DÉDICACE DU TEMPLE
( lie SIÈCLE. )
C'était la nuit aux rives du Jourdain : les étoiles scintillaient au firmament, la lune blanchissait à l'horizon , le fleuve coulait sans bruit et la grande ville tout entière reposait en paix , car le Seigneur avait placé sous son aile Sion et les enfans de Sion. C'était la n lit, et cependant l'on apercevait les colonnes du temple qui s'élevaient jusqu'aux cieux , et l'or dont elles étaient revêtues brillait au sein de l'obscurité comme la vérité au milieu des erreurs, et l'élévation gigantesque de ce temple magnifique dominait tout ce qui l'environnait autant que la sagesse de Salomon , chéri du ciel , surpassait celle de tous les rois des peuples. Or cette nuit était la première après les sept années employées sans relâche à la construction de cet édifice. 11 était enfin accompli ce projet sublime que Dieu avait inspiré au cœur de David , et que la main de son fils avait exécuté. C'était la nuit du sabbat et le lendemain devaient commencer les cérémonies de la Dédicace.
A ce moment où tous reposaient dans la ville sainte, il y avait une seule femme qui , elle^ ne dormait pas ; c'était la jeune épouse du grand roi.
Peu de semaines s'étaient écoulées depuis son arrivée d'Egypte, sa patrie , où jusqu'alors elle n'avait adoré que de faux dieux, et depuis que les sublimités de la loi de Moïse lui avaient été révélées , son esprit dans des recherches continuelles , et son cœur dévoré du désir de se consacrer au Dieu de l'univers ne lui laissaient aucun instant de repos. Enfin ne pouvant détacher ses regards de celte imposante façade du temple qu'elle apercevait de sa couche, elle résolut de se lever sans bruit, et d'aller sans plus larder présenter ses
adorations au Dieu qni l'avait créée. Elle part donc , et, plus légère que la biche poursuivie, elle atteint bientôt les parois du saint lieu. Là, comme elle gravissait les degrés du temple, les rayons de la lune se reflétaient doucement sur elle et faisaient ressortir la beauté de sa taille et de son visage ; car la jeune étrangère était bien belle, oui, belle autant qu'une fille de Juda.
Mais lorsqu'elle eut franchi les marches du sanctuaire , lorsqu'à la lueur vacillante des lampes, elle eut aperçu toutes ces magnificences qui portaient une empreinte mystérieuse de divinité, ses genoux fléchirent, et elle resta prosternée bien long-temps sans faire aucun mouvement , car l'esprit du Seigneur se révélait, à son anie. Enfin elle sortit de son extase; ses grands yeux bleus se levèrent au ciel, ses mains se joignirent avec force , et ses paroles s'échappèrent de sa bouche avec un accent inspiré : « Béni soit le Dieu d'Israël , dont le seul nom peut opérer tant de merveilles, qu'il soit béni, qu'il soit béni ! 0 maître souverain de l'univers, je vous reconnais pour le seul vrai Dieu éternel, dès ce moment je veux être à vous et pour jamais, la vérité se découvre à mes regards, et je vous adore, suprême et immortelle beauté, avec un bonheur qui me semble un avant-goût de la félicité des morts. Voici donc le premier des temples élevés sur la terre , où les hommes pourront adorer leur Créateur en esprit et en vérité. Tous les autres temples des nations sont magnifiques aussi, mais profanés par la présence des idoles, leur aspect ne dit rien à notre ame; au lieu que devant ce sanctuaire du saint des saints, chacun ne foulera ce sol
révéré qu'en tremblant de se trouver si près de celui qui sonde les cœurs et les reins.Oui, grand Dieu ! Bienheureux sont ceux qui habitent dans votre maison pour vous y adoierconlinuellement; pour moi je viendrai bien souvent au milieu des écueils de celte vie , chercher mon refuge au pied de votre saint tabernacle. Mais, Seigneur, ne vous offensez vous point dece qu'une ancienne adoratrice des faux dieux est venue la première célébrer vos louan ges dans le temple que vous vous êtes choisi, l'eut-étre ai-je ainsi violé la loi de Moïse dont je ne connais point encore toutes les observances; mais j'ai confiance en votre miséricorde. 0 Dieu qui voyez le fond des cœurs, vous savez qu'une inspiration que je ne peux définir, m'a pour ainsi dire forcée de venir me présenter à vous, et qu'une main invisible semblait me conduire. Gloire à vous donc, Seigneur, dans toute la suite des siècles ; gloire à vous seul et confusion su>" moi. Mais écoulez la piière que je vous fais aujourd'hui, la première qui se soit élevée vers vous du fond de votre sanctuaire.
