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LA FAMILLE DE MAZARIN

Le i[ septembre 1647, la cour, brillante et nombreuse , se trouvait re'unie dans le vaste salon de Fontainebleau ; et tous, avec l'attitude du respect et de la soumission, cherchaient à lire dans les yeux d'Anne d'Autriche s'il y avait niolif de louer ou de blâmer; car la régente, bonne et familière en son particulier, plutôt l'amie de ses femi)jes que leur maîtresse, n'aurait point supporté en public la moindre atteinte à la majesté royale , et savait imprimer aux courtisans un respect d étiquette qui rendait ses cercles les plus imposans du monde ; à ce point que Louis XIV, élevé au faîte de la puissance, craint à l'égal d un dieu, accoutumé à 1 obéissance de 1 Europe entière, essaya vainement de rétablir dans tout leur éclat ces ^ances royales; le peu d'eisprit, le jargop désagréable, la mélancobe de sa femme, Marie-Thérèse, ne purent faire revivre ce grand ton d'autrefois; et plus tard, Madame la duchesse de Bourgogne, charmante et douce princesse , mais vive et timide, ne sut pas tenir une cour comme y avait excellé la noble et gi'ave Anne d'Autriche.

Or donc, le 11 septembre 1647. '^ ^'^~ gente devisait avec quelques duchesses assises à distance sur des tabourets, tandis que les comtesses, marquises et autres femmes titrées (nulle autre n'était admise à ces grandes réunions), debout , en arrière, se penchaient à se tordre le cou pour entendre un mot de la conversation.

Le cardinal Mazarin, dans l'embrasure d'une fenêtre, s'entretenait d'affaires publiques et avec un haut orgueil voyait Gaston, oncle du roi, le prince de Coudé son cousin, le reste des princes du sang et la foule des plus grands seigneurs approuver ses moindres opinions , dissiuiu-

lant sous l'apparence du respect la haine et la jalousie que leur inspirait la puissance sans bornes du rusé cardinal.

Tout-à-coup un bruit inaccoutumé, une sorte de rumeur se fit entendre du côté de la porte; les rangs s'ouvrirent, et une femme d'une haute naissance, madame de Nangis , les traversa, tenant par la main deux petites filles de neuf à treize ans; et derrière elles, d'un airmi-fier, mihonteux, venait à la remorque un jeune homme sortant à peine de l'adolescence.

Les nouveaux arrivans allèrent droit à la régente ; madame de Kangis s'inclina profondément devant elle, et fît signe à ses petites compagnes qui s'agenouillèrent et baisèrent le bas de la robe d'Anne d'Autriche ; ce que l'aînée fit avec grâce et modestie, tandis qu'on pouvait s'apercevoir au plissement de front de la plus jeune qu'elle souffrait de cet abaissement.

Tandis que ces choses se passaient, les paroles suivantes circulaient : « Ce sont les nièces et le neveu du cardinal. » Et en circulant elles arrivèrent au groupe causant avec Mazarin ; alors chacun suspendit k» phrase commencée et recula comme pour faciliter au ministre d'aller joindre sa famille ; mais lui cligna de l'œil pour voir ce qui advenait près de la reine, sourit avec dédain, et continua la conversation commencée ; mais il se vit obligé de supprimer sa péroraison , à moins de se résoudre à parler pour lui seul , car évidemment, la plupart de ceux qui l'entouraient avant, s'éclipsaient un à un ; les autres, malgré tous leurs efibrls pour écouter le ministre, étaient de cœur et d'esprit à la présentation de sa famille.

Les jeunpsMancini, ainsi se nommaient le neveu et les nièces du cardinal, étaient vôtusà l'italienne; l'aînée des j<yines filles, Victoire de Mancini, avait les yeux , les

eheveuT, les soarcils d'un noir de jais, le regard (l'une douceur extrême. la peau biune, mais fine; il v avait de la bonté et de la noblesse dans tous ses traits.

