elle rend les hommes si médians. Je sais bien qu'aucun Je vous ne se rendra jamais coupable d'un crime aussi abominable ; mais remarquez que cVot la jalousie qui cause loules ces petites querelles entre les enfans : lâchez donc de l'éviter ; et loisque vous verrez entre les mains de vos frères et sœurs ou de vos camaïades quelque chose qui vous plaira , pensez de suite aux trois fils de Sviatoslaf ; je suis sûr que cela seul vous ôlera toute envie de vous en emparer.