Continuez à répandre toutes vos bénédictions sur le peuple que vous vous êtes choisi , et sur ce prince que vous avez désigné pour le conduire dans la vie; continuez à répandre sur lui l'esprit de sagesse, qui vient de vousscul, et préservez à jamais mon jeune époux de cet espritde vertige que vous répandez sur les monarques lorsque vous voulez leur peite, comme vous avez fait à Saûl qui vous avait offensé. Mais n'esl-ce un pressentiment qui m'anime; quel eît dans l'avenir ce prince chûiié de Dieu dans ses enfans; Hélas ! se pourrait-il , Salomon aurait-il péché? Grand Dieu 1 qu'est ce donc que J'horame sur la terre? Qu'il est beau, cet enfant roi , revêtu de lin et se tenant au côté droit de l'aulel ; qu'il est beau ce dernier fils de David! quelle sagesse éclate dans ses discours, et paraît dans toutes ses actions ! uiaisensuite que vois-je? quel
est ce sang qui souille les parvis du temple, quel est ce pontife égorgé? Seigneur, vous l'avez permis, le jeune monarque a oubhé le sacrifice que vous aviez fait pour sauver en lui le sang de votre bien-aime David.
» C'en est fait, les années s'écoulent, et voici que l'heure est arrivée oîi les enfans d'Israël seront punis de tous leurscriraes. Voici la désolation dans le saint lieu; voici que les tribus en pleurs sont obligées d'abandonner leurs autels mutilés, et d'aller à la suite d'un conquérant superbe soupirer les douleurs de Sion sur des rives étrangères. Cependant la clémence du Seigneur est éternelle , et ces justes qui brillent comme des étoiles bienfaisantes pendant la captivité désarment la colère du Tout-Puissant.
I » Interromps tes chants de douleur, dépose tes crêpes de deuil, ô Sion, voici que tes enfans reviennent au milieu de toi , et que la gloire du second temple effacera celle du premier. Réjouis-loi, maison de Juda ; car le Dieu d'Abraham , de Jacob et de David n'a point oublié ses promesses , et bien des fois des hommes inspiiés de lui viendront te les renouveler. Cependant la mesure des crimes des hommes est enfin comblée, la patience du Ciéateur est lassée , son bras va s'appesantir à jamais sur Jérusalem et sur toutes les nations. Peuples de la terre , treudilez ! Mais quelle est celle étoile qui paraît de l'Orient à l'Occident ? quelle est cette humble vierge de Juda, cette fille chéiie (le David et d'Abraham, qui s'élance si jeune sur les degrés du sanctuaire pour s'y consacier loule à Dieu ? Celle simple enfant deviendra la mère du Rédempteur d'israél. Et plus tard les voûtes du lemple ne devront-elles point tressaillir quand elles verront s'élever vers elles ces colombes , qui sont le prix du I achat de celui qui doit racheter le monde. Oui , la gloire du second lemple surpassera aulaut celle du premier , que la lu-
miêre du soleil surpasse celle des autres étoiles , car il veira plusieurs fois dans ses murs le Verbe élernel descendu parmi les enfans des hommes ; mais sa folie et sa punition surpasseront sa glo're ; car il verra, sans le leconnaîire, le Messie promis à Abraham et à sa race. Le Roi des rois paraîtra au milieu de son peuple, et il en sera méprisé. Malheur à toi , Jérusalem ! malheur à loi ; tu porteras la peine de l'orgueilleux aveuglement de tes enfans, et il ne te restera pas pierre
sur pierre de ton ancienne splendeur