La seconde, Olympe de Mancini, avait commp sa sœur des yeux et des cheveux noirs; mais les cheveux étaient rares, les yeux petits, ils ne s'apeicevaient que comme deux escarboucles dans un long, étroit et maigre visage. Olympe ne possédait alors p<»ur tout agrément que deux fossettes qui lui donnaient de la finesse et de loriginalii-é.

Quant au garçon, il se dessinait auprès de ses sœurs, grand , élancé , avec une louinine pleine de grâce et de rharme.

La reine, en apercevant Ifs deux petites filles, leur sourit, les releva quand elles s'agenouillèrent, les embrassa , puis les considéianl avec attention, s eciia : « Oh! qu'elles sont mignonnes et joli«'S; puis elle les embrassa de nouveau, les caressa amicalement sur les joues, puis passa ses belles mains dans leur chevelure, et leur dit mille gracieusetés, ainsi qu'elle auiait pu faire à des princesses royales an ivées en France pour épouser un Daupliin.

Alors ce fut un cri g(''néral ci admiration parmi tous ceux tlu salon; les favorites de la reine profitaient de l'instant que leur maîtresse causait avec une des iMancini pour s'arracher la seconde, etiesauties ienniies se liouvaicnt presque mal d'admiration, et attendaient avec des In'pignemens d'impatience que les eiifuns leur fussent livrés pour les accabler de baiseis et de gentillesses. 11 fallut pres-pn; faite venir le*» huissiers de la el'ambt'f |)onr leur ouvrir un passage quand la nine les ct^vo^a présenter leurs respects à leur oncle.

Il les laissa venir piè^ de lui sans se déranger d'un pas, leur jiassa legèienienl la main sur la joue en signe d'amili«i, puis après deux ou trois mots infigiiifiaiis(|u'il leur ailressa, se retira avec une apparente insouciance , recevant en haussant Je»

épaules les félicitations de tous les courtisans qui, sans étie dupes de cette feinte indilléience, encensaient le moteur de toutes les grâces jusque d?.ns ces enfans dont il ne paraissait |)as se soucier.

(( Finissez, Messieurs, disait le ministre » en se retirant; c'est liop de bruit pour » de petites filles ; vous les gâtez en leur » faisant cioire qu'elles sont quelque » chose, n

Et après avoir salué la reine il s'en alla, ne pouvant plus sans doute dissimuler sa joie, eu voyant que ses nièces allaient t ncore élayer sa puissance , et que les princes du sang même tenaient à honneur de les vanter.

Qiînnd il fut parti, le brouhaha recommaiiça de plus belle; au point que le duc d'Orléans dit à madame de ISangis :

« Madame, si vous n'avez pas mission de » faire étouffer ces enfans, emmenczles; » autrement dans une heure elles seront » en lambeaux. »

A ces mots, les premiers qui eussent été dits avec raillerie, le marquis de Villeioy se pencha veis le juiiice. « Monsei- » gneur, lui tlit-il, il serait heureux pour » nos lignées, à nous autres, inar(]uis et » ducs, (jue ces petites filles fussent écrat) sées ; car les plus riches cl !es plus no- » blés partis vont faire des bassesses pour » les épouser. »

A peu d'années de là , les mêmes hommes (|ui veiiaiciild'ailider aussi bassement le caiilinal, virent moyen île renverser ce colosse, et prescpie tous se déclarèrent frondeurs, ne craignant pas tic trahir le roi et la n'gente par haine pour un rival luissant.ll conjura quel«|ut; temps l'orage, mais la force le contraignit à céder, et d quitta la France, trouvant à peine un asi'e sur une terre étrangère. Ses nièces partageant sa mauvaise fortune I accompagnaient ; et lui , dans des lettres

aux rares amis qui lui restaient en Franco, se plaignait des entraves que deux jeunes personnes niellaient aux marche j et contre-marches d'un fugitif. 11 ne désespérait pas encore tout à !aii, le lusé Italien; mais pourtant il était huniMe dans ses supj)li(jues, nioJéré dans ses prétentions ; il demandait quel(|ue peu tie ses biens pour subvenir aux (Vais de son exil, un sauf-conduit qui asïurat sa vie ei celle de sa famille; dans ces lettres il legreltait la France (|u'il avait toujouis aimée, disait- il, à IVgal d'une paliie, et trouvailheuienx son neveu, naguère loule son espérance, fpii venait de niuuiir pour le roi à la meurtrière journée île Saint- Denis.

