DES SIBYLLES
L'origine de l'existence dessibvlles est enviioîinee de ténèbres ; Platon et Aristote parlent bien de ces êtres merveilleusement privilégiés ; ils ne disent rien du temps où elles commenrèrent à exercer leur influence. Quoiqu'il en soit, on peut supposer qu'elles furent, grâce à la tradition, les dépositaires d'une antique sagesse qui , à la longue, s'obscuj'cit et s'altéia dans son expression ; c'est ainsi qu'on a "VU dans le Pérou , comme le dit Dclla \alle , des hommes -arcliives , récitant les traditions du pays à qui les voulait entendre.
Selon Vari'on , les si.'jyiles étaient au nombre de dix ; quelques auteurs en ajoutent deux de plus ; mais Pierre Petit , dans une dissertation curieuse , prétend qu'il n'en a existé qu'une seule qu'on a ainsi multipliée, parce qu'elle aurait longtemps voyagé et prodigieusement écrit.
Enfin Thomas Ilyde a été plus loin , en affirmant qu'il n'en a pas existé duloul. Il est infiniment probable que la piemière version est la plus exacte.
La sibylle de Cumes jouissait d'une haute célébrité. S'ilen ("aut ci oire Virgile, elle écrivait st-s prophéties poétiques sur des feuillrs qu'emportait 1<; vent, et que M. iNiebuhr suppose avec raison avoir élé des feuilles île palmier , telles que Its emploient encore pour écrire les Orientaux. C'est cette fameuse sibylle que d'autres nomment Amalthée , Démophile ou îléropliile , qui vendit à Tarquin les livres sibyllins qu'on consultait dans les grandes calamités, et dont il était défendu, sous peine de mort, de délivrer une seule copie.
AI. Psiebuhr se demande si ces oracles renfermaient des prédictions d'événemens futurs , ou bien de simples préceptes pour gagner ou apaieer les dieux. Les diiumvirs
étaient commis à leur garde. On a fait courir un grand nombre de prophéties apocryphes, qu'on attribuaitaux sibylles.
Les derniers livres sibyllins furent brûlés en 399 par les ordres de Flavius Stilico , beau-père d'flonoiius. Quoique les anciens eussent été détruits sous Sylla, c'est probablement une grande perle pour les sciences historiques, si, comme on le doit présumer , ces livres renfermaient des poèmes cosmogoiiiques et historiques , relatifs à l'origine des Etrusques auxquels M. IViebuhr accorde certains livres du destin , Ubri fatales , qu'il ne faut pas confondre avec les livres sibyllins , et dont la conservation eût été, à coup sûr, une source d'instruction.
Bu reste il est bon de rappeler, avec ce savant Iiistoiien, f[ue les oracles étaient éminemment d'origine grecque, et qu'aucun peuplé de l'Italie n'avait d'oracle vivant.
Avant de passer à une autre matière, nous dirons que les Scandinaves honoraient des sib) lies connues sous le nom de Voluspâ, et dont les chants prophétiques nous ont été conservés ; on en retrouve des traces jusque dans les poèmes gi'rmanic|ues. Les diuidtsses gauloises pouvaient être considérées comme des espèces de sibylles , prophétisant par l'iaspection des eaux; souvent elles devenaient oracles vivant, obéissant à des inpirations intérieures : leur principal collège e'tait dans file de Sein. La Vila des Sorbes , qu'on redoute encore dans les pays Slaves , n'a peut-être pas été autre chose qu'une sibylle. De nos jours on retrouve des sibylles chex des peuples qui échappent à l'état de barbaiie.
QUESTIONS
1. — Quels sont les deux philosophes qui parlent des sibylles','
2. — Quelles sont les différentes versions de l'existence des sibylles ?