La croix s'élèvera eu dehors de ton enceinte , pour être aperçue de toutes les nations qui viendront en foule l'adorer ; mais c'en est fait , lout est consommé : le voile du temple s'est déchiré en deux, et bientôt ce monument qui faisait ton orgueil, ô Sion ! veirale fer et le feu dévorer ses murailles. Ce marbre de Paros , ces creux cèdres du Liban, cet ord'Ophir, cet ivoire des Indes , ne sont plus qu'un monceau de cendre et de décombres ; et ces débris informes resteront élerncllement pour apprendre aux générations suivantes quels furent la gloire , l'aveuglement et la désolation de Jérusalem , et quelle est la puissance infinie du Seigneur Dieu d'Israël ! »
Elle dit . et retomba dans sa rêverie dont elle ne fut tiiée que pur l'apparition de quelques clartés nouvelles qui blanchissaient l'Orient , et qui commeuçaieju à tomber sous les voûtes du temple. La reine put alors admirer plus en détail toutes les magnificences de cet édifice. Elle aperçut la mer d'airain , l'aulel des parfums, celui des holocaustes, le chandelierd'or, les pains de proposition et enfin, dans le sanctuaire le plus reculé, le labernacle avec toutes ses antiques beauté», et dans lequel allait enfin êlredéposéel'arche d'alliance. Mais bientôt le silrnce qui régnait autour de la néophyte fut troublé par des clameurs lointaines qui peu à pea de>
vinrent plus rapprochées ; et elle , prévoyant que c'était l'arnvée du peuple, se relira dans un enfoncement écarlé. Lecortégeentra aussitôt; lesanciensd'Isiaël marciiaienten avant, revêtus de la majesté de leur âge ; ils étaient suivis des princes des tribus , après lesquels venaient les lévites conduits par le grand-prêlre, et portant au milieu d'eux l'arche d'alliance , cet abrégé de la religion des juifs. Le roi marchait immédiatement après , et quoiqu'il liit pieds nus comme tous ses sujets, il était impossible de le méconnaître à la richesse qui brillait dans ses vêtemens et surtout à la majesté qui résidait sur son front altier. C'était Salomon dans toute sa gloire, etcependant sa parure n'égalaitpas celle des simples lis qui croissent dans les champs. Après lui venaient les chefs des familles, puis tout le peuple qui, i-ecueilli , répondait en chœur aux cantiques et aux psaumes que chantaient les prêtres. Ils entrèrent, et les voûtes sonores retentirent de ce verset: u Chantez au » Seigneur un nouveau cantique, peuples » de toute la terre ; chantez, car sa luisé- » ricorde est éternelle, r
Ce fut au milieu de ces chants d'allégresse et de triomphe que le grand-prêlre suivi des plus anciens lévites, s'avança lentement pour déposer l'arche du témoignage dans le tabernacle.
Ils n'avaient point encore quitté ce sanctuaire du Sainl des saints , que voici qu'une épaisse nuée descendue du ciel vint envelopper toul l'intérieur du temple et prouver aiusi, par un signe sensible au monarque et au peuple, que le Tout-Puissant agiéail leur offiande. Les voix cessé* reat avec la clarté , tous restèrent prosternés sous la main du Seigneur , des torrens de lumière et de bonheur vinrent inonder les cœurs bien pré|)arés, et l'ame (le l'étrangère ne fut pas la derinère à s'élever avec amour jusqu'à son Créateur.
Au milieu de cette multitude immense
de peuple , ou n'entendait pas le moindre bruissemeni , et dans cette si vaste enceinte oa ne distinguait que la nuée.
Rien ne fut plus grand dans Thistûi» e des peuples que ce silence et cette obscurité. M"e Gabrielle De L.