Enfin la persévérance de la régente, sa fermeté, la prudence et Ihabileté de Turenne par vinren là soumettre les fronr leurs; de guerre las ils acceptèrent la paix et le retourdu cardinal ; lui revint aussi calme qu'il était parti; il parut ne plus se souvenir qu'il avait eu îles ennemis, faisant à tous bon visage et accueil flalti-ur; mais il sentit que sa lorce élail déiormais assurée, et tint !a drag('e plus haute à ceux- ipu demandaient la main de ses nièces. Il se serait contenté avant de ducs; il lui fallait maintenant des princes du sang.

Victoire de Mancini fut mariée au duc de Marcœur; la jeune feunue ne jouit pas long temps i!es lesperisque lui alliièrei.t son rang et sa vertu; elle mourut en

0 vmpe, devenue moins laide en grandissant, coquette et inlriganle, pnrul quelques instans attacher le jeune roi; peulêlreen conçut-elle lidéed'un glorieux mariage, car elle vil sans envie l'élévation de sa sœur,etrarii\ée de cinqdesescousines:

Anne-Marie, Laure, Marie, llirlense, MaliaiineMartinozzi, que le cnrilinal avait fait venir d'Italie avec leur mère; cependant les mois se passaient, et Louis XIV en demeurtit avec Olympe aux termes d'une atleniion marquée, mais sans autre des-

sf in que celui de s'amuser des propos piquansde l'itdienne. Aussi quand le prince de Conli, frère du grand Condé , le plus acharné ligueur, parut désirer faire .alliance avec Mazarin en épousant une de Si-s nièces, Olynqie désira que le choix du prince toiiil âl sur elle ; ce fut avec un dépit marqué qu'elles? vit prélerer Anne- Marie, plus jeune qu'elle, mais belle, spililuclle, cl dont les grâces et les vertus charmaient le prince revenu de ses égaremens el montrant dès lors une pieté qui ne s'est pas démeutii; depuis. Olympe ne sul pas caclipr la haine cu'elle conçut (lès lors contre sa sœui ; pourtant son tour arriva : elle fut niaiiée peu après au comte de Suissons de la maison de Savoie, et devint mère du fameux piiuce Eugène- La comtesse de Soissons fut la plus méchanl« d«'S nièces deMazarni; jalouse lie tout méiiie, fausse, dissimu'ée, intiiganle, tous les moyens lui lurent bons pour pjidre ses ennemis et brouillerceux (ju'elle appelait sts amis Pendant quel- (|ues années le roi, s'abusant sur son caracière, la combla de faveurs el démarques d'affection; sa maison devint le rendezvous de la cour, le roi ne dédaignait pas d'y venir ; mais celle femme odieuse osa essayer de brouiller le mi el sa douce et vertueuse épouse; une lettre surprise dévoila ses basses menées et mit fin à sa faveur; obligée de quitter la France, elle chercha en Espagne d'autres victimes de ses intrigues et de sa jalousie. La nièce de Louis XIV, Marie-Anne d'Orléans, mariée à Charles 11, mourut en peu de jours, atteinte de poison, et les soupçons toudièrent sur la comtesse de Soissons.

Enfin l'éleslée de tous, méprisée pour sa vie privée, ruinée par le jeu, chassée de cour en cour, elle finit en Hollande une vie de crimes el de désordres.

Le prince souverain de Modène épousa Laure Marlinozzi qui regietta la Frauçe , et ne put jamais se con-

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SQlecd«tre retournée dans sa pairie, d'autant mieux que son époux, ne lui donna pas un seul jour de bonheur.

11 restait trois nièces au cardinal dont la faveur allait croissant, et dont l'ambition ne restait pas oisive. Il en e'tait presqu'au regret d'avoir accepté des princes pour neveux j il crut que la couronne fermée ( les couronnes lei'mées sont celles que portent les monarques seuls ) ornerait la léte des jeunes Martinozzi, et, tant de gloire ne i'éblouissait pas 1 Mazarin ne doutait de rien.

Madame de Manci«i, femme douce et pieuse, s'ennuyant des honneurs, n'eut pas plus tôt installé ses filles à la cour qu'elle s'en retourna dans sa patriej sa sœur, madame Martinozzi partageait ses goûts et l'aui'ait volontiers suivie; son frère en ordonna autrement, mais en peu de jours elle fut enlevée à sa famille. Quelques heures avant de mourir, elle appela à elle le cardinal qui montrait à ce moment solennel plus de douleur qu'on ne devait en attendre de lui. La malade recouvrant un reste de force, saisit ses mains: « JVIoa frèx'e, lui dit-elle, les paroles d'un mourant doivent être sacrées , écoutezmoi 5 depuis long-temps je cache un secret dont le poids m'accable ; un jour, près d'expirer , comme je le suis , mon époux eut une révélation de l'avenir j ses enfans assemblés autour de lui demandaient une dernière bénédiction, il la leur donna; mais quand vint le tour de Marie, ses mains se roidirent, sa langue se glaça, il ne put articuler les paroles solennelles ; puis l'epoussantl'enftint : « Prenez-y-garde, balbutia-t-il , elle sera cause de plus d'un malheur. Ayant dit, il expira. »

« Et moi, ajouta la pauvre femme, et moi , ces paroles sont tombées à plomb sur mon cœur; et si j'ose maintenant vous faire une prière, c'est d'éloigner Marie du tumulte du monde ; je le vois, les prédictions de son père se sont réalisées ; Marie est emportée, 'hardie, intrigante ; elle se

perdra, je vous conjure de lui permettre d'entrer en religion

Madame Martinozzi n'existait plus 5 Marie n'était point entrée en religion et le roi avait vingt ans. Soit à dessein , soit par circonstance, il n'allait à nulle fête, n'assistait à aucun cercle sans rencontrer sous ses pas Hortense et Marie Martinozzi.

Hortense était parfaitement belle; mais le roi qui sortait de l'enfance avait horreur de tout ce qui lui rappelait cet âge de tutelle et de dépendance , au point qu'il ne donnait aucune attention aux grâces de la jeune lillc, tandis que Marie fixait tous ses regards, et certes, il y avait loin de sa peau bi'une et jaune au teiijt éblouissant de sa sœur ; ses veux brillans avaient quelque chose de hardi, elle était maigre, longue, les bras décharnés ; sa bouche grande ne passait qu'à l'aide de dents magnifiques ; cependant elle possédait tant d'esprit, tant d'adresse, elle mettait tant de feu à ses moindres discours , qu'il n'est point étonnant qu'elle eût trompé un prince sans expérience.

Ou peut juger de la joie de la jeune ambitieuse quand elle s'aperçut de l'inclination naissante du roi j dès qu'il entrait, il la cherchait des yeux, la choisissait pour danser et ne la quittait plus.

Mazarin feignit d'ignorer ce qui se passait; mais sans doute il en concevait les plus folles espérances, car il écarta tout ceux qui briguaient la main de sa nièce, et même bientôt chacun s'écarta de soimême.

Alois seulement la régente devint inquiète ; sa fierté d'Espagnole se souleva à ridée que son fils pourrait épouser une Mazarin; elle oubliait qu'elle-même avait pu donner une pareille ambition à son ministre, et s'indignait de le trouver accessible à 1 espoir de faire sa nièce reine

de France. Tous ses vœux avaient été que Louis XIV épousât sa nièce à elle , llnfanle d'Espagne; la paix pouvait maintenant faire espérer cette union, et le roi y semblait mettre obstacle. La fiére Aune d'Autriche en parla aucardinal; il joua la sui-pri$c et pourtant ne repoussa que taiblement les craintes de la régente. Alors perdant toute contrainte, pâle d émotion, elle saisit le bras de l'Italien. : t M. de M<izarin, lui dit-elle, je vous ai tait ce que vous êtes , jaï pensé perdre la monarchie pour vous conserver ce queje vous ai fait; mais je vous déclare aujourd'hui, que si mon fils aîné épouse votre nièce, je me mettrai avec mon autre lîls con'.re lui et contre vous. »

A ces mots fondroyans , Mazarin sentit l'orage qu'il avait amoncelé sur sa tête , et changeant ses batteries, il ne pensa plus qu'àréparer ses fautes en éloignantMarie; il fut le premier à conjurer Louis XIV d'y consentir. Le jeune roi refusa d'abord; puis les pleurs de sa mère le touchèrent , l'honneur de son rang parlait haut dans soname , et après bien des combats, des refus , des promesses , il consentit à ce qu'on emmenât Marie loin de lui.

Quoi , lui disait la jeune imprudente en sanglotant , quoi , vous êtes roi , et je pars ? Le roi pleurait , mais il avait encore de l'empire sur ses passions et Marie fut reléguée à Bordeaux. On peut juger quels furent pendant quelque temps le désespoir , les larmes , les regrets de la pauvre exilée j combien elle dut souffrir quand elle apprit que le roi passait dans la ville qu'elle habitait pour aller chercher sa fiancée , l'infante Marie-Thérèse! Elle put encore espe'rer quelques instâns le ramener , car il demanda à la voir ; mais le temps de la faiblesse avait fui , et Marie s'aperçut que tout était fini pour elle. Peu ;iprés elle obtint de revenir à Paris ; là , moitié dépit , inôitié obéissance, elle consentit à donner sa main au connétable de Galonné

qui l'emmena aussitôt en Italie. L'esprit inquiet et remuant de la jeune femme ne put s'accoutumer à cette vie intérieure d'Italie ; son manque de principes lui rendit son joug odieux ; triste , mécontente , dévorée d'ennui et de regrets , elle se prit à haïr le toil conjugal , et l'imprudente et coupable Marie quitta sou époux , erra quelque temps par l'Europe avec une sœur non moins coupable qu'elle, et alla mourir ignorée dans un couvent d'Espagne. La sixième nièce du cardinal, la petite Marianne . richement dotée à la mort de son oncle , épousa le duc de Bouillon ; sa vie ne fut ni moins agitée, ni plus heureuse que celle de ses sœurs : capricieuse, hautaine , emportée et pleine d'orgueil . elle ne sut pas se faire un ami et mourut fort âgée , sans laisser de regrets.

Disons, maintenant, un mot de la belle Hortense , la favorite du cardinal , qui hérita de ses immenses richesses et de son nom. Il crut un moment l'unir au roi d'Angleterre , mais se rappelant ce qu'il avait risqué en voulant essayer naguère une union de ce genre , il renonça à celle-ci dès qu'il rencontra la moindre opposition , et Hortense fut mariée à Armand Charles de La Porte , duc de la Melleraye , à la condition que le duc changerait son nom contre celui de Mazarin.

Pendant quelque temps tout parut être au mieux entre les deux époux. Hortense, jeune , belle , pleine de vivacité et d'esprit , annonçait une grande légèreté , mais aussi une certaine douceur de caractère qui semblait devoir rendre facile de captiver son cœur. Mais loin de se rendre maître d'un espi il à former, le duc de Mazarin le heurta dès l'abord par une sévérité exagérée , des bizarreries ridicules; il voulut persuader à «a femme qu'elle fléteaiait le monde , et l'arrachant à des

plaisirs auxquels l'avait accoutumée ia position de son oncle , il la sé(|uesii'a dans une campagne : c'est dr. celle t'poque que doilcoMJpiei 1 fcur désunion. Pour donner une ide'e du caractère de la jeune femme, noua rapporterons quelques fragmens de ses mémoii'cs.

• J'avais quinze ans , dit-elle , quand ' mon oncle bâcla celle belle alïaire ;

> pourcadeaude noces M. de la Melleraye s m'envoya quanlilé de nippes, et plus » de dix mille pi violes ; j'en fis bonne part j à mes soeurs pour les consolrr de mon

> opulencequ'<lles ne pouvaient voir sans

> envie , quelque mine qu'elles fissent. » Un jour entre autres, n'ayant |)as de » meilleur passe-temps, nouRJciâuies plus «de 3oo louis par la fenéire pour laire » battre dans les cours un peuple de va- » lels.

» Peu après mourut le cadinal , me » laissant la plus riche héritière et la plus

> malheureuse femme de la chélienté. Je j) fis tous mes efforts pour pleurer mon

> oncle ; mais à vrai dire les larmes ne

> vinrent guère . car nul parent n'était

> plus dur , plus tyran qu'il se rnontrait » pour nous ; jamais un oncle n'avait tant

> l'ait pour sa famille , et jamais oncle ne i fut moins aimé. Pour toute oraison lu- » nèbre ma sœuretmon frère s'écrièrent:

» — Dieu merci il est mort. —

» Puis , par un pressentiment , ma )) sœur, la connétable de Calonne, me re- » gardant, médit en italien : » Crépue, » crépue, tu seras encore plus malheureuse

> que moi. »

» En effet , prétendant que l'air de Pa- » ris est funeste à une jeune femme, le » duc im promena incessamment d'Al- » saceen Bretagne, à Nevers, à Sedan ; si » je témoignais de l'inclination pour une

> de mes femmes , il me lôtait ; si je de-

> mandais mon carosse, il défendait en » riant qu'on y mît les chevaux , et plai- » santait sur celle défense jusqu'à ce que

V l'heure d'aller oii je voulais fût passée ; r il me forçait ainsi à rester.

» Jusqu'à linnocence de mes diver- » lissemens lui donnait de l'humeur ; il » me les reprochait comme desciimes :

> c'était de jouer à Cullin-Maillard avec » mes gens , de me coucher trop tard , » de ne pas prier Dieu assez long-temps , « et auties choses semblables »

Jusque là tous les torts étaient attribués au mari , et chacun plaignait Horlense d'èlre Tu^e à un homme aussi bizarie ; il ne tenait qu'à elle d'èlre dédommagée de la perte du bonheur intérieur par l'esiime générale ; mais elle écoula de mauvais conseils , méconnut ses devoirs, et ces mêmes gens qui la p'aigi.'aient d'abord , furent ensuite les premiers à la blâmer et à médire d'elle.

Entramée par sa sœur , elle refusa une année de suivre son mari eu Alsace, quitta furtivement sa maison , se réfugia chez sa sœur , puis de là , à l'abbaye de Chelles dont une tante de son mari était abbesse.

Ce fut sa première faute , et dès lors Hortense roula d'imprudences en imprudences 5 son mari voulut la forcer à revenir près de lui , elle s'y refusa net. Il fallut un arrêt du parlement pour l'y contraindre ; mais la paix n'habita plus le toit conjugal. Elle plaida une seconde fois en séparation , puis , sans attendre ce que décideraient les juges , elle s'enfuit en Italie chercher un asile chez sa sœur la connétable de Calonne.

Le reste de la vie de la duchesse de Mazarm n'est qu'un tissu de fautes , d'aventures ; perdue de lèpulalion , ruinée par son mari , par sa luile , par le jeu , elle se fixa enfin en Angleterre , y vécut à l'aide d'une modique pension , et chercha à se consoler de ses toris et de ses malheurs en ouvrant sa maison aux réfugiés français , aux savane

anglais , qu'elle charmait par son esprit. Elles elouidil sans doute au milieu deux; maisil «epuieul lui ôîer le remords que i

laisse toujours après soi une conduite im prudente et coupable.

M"* ViCIOr.I.NE CoLLiX.

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